De­si­gn-moi la vie !

L’idée du de­si­gn pour tous de­vient vi­rale dans le pay­sage im­mo­bi­lier fran­çais. Un en­goue­ment que les pro­fes­sion­nels in­tègrent sous toutes ses formes. Ex­pli­ca­tions

L'Obs - - Tendances - Par ELE­NA JEUDY-BALLINI

Le de­si­gn ? un concept de riches. » Clé­mence, 28ans, ré­sume sa vi­sion de cette es­thé­tique et c’est as­sez abrupt. Dif­fi­cile de lui don­ner tout à fait tort: en ma­ga­sin d’ameu­ble­ment, les prix parlent d’eux-mêmes. Lorsque la concep­tion des ob­jets de­vient plus éla­bo­rée, tou­jours plus sty­li­sée, les prix sont (presque) tou­jours plus chers. Pour­tant, on au­rait tort de sous-es­ti­mer l’uti­li­té du de­si­gn en le ré­dui­sant à sa seule fonc­tion es­thé­tique. L’ère du beau pour le beau est ré­vo­lue, de nou­velles mé­thodes d’in­no­va­tion et de concep­tion font leur ap­pa­ri­tion chez les pro­fes­sion­nels de l’habitat.

En ef­fet, au-de­là des ob­jets, l’amé­na­ge­ment du lo­ge­ment et son confort donnent à ré­flé­chir cô­té de­si­gn, et ce jusque dans les ca­bi­nets d’ar­chi­tectes ! A des ca­rac­té­ris­tiques so­cio­lo­giques dif­fé­rentes cor­res­pondent des ten­dances sty­lis­tiques des consom­ma­teurs : les fa­meux « so­cio- styles », ur­bain, gra­phique, eth­nique, vin­tage, bo­bo, etc. Rien n’est lais­sé au ha­sard quand il s’agit de tou­cher le pu­blic cible ! Exemple : se­lon une en­quête ré­cente, les par­ti­cu­liers plé­bis­citent un in­té­rieur clair et lu­mi­neux… mais pas né­ces­sai­re­ment très en­so­leillé. La rai­son ? « C’est plus gai, plus aé­ré, es­timent une dame et son ma­ri. Mais il faut aus­si pré­ser­ver le mo­bi­lier qui peut souf­frir d’une trop forte ex­po­si­tion », comme les meubles ci­rés par exemple, af­fec­tion­nés par les gens âgés. Et l’on constate en ef­fet, que pour les per­sonnes in­ter­ro­gées, il existe de nom­breux élé­ments de confort ou d’in­con­fort as­so­ciés à l’exis­tence ou non de lu­mi­no­si­té. Au­tant de dé­fauts qu’on cor­rige en lais­sant les portes ou­vertes, en in­cluant des hu­blots ou en­core en pei­gnant les murs de cou­leur claire. Par ailleurs, les par­ti­cu­liers as­so­cient très sou­vent les dis­po­si­tifs spa­tiaux de leurs ha­bi­ta­tions aux ef­fets de lu­mière. C’est ain­si qu’ar­chi­tectes et de­si­gners col­la­borent dé­sor­mais à la (re)concep­tion des in­té­rieurs trop sombres, afin de mieux ré­pondre aux be­soins des oc­cu­pants.

Bref, loin d’être une simple to­quade, le de­si­gn d’un lo­ge­ment re­pré­sente dé­sor­mais un en­jeu de taille et n’a pas fi­ni de faire bouillon­ner les idées… qui ne viennent pas for­cé­ment des pro­fes­sion­nels de l’habitat. C’est le cas de Guy Eh­rets­mann, er­go­thé­ra­peute in­ves­ti dans l’em­ploi des nou­velles tech­no­lo­gies au ser­vice du han­di­cap. De son point de vue, la syn­thèse entre les mé­tiers de de­si­gner et d’er­go­thé­ra­peute per­met sou­vent de pro­po­ser une aide hu­maine ou ma­té­rielle ca­pable d’amé­lio­rer les condi­tions de vie des par­ti­cu­liers. « Le de­si­gn [en ma­tière de han­di­cap, NDLR] est le ré­sul­tat des nom­breuses contraintes im­po­sées par des si­tua­tions per­son­nelles spé­ci­fiques. » Avec l’im­pres­sion 3D, au­tour de la­quelle s’ar­ti­cule l’es­sen­tiel de sa re­cherche, il rend pos­sible la créa­tion d’ob­jets in­trou­vables sur le mar­ché, mais aus­si leur adap­ta­tion en fonc­tion des be­soins de cha­cun.

Pour ré­pondre aux pro­blé­ma­tiques des pa­tients, Eli­sa­beth Herc­berg, éga­le­ment er­go­thé­ra­peute, in­vente des usages in­édits à cer­tains ob­jets de bri­co­lage et leur donne une se­conde vie. En les dé­tour­nant de leur fonc­tion ini­tiale et en ex­ploi­tant leurs po­ten­tia­li­tés in­trin­sèques, elle par­vient à mettre au jour de nou­velles mo­da­li­tés d’uti­li­sa­tion adap­tées à tous. C’est le cas du mar­teau trans­for­mé en... bloc porte, son poids as­su­rant la sta­bi­li­té de la porte, et son manche ga­ran­tis­sant une meilleure pré­hen­sion aux per­sonnes (âgées, han­di­ca­pées ou sim­ple­ment di­mi­nuées phy­si­que­ment) ayant des dif­fi­cul­tés à se bais­ser. Seul bé­mol, l’as­pect es­thé­tique, par­fois dis­cu­table, en­core que… tout ce­la n’est qu’une ques­tion de point de vue.

UR­BAIN, GRA­PHIQUE, BO­BO, VIN­TAGE… À CHAQUE “SOCIOSTYLE” SON DE­SI­GN IN­TÉ­RIEUR !

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