Quand j’étais pied-rouge

NOS AN­NÉES ROUGES, PAR ANNE-SOPHIE STEFANINI, GAL­LI­MARD, 192 P., 16 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - G. L.

L’in­dé­pen­dance de l’Al­gé­rie n’a pas fait rêver que les Al­gé­riens. En 1962, quand des foules de pieds-noirs ga­gnaient la France, quelques mil­liers de pieds-rouges firent le voyage dans l’autre sens. Ils étaient com­mu­nistes et prêts à chan­ger de vie pour chan­ger la vie, en al­lant fi­ler un coup de main à la so­cié­té qui vient. Ils igno­raient qu’ils al­laient vers des len­de­mains qui dé­chantent. En 1965, c’est le coup d’Etat de Bou­me­diene. Catherine, la jeune prof de fran­çais qui ra­conte, se re­trouve alors en pri­son. Tout lui re­vient : sa dé­cou­verte émer­veillée d’Al­ger, ses amours, son dé­sir d’être à la fois « Louise Michel et Isabelle Ebe­rhardt », ses doutes crois­sants de­vant « une si­tua­tion plus com­plexe que nos théo­ries ». Ce qu’il y a de beau, dans les ré­vo­lu­tions, ce sont les es­poirs qu’elles sus­citent. Ce qu’il y a de moche, c’est qu’ils fi­nissent tou­jours par être dé­çus. Et ce qu’il y a de très réus­si, dans l’im­pec­cable ro­man d’An­neSo­phie Stefanini, c’est qu’il par­vient à dire les deux, avec beau­coup de dé­li­ca­tesse dans sa so­brié­té, sans ja­mais se contre­dire plus que la réa­li­té.

La mos­quée Ja­maa al-Jdid à Al­ger (1963).

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