L’opi­nion

L'Obs - - SOMMAIRE - Par MATTHIEU CROISSANDEAU

de Matthieu Croissandeau

Que re­tien­dra-t-on des dé­buts du quin­quen­nat Ma­cron ? Sa pos­ture pré­si­den­tielle, ses coups de com, ses poi­gnées de main vi­riles ? Ou les textes qui se­ront adop­tés dès cet été par le Par­le­ment? Les pre­mières images, comme les pre­miers actes, donnent sou­vent la cou­leur de la suite. Ni­co­las Sar­ko­zy avait mar­qué l’amorce de son man­dat avec la fa­meuse loi Te­pa, ce pa­quet fis­cal adop­té dès l’été 2007. Mais quelques se­maines après le dî­ner du Fou­quet’s et l’es­ca­pade sur le yacht de Vincent Bol­lo­ré, ce train de me­sures des­ti­nées, entre autres, à sou­la­ger les plus gros contri­buables et à faire re­ve­nir les for­tunes ex­pa­triées avait vite va­lu à son au­teur le sur­nom de « pré­sident des riches ». Une éti­quette qui lui col­la à la peau jus­qu’à la fin du quin­quen­nat…

Cinq ans plus tard, Fran­çois Hol­lande, lui, ne trou­va rien de plus urgent à faire que de dé­tri­co­ter l’oeuvre de son pré­dé­ces­seur. Plu­tôt que de s’at­te­ler à des ré­formes de fond, sa loi de fi­nances rec­ti­fi­ca­tive de l’été 2012 avait ain­si pas­sé par pertes et pro­fits le bou­clier fis­cal, la TVA so­ciale ou en­core la dé­fis­ca­li­sa­tion des heures sup­plé­men­taires… Au­tant de me­sures qu’il re­gret­ta ou ré­ins­tau­ra par la suite, au risque de pas­ser pour un pré­sident brouillon et ir­ré­so­lu pen­dant tout le reste de son man­dat.

De quoi se sou­vien­dra-t-on cette fois-ci ? L’exé­cu­tif, on l’a re­mar­qué, na­vigue à vue, entre la né­ces­si­té d’avan­cer vite, la vo­lon­té de ne pas re­nier ses pro­messes et la contrainte de res­pec­ter nos en­ga­ge­ments eu­ro­péens. Tout en bom­bar­dant d’images flat­teuses le pay­sage mé­dia­tique, Emmanuel Ma­cron a choi­si d’in­ves­tir le champ po­li­tique avec deux ré­formes sym­boles : la loi de mo­ra­li­sa­tion de la vie pu­blique et la ré­forme du Code du Tra­vail. Ces deux textes pré­sentent pour lui l’avan­tage de ne rien coû­ter au contri­buable et d’en­voyer un si­gnal fort. Le pre­mier, à des­ti­na­tion de l’opi­nion pu­blique, doit si­gni­fier que ce nou­veau pou­voir s’ins­crit en rup­ture avec les vieilles et mau­vaises ha­bi­tudes de notre classe po­li­tique. Le se­cond doit dé­mon­trer à nos par­te­naires eu­ro­péens que la France est, elle aus­si – et en­fin ! –, ca­pable de se ré­for­mer. L’un comme l’autre n’au­ront au­cun effet im­mé­diat sur le quo­ti­dien de nos conci­toyens. Mais qu’im­porte : l’es­sen­tiel est bien de mon­trer, à tra­vers ces deux lois, qu’une nou­velle ère s’ouvre.

Oui, mais voi­là, si les sym­boles im­portent en po­li­tique, les ré­sul­tats comptent tout au­tant, si­non plus. Et l’on sait les Fran­çais très im­pa­tients en la ma­tière, sur­tout après un quin­quen­nat où ils ont eu l’im­pres­sion – à tort par­fois – de faire beau­coup d’ef­forts pour rien. On l’a vu ces der­niers jours avec la vol­te­face d’Emmanuel Ma­cron sur l’in­flam­mable ques­tion fis­cale. Ini­tia­le­ment re­por­tées aux ca­lendes grecques, les baisses d’im­pôts de­vront se faire sen­tir dans le porte-mon­naie dès l’an­née pro­chaine, à condi­tion bien sûr de di­mi­nuer d’au­tant les dé­penses de l’Etat pour ne pas lais­ser fi­ler les dé­fi­cits et la dette. Ar­bi­trer entre le temps court et le temps long en fonc­tion des at­tentes des Fran­çais et des moyens de l’Etat ? Voi­là une fi­gure im­po­sée bien connue de la vie po­li­tique. Elle montre les li­mites du bou­le­ver­se­ment ma­cro­nien, ré­vo­lu­tion­naire dans la conquête du pou­voir, mais somme toute très clas­sique dans son exer­cice.

“LES PRE­MIÈRES IMAGES COMME LES PRE­MIERS ACTES DONNENT SOU­VENT LA COU­LEUR DE LA SUITE.”

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