Une vo­laille mal pré­pa­rée

LE DINDON, DE GEORGES FEY­DEAU, LU­CER­NAIRE, PA­RIS-6E, 01-45-44-57-34, 19 HEURES. JUS­QU’AU 20 AOÛT.

L'Obs - - Critiques - JACQUES NERSON

Phi­lippe Per­son a pi­lo­té le Lu­cer­naire pen­dant six ans. Jus­qu’au jour où Be­noît La­vigne a pris le re­lais. Il n’a ce­pen­dant pas quit­té la place puis­qu’il di­rige l’Ecole d’Art dra­ma­tique du Lu­cer­naire, fon­dée en 2015. C’est avec la pre­mière pro­mo­tion d’élèves sor­tants qu’il a mon­té ce « Dindon ». Aus­si bien, même si la dis­tri­bu­tion est in­égale, on n’a pas en­vie de se mon­trer mé­chant en­vers ces dé­bu­tants. Comme il est de règle dans les au­di­tions de fin d’études, la plu­part d’entre eux tiennent des rôles qui ne sont ni de leur âge, ni de leur em­ploi. Per­son et Florence Le Corre, leurs men­tors, donnent plus de mo­tifs d’in­quié­tude. En pro­pul­sant sur scène des ap­pren­tis ma­ni­fes­te­ment im­pré­pa­rés, ils ne leur rendent pas ser­vice. Et quelle idée de bi­douiller le texte ! Ce n’est pas l’ir­res­pect pour l’au­teur qui nous gêne : la pièce re­pose en lieu sûr dans nos bi­blio­thèques. L’éton­nant c’est qu’ils en parlent comme d’une « ma­gis­trale mé­ca­nique de pré­ci­sion au ser­vice du rire » et en même temps la dé­règlent en met­tant leurs pattes dans ses rouages com­pli­qués. Passe pour les coupes sombres qui sup­priment beau­coup d’ef­fets co­miques, mais pour­quoi en ra­jou­ter ailleurs ? Fey­deau n’a pas pré­vu que le va­let de chambre des Va­te­lin soit un ba­billard in­vé­té­ré ni que Sol­di­gnac soit ho­mo. On doit ce­pen­dant lui ac­cor­der qu’il connaît son mé­tier. L’ou­tre­cui­dance de ces profs de théâtre est très aga­çante.

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