Eros nip­pon

L’EM­PIRE DES SENS, PAR NA­GI­SA OSHI­MA. DRAME ÉROTIQUE JAPONAIS, AVEC EIKO MATSUDA, TATUSYA FUJI, AOI NAKAJIMA (1H42, 1976).

L'Obs - - CRITIQUES - F. F.

C’était au Festival de Cannes en 1976. La ru­meur an­non­çait qu’on al­lait voir ce qu’on al­lait voir : un film érotique avec des scènes non si­mu­lées, un vrai film, un film d’art, ma­dame, pas un por­no. La bous­cu­lade, rue d’An­tibes, à mi­nuit, fut dé­li­rante, les fes­ti­va­liers ti­tillés se bat­taient pour un fau­teuil, se pié­ti­naient sur le trot­toir. Ré­sul­tat : dé­cep­tion. Car le film est une ode à la mort, pas du tout une fies­ta de jambes en l’air. Cette love sto­ry entre une gei­sha et son amant, si­tuée en 1936, était fu­nèbre : oui, on voyait des sexes, des fel­la­tions, des pé­né­tra­tions. Mais cette pas­sion me­nait au sui­cide, et Na­gi­sa Oshi­ma, le met­teur en scène, fil­mait avec dé­ta­che­ment cette course à l’abîme. Du coup, on ci­ta Ba­taille, Freud, Barthes, on ana­ly­sa la mor­bi­di­té nip­pone, et « l’Em­pire des sens » fut en­ter­ré sous la cri­tique dite sé­rieuse. Reste la ques­tion : plus de qua­rante ans plus tard, que reste-t-il de ce film qui dé­fraya si vio­lem­ment la chro­nique ? Il faut le re­voir.

Eiko Matsuda et Tatusya Fuji.

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