Le vé­lo ou la vie

LE COU­REUR ET SON OMBRE, PAR OLI­VIER HARALAMBON, PRE­MIER PA­RAL­LÈLE, 160 P., 16 EU­ROS.

L'Obs - - CRITIQUES - DA­VID LE BAILLY

C’est à la fois une dé­cla­ra­tion d’amour et un trai­té mé­ta­phy­sique, où la pré­ci­sion des mots, la tour­nure com­plexe des phrases épousent les va­ria­tions les plus sub­tiles de l’état d’es­prit du cou­reur cy­cliste. « J’ai vio­lem­ment ai­mé le vé­lo et la course cy­cliste parce qu’ils m’ont don­né une forme de con­fiance dans l’im­men­si­té sans fond de la vie, dans la ver­ti­ca­li­té du temps. Sans lui, sans eux, je n’au­rais ja­mais eu le moindre sen­ti­ment de l’éter­ni­té – d’une éter­ni­té non pas my­tho­lo­gique, mais vé­cue », écrit Oli­vier Haralambon dans ce livre qui parle du corps, le corps hu­main, le corps de la ma­chine. Corps à corps : « J’ai pas­sé des heures éten­du sur la mo­quette, à ca­res­ser la sur­face de frei­nage ou l’ano­di­sa­tion lisse comme le beurre de mes jantes grises “ser­vice course”. » C’est par­fois su­perbe, tant l’au­teur fait du vé­lo l’ins­tru­ment de son rap­port au monde. « Pé­da­ler, c’est faire sens, rien de plus, mais rien de moins. C’est ha­bi­ter sur un mode pri­vi­lé­gié ce lieu en nous où se lèvent les images. Que cette opé­ra­tion de la pen­sée dé­gage de l’éner­gie dans l’es­pace phy­sique est in­si­gni­fiant. Et le cy­clisme n’est pas plus du sport que la pein­ture de Ca­ra­vage n’est jo­lie, il faut en fi­nir avec ces niai­se­ries. »

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