Sy­rie Dans Ra­q­qa, bas­tion as­sié­gé de Daech

Ils sont kurdes, arabes, yé­zi­dis… Sol­dats de l’opé­ra­tion “Co­lère de l’Eu­phrate”, ils se battent, au sein d’une coa­li­tion fra­gile, pour re­prendre la ca­pi­tale de l’Etat is­la­mique. Re­por­tage

L'Obs - - Sommaire - De notre en­voyé spé­cial GUILLAUME PER­RIER

Dans le sa­lon d’une mai­son vi­dée de ses ha­bi­tants, les com­bat­tants ont ins­tal­lé un poste avan­cé à la hâte. Une théière fume, quelques paillasses sont éten­dues à même le sol. Des tal­kies-wal­kies gré­sillent sur le re­bord d’une fe­nêtre et des ka­lach­ni­kovs sont ap­puyées contre les murs. Ca­lé dans un ca­na­pé bran­lant, au-des­sus du­quel est ac­cro­ché un ca­ne­vas re­pré­sen­tant une scène bu­co­lique de l’An­gle­terre du

siècle, le com­man­dant du groupe a les yeux ri­vés sur une ta­blette. Sur l’écran, une pho­to sa­tel­lite par­se­mée de points co­lo­rés. Jaunes pour les po­si­tions des com­bat­tants kurdes, les YPG (Uni­tés de pro­tec­tion du Peuple), bleus pour leurs al­liés, rouges pour les dji­ha­distes de Daech. « Tous les postes sont connec­tés en ré­seau, ce qui nous per­met de suivre l’évo­lu­tion en temps réel des lignes de front et les dé­pla­ce­ments de forces. C’est une guerre tech­no­lo­gique », ex­plique l’o cier dans son uni­forme cou­leur sable.

Sur la ter­rasse, qui o re une vue im­pre­nable sur le quar­tier de Nas­si­ra et sur la vieille ville de Ra­q­qa, un guet­teur jette des coups d’oeil par-des­sus le pa­ra­pet. Il est à por­tée de sni­pers, à 500 mètres à peine des lignes de Daech. D’un geste

ample, Bo­ran, un Kurde ori­gi­naire de Ha­san­keyf, en Tur­quie, dé­crit l’avan­cée dé­ci­sive de ses com­pa­gnons, sur le front est, au cours de la nuit.

Le 4 juillet, les Forces dé­mo­cra­tiques sy­riennes (FDS), une coa­li­tion ara­bo­kurde, qui as­siègent la ca­pi­tale sy­rienne de l’or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique de­puis deux mois, sont en­trées dans la vieille ville de Ra­q­qa. Les hauts murs d’en­ceinte en forme de fer à che­val, construits au siècle par

les ca­lifes ab­bas­sides, ont été fran­chis. La route stra­té­gique qui mène à la grande mos­quée, un joyau ar­chi­tec­tu­ral en­tiè­re­ment en brique édi­fié il y a douze siècles, est elle aus­si sous le contrôle des FDS. « Daech est mort, ju­bile Me­tin, un com­bat­tant kurde sy­rien de 22 ans. Ils n’ont pas les moyens de nous ré­sis­ter. Alors ils uti­lisent d’autres stra­té­gies. Ils passent sous les lignes grâce à des tun­nels, lancent des drones pié­gés ou des at­taques-sui­cides. »

Un tiers de la ci­té est dé­sor­mais li­bé­ré du joug de Daech qui se re­cro­que­ville inexo­ra­ble­ment dans le dé­dale de la mé­di­na, où les com­bats risquent de se dur­cir. Après Mos­soul, fief ira­kien du ca­li­fat re­pris il y a dix jours, la re­con­quête mi­li­taire de Ra­q­qa est iné­luc­table. Ce n’est plus qu’une ques­tion de temps, de se­maines, peut-être de mois. Mais de­puis qu’a été lan­cée l’opé­ra­tion « Co­lère de l’Eu­phrate », en no­vembre 2016, toutes les par­ties le savent per­ti­nem­ment : comme à Mos­soul, la vraie ba­taille, celle pour la sta­bi­li­té et la sé­cu­ri­té de la ré­gion, ne fait, elle, que com­men­cer.

Dans le pe­tit poste avan­cé de Nas­si­ra, la ma­jo­ri­té des com­bat­tants assis au­tour d’un plat de to­mates et de viande sé­chée est ori­gi­naire de Tur­quie. D’Iz­mir à Van, les Kurdes ont de­puis 2012 re­joint en masse les YPG, la branche ar­mée du PYD, le mou­ve­ment sy­rien is­su du PKK (Par­ti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan). Les

« ka­dro » les plus ex­pé­ri­men­tés de la gué­rilla mar­xiste, en lutte de­puis 1984 contre l’Etat turc, sont om­ni­pré­sents. Ils oc­cupent les postes stra­té­giques, di­rigent les opé­ra­tions, noyautent les « mé­dias mi­li­taires » of­fi­ciels qui sont les seuls au­to­ri­sés à cou­vrir au plus près les opé­ra­tions.

Dans les rues des quar­tiers li­bé­rés de Ra­q­qa, sur chaque po­si­tion ou check­point, les Kurdes de Sy­rie sont ma­jo­ri­taires, mais ils sont sup­pléés par ceux ori­gi­naires d’Iran ou de Tur­quie, ve­nus li­bé­rer Ra­q­qa et conso­li­der les fon­da­tions de leur pays. Car le pro­jet des YPG, der­rière le pa­ravent mul­tieth­nique des Forces dé­mo­cra­tiques sy­riennes, est d’éta­blir dans le nord de la Sy­rie un ter­ri­toire au­to­nome, tout le long de la fron­tière turque. Di­vi­sé en trois can­tons, ce « pro­to-Etat » est une mise en pra­tique des théo­ries éla­bo­rées par Ab­dul­lah Öca­lan, le fon­da­teur du PKK em­pri­son­né en Tur­quie de­puis 1999. Au cas où l’on en dou­te­rait, le por­trait du « guide » Öca­lan trône dans les lieux pu­blics et dans toutes les ins­ti­tu­tions du « Ro­ja­va », le « Kur­dis­tan oc­ci­den­tal », que ses dé­trac­teurs pré­fèrent qua­li­fier d’« Öca­la­nis­tan ». Wa­shing­ton, le prin­ci­pal par­rain des Kurdes de Sy­rie, fait mine de ne pas le voir pour ne pas ir­ri­ter son al­lié turc.

A Ra­q­qa, les Kurdes sont aus­si mus par un dé­sir de ven­geance, deux ans après le trau­ma­tisme de la ba­taille de Ko­ba­né. Par­mi les slo­gans po­li­tiques qui re­couvrent les murs de la ville, un mes­sage ré­cur­rent s’étale en lettres noires ou rouges : « Nous n’ou­blions pas ce qui s’est pas­sé à Ko­ba­né. »

La com­man­dante de l’opé­ra­tion « Co­lère de l’Eu­phrate », Ro­j­da Fe­lat, 36 ans, est un pur pro­duit de cette école idéo­lo­gique. Née à Qa­mi­chli, dans la ré­gion sy­rienne de la Djé­zi­reh, à ma­jo­ri­té kurde, cette pe­tite femme aux che­veux noirs comme la nuit et aux pom­mettes saillantes, a pris les armes en 2012 « pour dé­fendre la terre et le peuple kurdes ». « Ce­la fait des dé­cen­nies que nous lut­tons pour nos droits. Face à la me­nace de Daech, nous avons été obli­gés de nous or­ga­ni­ser et de nous dé­fendre, c’était une ques­tion de sur­vie », as­sure-t-elle en si­ro­tant un thé, as­sise en tailleur dans une base de Ra­q­qa Ouest.

« La po­pu­la­tion de Ra­q­qa est en ma­jo­ri­té arabe, re­con­naît Ro­j­da Fe­lat. Mais un grand nombre de nos com­bat­tants le sont aus­si, ce sont eux qui vont li­bé­rer la ville », af­fir­met-elle. Les FDS font en ef­fet la part belle aux com­bat­tants non kurdes. Y com­pris au sein des ba­taillons d’ap­pe­lés qui font leur ser­vice obli­ga­toire de neuf mois pour une paye men­suelle de 120 dol­lars. Pour lé­gi­ti­mer la re­con­quête, la coa­li­tion a pla­cé en pre­mière ligne, sur tous les fronts qui en­serrent la ville, des bri­gades arabes plus ex­pé­ri­men­tées. Des ka­ti­ba is­sues de ce qu’il reste de l’Ar­mée sy­rienne libre (ASL) an­ti-Ba­char al-As­sad, qui ne se sont pas ral­liées par adhé­sion idéo­lo­gique mais qui ont op­por­tu­né­ment choi­si la force la plus à même de faire tom­ber Ra­q­qa. « Notre en­ne­mi com­mun, ce sont les ter­ro­ristes de Daech », clame Aboubakir, 23 ans, qui com­bat avec 25 autres membres de Li­wa alTah­rir ori­gi­naires de Deir ez-Zor. « Ils ont tué plus de cent hommes de ma tri­bu, pen­dus ou exé­cu­tés, souffle-t-il. Le même sort m’at­ten­dait si je n’avais pas pris les armes. » Son ami Abou al-Mou­ghi­ra, 22 ans, a lui aus­si des comptes à ré­gler avec Daech. « L’été der­nier, l’Etat is­la­mique m’a em­pri­son­né pour mes liens avec l’ASL. Mon père est ve­nu me rendre vi­site, mais ils l’ont at­tra­pé et en­fer­mé à son tour. Il a été tor­tu­ré pen­dant trois jours. Il en est mort peu après », ra­conte le jeune homme, lon­gi­ligne, un kef­fieh noir en­rou­lé au­tour de la tête. « Je sa­vais que j’al­lais être de nou­veau ar­rê­té, alors je suis par­ti com­battre Daech à Azaz, près de la Tur­quie, puis à Al-Bab et en­fin à Ra­q­qa. En ar­ri­vant, j’ai failli fi­nir sur une mine », ex­plique-t-il en re­le­vant son pan­ta­lon et en dé­cou­vrant sa jambe bles­sée.

A cô­té d’eux, Sal­man, 20 ans, est ve­nu la­ver l’hon­neur de son frère, tué par Daech en 2015. Quant à Houd, il veut en dé­coudre avec ceux qui lui ont vo­lé deux voi­tures et de l’ar­gent, dans son vil­lage près de Deir ez-Zor… Le seul pro­jet po­li­tique de ces jeunes com­bat­tants est la ven­geance. La haine de l’Etat is­la­mique est le seul ci­ment qui unit toutes ces bri­gades. « Nous es­pé­rons un ave­nir plus heu­reux », lâche Sal­man.

Pour faire tom­ber la ca­pi­tale de l’Etat is­la­mique, Ro­j­da Fe­lat peut comp­ter sur une ar­mée mixte de 10000 hommes et femmes, où se mêlent toutes les com­po­santes eth­niques et re­li­gieuses de la ré­gion. Kurdes, Arabes, mais aus­si Ar­mé­niens, yé­zi­dis, Tcher­kesses… Un at­te­lage hé­té­ro­clite, sou­vent ban­cal, tou­jours do­mi­né po­li­ti­que­ment par les Kurdes de Tur­quie. Des ba­taillons de vo­lon­taires étran­gers par­courent aus­si les lignes de front, avec des mo­ti­va­tions di­verses. Des sta­li­niens turcs, des za­pa­tistes la­ti­no-amé­ri­cains, des etar­ras basques, des évan­gé­liques amé­ri­cains en croi­sade, des mi­li­tants de l’Ar­mée rouge ja­po­naise, des es­pions et des aven­tu­riers en mal de sen­sa­tions fortes…

Ro­bert Grodt, un Amé­ri­cain de 28 ans, fi­gure du mou­ve­ment Oc­cu­py Wall Street en 2011, était l’un d’eux ; sa mort sur le front de Ra­q­qa a été an­non­cée lun­di 10 juillet. Dans un bel uni­forme frap­pé du bla­son des YPG, Mi­chael En­right, un Bri­tan­nique de 53 ans à l’éphé­mère car­rière d’ac­teur à Hol­ly­wood – il a joué un se­cond rôle dans « Pi­rates des Ca­raïbes » ! –, s’est en­ga­gé en 2015 avec les Kurdes. Il com­bat avec eux près de Ra­q­qa de­puis plus d’un an. « J’ai vou­lu m’en­ga­ger après le 11 sep­tembre 2001, mais j’étais trop âgé pour en­trer dans l’ar­mée », ra­conte cet homme aux che­veux gri­son­nants, avec le dé­bit d’une arme au­to­ma­tique. Ce chré­tien « en quête spi­ri­tuelle » a été mar­qué par la fi­gure de Ji­ha­di John, le ji­ha­diste bri­tan­nique le plus cé­lèbre, le mal ab­so­lu, se­lon lui, ain­si que par les at­ten­tats ré­cents com­mis à Londres. Il a vou­lu ap­por­ter sa contri­bu­tion à la « guerre contre le ter­ro­risme ».

A cette coa­li­tion de bric et de broc s’ajoutent les par­rains étran­gers, dont la pré­sence est de plus en plus vi­sible dans les quar­tiers li­bé­rés de Ra­q­qa. Les Amé­ri­cains ont dé­ployé plu­sieurs cen­taines de ma­rines lour­de­ment ar­més et équi­pés. Leur ar­tille­rie pi­lonne la ville, chaque nuit, mal­gré la pré­sence es­ti­mée d’au moins 50000 ci­vils. Ces frappes ont dé­jà fait plu­sieurs di­zaines de morts, des mil­liers de ré­fu­giés, des des­truc­tions ir­ré­pa­rables. Comme à Mos­soul, la mé­thode em­ployée crée un pro­fond res­sen­ti­ment au sein de la po­pu­la­tion, ce qui au­ra des consé­quences une fois Ra­q­qa re­prise. De­vant

“DAECH A PEN­DU OU EXÉ­CU­TÉ PLUS DE CENT HOMMES DE MA TRI­BU. LE MÊME SORT M’AT­TEN­DAIT SI JE N’AVAIS PAS PRIS LES ARMES.” ABOUBAKIR, 23 ANS

leurs vé­hi­cules blin­dés Hum­vees, les sol­dats amé­ri­cains tiennent les car­re­fours stra­té­giques à proxi­mi­té des lignes de front, buste droit et re­gard haut der­rière leurs Ray-Ban. Ils in­ter­viennent en ap­pui des com­bat­tants kurdes et arabes, qui eux sont ar­més de vieilles ka­lach­ni­kovs, partent au front en chan­tant, cla­quettes aux pieds et sans gi­lets pare-balles.

Le 4 juillet, date de l’en­trée dans la vieille ville et jour de la fête na­tio­nale amé­ri­caine, un im­pres­sion­nant convoi mi­li­taire en­voyé par Wa­shing­ton est ar­ri­vé aux portes de Ra­q­qa, par l’ouest. Quelques jours plus tôt, la chaîne amé­ri­caine CBS avait pu fil­mer l’at­ter­ris­sage d’un avion-car­go sur la piste de Ko­ba­né, à trois heures de route. Des di­zaines de blin­dés, sur­mon­tés de tou­relles, des trans­ports de troupes, quatre se­mi-re­morques char­gés de caisses d’armes, de mis­siles et d’obus de mor­tier de gros ca­libre sont en­trés en fan­fare dans Ra­q­qa. Une dé­mons­tra­tion de force. La pré­sence des Fran­çais est en re­vanche plus dis­crète. Les forces spé­ciales sont ins­tal­lées dans une mai­son avec pis­cine à proxi­mi­té du front est. Le but prin­ci­pal de tout ce pe­tit monde est de cap­tu­rer ou d’éli­mi­ner les dji­ha­distes étran­gers, afin d’évi­ter qu’ils ne res­sortent vi­vants de Sy­rie…

Une seule chose semble faire le lien entre les dif­fé­rentes com­po­santes de la coa­li­tion. La haine de Daech. Mais une fois les dji­ha­distes éli­mi­nés, évin­cés de leur bas­tion, cette fra­gile al­liance risque de vo­ler en éclats. « Nous sommes confron­tés à un dé­fi de taille, re­con­naît Ro­j­da Fe­lat, dans la base des com­bat­tants kurdes. Per­sua­der les ha­bi­tants de Ra­q­qa que le mo­dèle de l’Etat is­la­mique n’est pas is­la­mique. » Les Kurdes aus­si vont de­voir convaincre de la sin­cé­ri­té de leur pro­jet, pré­sen­té comme dé­mo­cra­tique, éga­li­taire et li­ber­taire. Sur le ter­rain, les ten­dances hé­gé­mo­niques et au­to­ri­taires de leur mou­ve­ment font craindre un ré­veil bru­tal. Les dis­cri­mi­na­tions en­vers les ci­vils arabes, les hu­mi­lia­tions aux check­points, les pe­tits tra­fics, la cor­rup­tion leur at­tirent de vi­ru­lentes critiques et le res­sen­ti­ment des mi­no­ri­tés.

Pour ad­mi­nis­trer la ville de Ra­q­qa, les FDS ont mis en place un con­seil ci­vil, une sorte de mu­ni­ci­pa­li­té au­to­nome. Une fois la vic­toire mi­li­taire as­su­rée, le pou­voir lui se­ra trans­mis. « Nous es­sayons de trai­ter tous les pro­blèmes : l’eau, l’élec­tri­ci­té, la re­cons­truc­tion des ca­na­li­sa­tions, le re­dé­mar­rage d’une bou­lan­ge­rie… Daech a dé­truit toute la so­cié­té. Pour les contrer, il faut ré­ta­blir l’ac­ti­vi­té éco­no­mique », sou­ligne Adil al-Ali, membre de ce con­seil pro­vi­soi­re­ment ins­tal­lé à Aïn Is­sa, à 50 ki­lo­mètres de Ra­q­qa. Ce mo­dèle a dé­jà été tes­té dans d’autres villes re­prises à Daech et no­tam­ment dans des villes à ma­jo­ri­té arabe, comme Man­bij, li­bé­rée le 12 août 2016. De­puis, cette ville de

“DAECH A DÉ­TRUIT TOUTE LA SO­CIÉ­TÉ. POUR LES CONTRER, IL FAUT RÉ­TA­BLIR L’AC­TI­VI­TÉ ÉCO­NO­MIQUE.” ADIL AL-ALI, MEMBRE DU CON­SEIL CI­VIL PRO­VI­SOIRE DE RA­Q­QA

50 000 ha­bi­tants, si­tuée à l’ouest de l’Eu­phrate sur la route d’Alep, re­prend vie.

Vê­tu d’un cos­tume noir, d’un kef­fieh im­ma­cu­lé et de chaus­sures ver­nies im­pec­ca­ble­ment lus­trées, le cheikh Fa­rouk al-Ma­chi, 49 ans, pré­side le con­seil ci­vil ins­tal­lé par les FDS et ap­prou­vé par le con­seil des chefs des 64 tri­bus lo­cales. « Après trois an­nées de crimes de Daech, tout était dé­truit mais nous avons rou­vert les écoles qui avaient été mi­nées, re­cons­truit six hô­pi­taux, les gens l’ont bien vu », plaide-t-il. « Au sein du con­seil, 70% des membres sont arabes, le reste est is­su des mi­no­ri­tés de la ville dont les Kurdes, in­siste le cheikh. Ce sont les ha­bi­tants qui dé­cident. »

Dans la ville, les avis sont par­ta­gés. Pour des ques­tions de sé­cu­ri­té et de sta­bi­li­té, une bonne par­tie de la po­pu­la­tion semble se ran­ger der­rière les nou­veaux maîtres des lieux que beaucoup per­sistent à ap­pe­ler « les Kurdes » ou « les ca­ma­rades » – he­val, un terme par le­quel s’iden­ti­fient les sym­pa­thi­sants du PKK. « Il n’y a pas une seule mai­son en Sy­rie qui ne soit pas di­vi­sée », tem­père Mus­ta­fa Drou­bi. Ce sexa­gé­naire qui a été em­pri­son­né un mois et tor­tu­ré pour avoir al­lu­mé une ci­ga­rette à la sor­tie de la mos­quée de­vant un chef de guerre tchét­chène de Daech bé­nit la pré­sence des FDS.

Mais les me­naces qui planent sur Man­bij sont celles qui s’an­noncent pour Ra­q­qa. Le sou­tien oc­ci­den­tal se li­mite au mi­li­taire. Et les Forces dé­mo­cra­tiques sy­riennes sont consi­dé­rées par le voisin turc comme des groupes ter­ro­ristes, au même titre que Daech. Un mur a été édi­fié tout le long de la fron­tière, et l’eau de l’Eu­phrate est re­te­nue en amont, ce qui cause d’im­por­tantes pé­nu­ries. Le pré­sident turc a me­na­cé à plu­sieurs re­prises d’al­ler « li­bé­rer Man­bij ». « Nous sommes libres de choi­sir le dra­peau de notre ad­mi­nis­tra­tion, tempête le cheikh Fa­rouk. A Azaz ou Ja­ra­blous, c’est le dra­peau turc qui flotte, c’est une oc­cu­pa­tion. »

De­puis 2015, An­ka­ra a tout fait pour dis­sua­der Wa­shing­ton de sou­te­nir les forces du Ro­ja­va. En vain. Ces der­nières se sont im­po­sées comme l’op­tion la plus réa­liste pour dé­bar­ras­ser la Sy­rie de Daech. La suite est une autre his­toire. Après Ra­q­qa, les FDS pous­se­ront-elles jus­qu’à Deir ez-Zor pour net­toyer les der­nières poches dji­ha­distes? Les al­liés oc­ci­den­taux tra­hi­ront-ils les Kurdes, une fois le fief du ca­li­fat anéan­ti? La ques­tion brûle toutes les lèvres. La com­man­dante Ro­j­da Fe­lat es­quisse un sou­rire quand on la lui pose : « Notre peuple n’a tou­jours pu comp­ter que sur lui-même. »

Deux com­bat­tants des Forces dé­mo­cra­tiques sy­riennes pro­gressent sur la ligne de front.

Me­tin, 22 ans, des Forces dé­mo­cra­tiques sy­riennes, est l’un des pre­miers sol­dats à être en­trés dé­but juillet dans la vieille ville de Ra­q­qa.

Fu­né­railles de sol­dats tom­bés pour la li­bé­ra­tion de Ra­q­qa.

Un jeune Kurde, avec un dra­peau re­pré­sen­tant le lea­der Öca­lan, ma­ni­feste.

Les of­fi­ciers suivent en di­rect l’évo­lu­tion de la ba­taille sur leurs ta­blettes.

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