“Oh oh oh, c’est chaud !”

RÉ­SIS­TANCE, PAR SONGHOY BLUES (TRANSGRESSIVE/PIAS).

L'Obs - - Critiques - GRÉ­GOIRE LEMÉNAGER

Aver­tis­se­ment au lec­teur : la chan­son « Vo­ter », qui ouvre ce disque, est sus­cep­tible de heur­ter nos consciences ré­pu­bli­caines. « On ne vote pas si la si­tua­tion ne change pas », pro­clament ici quatre las­cars en colère sur un re­frain punk-rock as­sez fré­né­tique. Ils ont quelques cir­cons­tances at­té­nuantes. Comme son nom l’in­dique, Songhoy Blues est né à Ba­ma­ko, en 2012, quand trois de ses membres ont dû fuir le nord du Ma­li et les dji­ha­distes qui s’y croyaient tout per­mis. Leur pre­mier al­bum, « Mu­sic in Exile », était si élec­tri­sant qu’il leur a va­lu de tour­ner jus­qu’en Inde, en Aus­tra­lie et aux Etats-Unis. Deux ans plus tard, les re­voi­là avec « Ré­sis­tance », beau disque plein de riffs éner­vés et de penta­to­niques ob­sé­dantes, qui sonne un peu comme la ren­contre d’Ali Far­ka Tou­ré et des Clash sur la table de mixage de Led Zep, dans un éner­gique mé­lange de bam­ba­ra, d’an­glais, de son­ghaï et de fran­çais. Ces Ma­liens-là sont des ci­toyens du monde. Il y a chez eux des ryth­miques fun­ky pour chan­ter la fièvre du sa­me­di soir à Ba­ma­ko (« Oh oh oh, c’est chaud ! »), un reg­gae pa­ci­fi­ca­teur (« One Co­lour ») qui com­plète le slo­gan d’Oba­ma (« Yes we can, to­ge­ther »), et même, pro­lon­ge­ment di­rect de l’oeuvre de Ti­na­ri­wen, une ode au Sa­ha­ra où Ig­gy Pop en per­sonne vient po­ser sa voix de re­ve­nant, comme pour adou­ber ces ta­len­tueux ro­ckeurs abs­ten­tion­nistes.

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