Eloge de la pluie

HIS­TOIRE BUISSONNIÈRE DE LA PLUIE, PAR ALAIN COR­BIN, CHAMPS FLAM­MA­RION, 104 P., 5 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - ANNE CRIGNON

Dans les « Etudes de la na­ture » qui le ren­dirent plus cé­lèbre que « Paul et Vir­gi­nie », Ber­nar­din de Saint-Pierre fut le pre­mier à théo­ri­ser sur le « mau­vais temps » comme exu­toire à la mé­lan­co­lie. Il dé­cri­vit aus­si ce conten­te­ment simple : être au nid pen­dant l’orage. « Le sen­ti­ment de ma mi­sère hu­maine se tran­quillise en ce que je vois qu’il pleut et que je suis à l’abri ; qu’il vente et que je suis dans mon lit, bien chau­de­ment. Je jouis alors d’un bon­heur né­ga­tif. » Consa­cré « his­to­rien du sen­sible », Alain Cor­bin re­cense dans cet ou­vrage éton­nant les hu­meurs pro­vo­quées par la pluie, de Tho­reau di­sant : « Si elle est bonne pour l’herbe, elle est bonne pour moi », au « p’tit coin de pa­ra­dis » chan­té par Bras­sens. Si tout est po­li­tique, alors la pluie aus­si. L’averse s’in­vi­ta, le 14 juillet 1790, à la Fête de la Fé­dé­ra­tion. Les trombes d’eau sur la foule firent ju­bi­ler les contre-ré­vo­lu­tion­naires mais pas pour long­temps : 60 000 ci­toyens se mirent à dan­ser. Comme l’écrit l’au­teur, « le fait d’être mouillé en­semble ras­semble ».

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