Dé­fi­lés Pa­ris Un ha­bit, mais pour qui ?

Qu’in­carnent ces jeunes gar­çons qui semblent si loin du com­mun des mor­tels? On vous le dit

L'Obs - - SOMMAIRE - Par SO­PHIE FON­TA­NEL

Les créa­teurs, et pour­vu que ça ne change ja­mais, sont des rê­veurs. En mode, ces vê­te­ments qu’ils créent partent d’un fan­tasme, mais bien ma­lin qui peut sa­voir le­quel. Nous avons es­sayé, à par­tir des ha­bits pré­sen­tés aux dé­fi­lés pour le prin­temps 2018, d’ima­gi­ner pour chaque col­lec­tion l’homme qui va avec. Exer­cice ju­bi­la­toire. Es­pé­rons que la lec­ture de cet ar­ticle le se­ra aus­si ! Chez PAUL SMITH, eh bien, lais­sez-moi vous dire que c’est un homme qui, dans sa vie, n’a pas fu­mé que du lard. Du lard, d’ailleurs, il n’en a pas, si­non toutes ces cou­leurs jouis­sives ima­gi­nées par Paul Smith le fe­raient res­sem­bler à un Ru­bik’s Cube. Il pour­rait vo­ler les vê­te­ments de sa pe­tite amie, tant il est ima­gi­na­tif, mais on le de­vine sur­tout cou­vant les siennes de frusques. C’est un co­quet qui n’aime pas qu’on se serve trop dans sa gar­de­robe (la bien nom­mée !). LOUIS VUIT­TON, c’est un homme qui a un contrat d’al­ter­nance chez un tra­der, mais qui ne veut en rien re­nier sa pas­sion pour le sports­wear. Voi­là pour­quoi il a ima­gi­né cette as­tuce dé­mente : por­ter le cos­tume (et quel cos­tume ! Ces plis ! Ce tom­bé ! Ce ton pâle et froid !), mais gar­der tous les vê­te­ments du week-end en des­sous. Le tee-shirt tech­nique de sport, les san­dales de plage… Il a même les che­veux mouillés, c’est dire le gé­nie de la co­hé­rence qui ha­bite cet être. Chez HER­MÈS, l’homme a un pan­ta­lon ins­pi­ré de la te­nue de bu­reau work­wear, mais ce n’est pas pour au­tant un for­ce­né du tra­vail ma­nuel. On sent plu­tôt l’es­thète, un las­car qui bosse dans la culture, mais bon les heures de bu­reau ont toutes une fin. Que la net­te­té de sa mise, pas plus que sa gueule d’ange, ne vous in­duise en er­reur. Les san­dales sont vite re­ti­rées. Par­fois même, sans dé­faire la bride (sur le cou). Chez DIOR , c’est un dé­gour­di qui a com­pris que l’al­lure né­gli­gée était bien trop ré­pan­due dans ce monde. Il a une pe­tite co­pine ou un pe­tit co­pain, on ne sait plus à notre époque. En tout cas, il se lave, il se fait beau. Mais à sa ma­nière. Un pan­ta­lon de laine froide, d’ac­cord, à condi­tion qu’il ait l’am­pli­tude d’un fu­tal de ma­rin. Un sweat bien propre, d’ac­cord, à condi­tion qu’il ait un cô­té prise de tête, qu’il y ait une ré­bel­lion quand même. A part ça, il garde tous ses bi­joux et même ceux de fa­mille. Il est évi­dem­ment en bas­kets. Si­non, il chope des am­poules. Chez BERLUTI, il est im­pec­cable mais tout ça peut (doit, va) se frois­ser, car les ma­tières sont la fi­nesse même. C’est un homme qui ne ré­gle­ra rien par la vio­lence, tout par le flirt. Sa gamme de cou­leur est en de­mi-teinte et il a tou­jours une main dans la poche, car il est dé­con­trac­té. Il dé­fi­lait sans se pres­ser à l’hô­tel de la Mon­naie. De la mon­naie, d’ailleurs, il en a. Plein. Mais c’est luxe tendre et al­truisme.

Chez DRIES VAN

NOTEN, il se met en short de ville aus­si fa­ci­le­ment que si c’était la te­nue la plus clas­sique qui soit. Une veste de cos­tume vient sur le short, tout ça dans le même tis­su. Il a des chaus­sures et des chaus­settes. Il se sent par­fai­te­ment clas­sique. Le plus fa­bu­leux, c’est qu’il l’est. Il in­vente une nou­velle fa­çon d’ha­biller les ban­quiers. D’ailleurs, je ne sais pas vous, mais moi je met­trais plus vo­lon­tiers de l’ar­gent sur mon Co­de­vi si mon conseiller per­son­nel était en cos­tume short/veste à car­reaux. BALENCIAGA, c’est un nou­veau pa­pa. Mais alors vrai­ment nou­veau, pas juste le beau bo­bo avec les grosses roues de la pous­sette. C’est un pa­pa li­bé­ra­teur qui se fiche du re­gard des autres. Un pa­pa prêt à tout, ab­so­lu­ment pas pri­son­nier d’un mode de vie. Son pan­ta­lon est fait de pièces amo­vibles. Ça peut faire pan­ta­short s’il va man­ger des glaces, short tout court s’il se baigne dans la Seine (ça va bien­tôt être pos­sible, à ce qu’on dit), et pan­ta­lon ba­nal (je m’em­balle) s’il a un contrôle fis­cal (vu qu’il est re­belle). Mais ce nou­veau pa­pa est af­fec­tueux. Quand on le connaît, il fait moins peur. Ce qu’il est : libre.

VA­LEN­TI­NO : ah, mais nous avons af­faire à un sa­cré lous­tic. Son col de che­mise tient à la fois du col de cu­ré et de la la­val­lière. C’est re­pas­sé comme si un sbire du pape s’était per­son­nel­le­ment ap­pli­qué à le faire mais, cu­lot­té, ça es­saie de nous faire croire que ça re­vient du sport ! Ce diable de sainte-ni­touche a l’as­su­rance tran­quille des gens ja­mais pris sur le fait. Chez LEMAIRE, un rien l’ha­bille et un rien le désha­bille, se­lon l’ex­pres­sion consa­crée. Lui, il vous di­rait qu’il ne ré­flé­chit pas trop le ma­tin en ten­dant la main vers un dé­bar­deur et un pan­ta­lon, mais c’est un gros men­teur de sa mère la co­quette. Tout est étu­dié. Et c’est même pour ça que c’est réus­si. Et quand il dit : « Oui, j’ai un mar­cel, c’est pra­tique », il ou­blie de pré­ci­ser que, chez Lemaire, on s’est pris la tête pour le faire par­fait. Et nude. C’est un mar­çel avec un ç en somme. Chez Y PRO­JECT, oh Sei­gneur, ce qu’il a dû souf­frir quand c’était la mode des cos­tumes ri­qui­qui, ce gar­çon. Voi­ci un homme fait pour les amples ha­bits et les grands mou­ve­ments qui vont avec. Il pré­fère prendre trop géant que trop pe­tit, si­non il se fait tout vo­ler par les filles. Et du coup, il se pose là. Il est im­pres­sion­nant, on fi­ni­rait même pas croire qu’il fait de la mus­cu tel­le­ment son corps est mis en ma­jes­té par ses ha­bits gé­né­reux, ra­dieux. Chez AMI, il a eu un gage. Il doit mon­trer qu’il est ca­pable de por­ter les cla­quettes de sa ma­mie pour al­ler au bu­reau. On re­marque qu’il ne se laisse pas dé­mon­ter, il le fait ! Faut dire, sa so­phis­ti­ca­tion lui donne comme une au­to­ri­té na­tu­relle. De­main, tout le monde va l’imi­ter. Le ré­cit do­cu­men­té de cette fa­shion week – avec les cri­tiques des dé­fi­lés – est vi­sible sur le site de « l’Obs ».

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