10 choses à savoir sur…

Pa­quet de ci­ga­rettes à 10 eu­ros, vac­cins obli­ga­toires, sus­pen­sion du tiers payant gé­né­ra­li­sé… La nou­velle mi­nistre de la San­té est sur tous les fronts

L'Obs - - SOMMAIRE - CA­MILLE GILLET

Agnès Bu­zyn

1 VO­CA­TION Avec une mère psy­cha­na­lyste, un père et des oncles chi­rur­giens ou ré­ani­ma­teur, dif­fi­cile pour la jeune Agnès Bu­zyn d’échap­per à la car­rière mé­di­cale. Si, ado­les­cente, elle rê­vait d’un ave­nir dans le ci­né­ma, son père lui trans­met ra­pi­de­ment sa pas­sion : « En­fant, le jeu­di, il m’ar­ri­vait de l’ac­com­pa­gner au bloc. » Elle com­mence alors des études de mé­de­cine pour de­ve­nir chi­rur­gienne. Mal­gré de brillants ré­sul­tats, elle opte fi­na­le­ment pour l’hé­ma­to­lo­gie et les ma­la­dies du sang. « Je cher­chais une spé­cia­li­té où l’on avait un contact fort avec le pa­tient. » 2 AUSCHWITZ Sa fa­mille pa­ter­nelle ori­gi­naire de Lodz, en Po­logne, a été dé­por­tée à Auschwitz. Unique sur­vi­vant, son père Elie (15 ans) fut trans­fé­ré au camp de Bu­chen­wald, où il man­qua de perdre ses pieds, ge­lés. Une ex­pé­rience qui l’a conduit à la chi­rur­gie or­tho­pé­dique. Après des sé­jours en Is­raël et en France, il s’ins­talle dé­fi­ni­ti­ve­ment dans l’Hexa­gone en 1956. Son épouse, juive po­lo­naise née en France, a dû se ca­cher pen­dant la guerre. Elle de­vien­dra psy­cha­na­lyste, proche de Fran­çoise Dol­to. 3 CAR­RIÈRE Elle fait par­tie de ces mi­nistres du gou­ver­ne­ment Philippe is­sus de la so­cié­té ci­vile. Elle fut, en 2016, la pre­mière femme nom­mée à la tête de la Haute Au­to­ri­té de San­té (HAS). Pro­fes­seure de re­nom, spé­cia­li­sée en hé­ma­to­lo­gie, à l’hô­pi­tal Ne­cker-En­fants ma­lades, elle a pré­si­dé l’Ins­ti­tut na­tio­nal du Can­cer. « C’est quel­qu’un qui a une grosse force de tra­vail. Elle est ex­trê­me­ment hu­maine dans l’ap­proche des dos­siers et très res­pec­tueuse des per­sonnes », dit d’elle son an­cien col­lègue le Dr Jé­rôme Vi­guier. 4 SIMONE VEIL An­cienne épouse de Pierre-Fran­çois Veil, Agnès Bu­zyn a été la belle-fille de Simone Veil, dé­cé­dée le 30 juin der­nier. Ce lien fa­mi­lial lui a va­lu de nom­breuses ac­cu­sa­tions de fa­vo­ri­tisme. Comme en 2008, lors­qu’elle est nom­mée à la pré­si­dence du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’Ins­ti­tut de Ra­dio­pro­tec­tion et de Sû­re­té nu­cléaire (IRSN)... Tou­chée par la dis­pa­ri­tion de l’an­cienne mi­nistre de la San­té qui s’est bat­tue pour le droit à l’avor­te­ment, Agnès Bu­zyn lui a ren­du hom­mage : « C’est très sym­bo­lique d’être dans ce mi­nis­tère après elle, dans cette pé­riode-là. » Fa­vo­rable à l’ex­ten­sion de la PMA à toutes les femmes, la mi­nistre est dé­jà de­ve­nue la bête noire des ac­ti­vistes re­li­gieux. 5 DÉSAMORÇAGE Elle est ma­riée à Yves Lé­vy, le di­rec­teur gé­né­ral de l’Ins­ti­tut na­tio­nal de la San­té et de la Re­cherche mé­di­cale (In­serm), un or­ga­nisme pu­blic sur le­quel la mi­nistre de la San­té exerce une co­tu­telle, d’où un risque de conflit d’in­té­rêts… Elle a donc pris les de­vants : son ca­bi­net a an­non­cé qu’elle ne trai­te­rait pas « les su­jets en lien avec l’In­serm », grâce à la mise en place d’un « sys­tème de dé­port ». 6 PÉCHÉ MIGNON Elle est dé­crite par ses col­lègues comme quel­qu’un de gour­mand. Sur la table de réunion de son bu­reau trône un pla­teau de pe­tits bon­bons aci­du­lés et de cho­co­lats à la gui­mauve. « Des frian­dises de cour de ré­créa­tion sans doute guère re­com­man­dées par les ex­perts en nu­tri­tion san­té... », s’amuse le quo­ti­dien « la Croix ». 7 SO­CIALE DÉ­MO­CRATE Agnès Bu­zyn dé­fend ar­dem­ment le ser­vice pu­blic hos­pi­ta­lier. « Je pense qu’il ne de­vrait pas y avoir de liens d’ar­gent avec le pa­tient. Moi, je ne le sup­porte pas. C’est pour ce­la que j’ai choi­si l’exer­cice à l’hô­pi­tal. Les dé­pas­se­ments d’ho­no­raires? J’ai ce­la en hor­reur », a-t-elle confié à « Li­bé­ra­tion ». Au « Quo­ti­dien du mé­de­cin », elle s’est dite « de sen­si­bi­li­té so­ciale-dé­mo­crate » ayant « ser­vi des gou­ver­ne­ments de droite comme de gauche, avec la même loyau­té. » 8 LOI ÉVIN Agnès Bu­zyn n’a pas tou­jours été une ma­cro­niste. Elle s’était même fer­me­ment op­po­sée a l’an­cien mi­nistre de l’Eco­no­mie lors du dé­bat sur l’as­sou­plis­se­ment de la loi Evin. Emmanuel Ma­cron sou­te­nait alors un amen­de­ment au­to­ri­sant les conte­nus pu­bli­ci­taires pour les al­cools jus­ti­fiant une ap­pel­la­tion d’ori­gine. « Une aug­men­ta­tion de 1% des in­ves­tis­se­ments dans les pu­bli­ci­tés pour l’al­cool, c’est 0,15% d’al­cool consom­mé en plus », ar­guait alors la pré­si­dente de l’Ins­ti­tut na­tio­nal du Can­cer (In­ca). 9 LOBBYS « L’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique joue son rôle, et je n’ai ja­mais crié avec les loups sur cette in­dus­trie. Il faut ex­pli­quer que vou­loir des ex­perts sans au­cun lien avec l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique pose la ques­tion de [leur] com­pé­tence », au­rait-elle dé­cla­ré, se­lon Me­dia­part, lors d’une réunion or­ga­ni­sée par un ca­bi­net de lob­bying. Sus­pi­cieux, les mi­li­tants an­ti­vac­cins l’ac­cusent de vou­loir ser­vir les in­té­rêts des in­dus­triels en ren­dant obli­ga­toires onze vac­ci­na­tions in­fan­tiles. 10 TIERS PAYANT Elle vient de confier une mis­sion à l’Ins­pec­tion gé­né­rale des Af­faires so­ciales (Igas) sur la « fai­sa­bi­li­té tech­nique » du tiers payant gé­né­ra­li­sé, me­sure phare du quin­quen­nat Hol­lande. Ob­jec­tif : « trou­ver une so­lu­tion pour per­mettre que ce ne soit pas de la pa­pe­ras­se­rie sup­plé­men­taire pour les mé­de­cins ». Néan­moins, la mi­nistre a pré­ci­sé qu’elle sou­hai­tait la gé­né­ra­li­sa­tion du tiers payant, « une ques­tions d’équi­té ».

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