Les sol­dats du jazz

LES POI­LUS DE HAR­LEM, PAR THO­MAS SAINTOURENS, TALLANDIER, 288 P., 19,90 EU­ROS.

L'Obs - - Lire - LAURENT LEMIRE

Dans la rade de Brest, le 1er jan­vier 1918, on en­tend une « Mar­seillaise » qui swingue. Les mu­si­ciens du 15e ré­gi­ment d’in­fan­te­rie de la garde na­tio­nale de New York s’en donnent à coeur joie. Avec eux, le jazz ar­rive en France. Ces quelque deux mille fan­tas­sins noirs sur­nom­més « Black Rat­tlers », en ré­fé­rence au ser­pent à sonnette qui orne leur dra­peau, ont pour de­vise « Don’t Tread on Me » (« Ne me marche pas des­sus »). Les Al­le­mands vont vite ap­prendre pour­quoi. Bap­ti­sés les sol­dats de l’en­fer, ils de­viennent les « Hell­figh­ters ». Car ces va­leu­reux, par­mi les­quels on trouve un chef d’or­chestre, un peintre, un boxeur ou un por­teur de va­lises, ont te­nu cent quatre-vingt-onze jours dans les tran­chées de l’Ar­gonne, plus qu’au­cune autre uni­té amé­ri­caine. Mais ils ont com­bat­tu sous l’uni­forme fran­çais, l’ar­mée des Etats-Unis ne voyant dans ces hé­ros que des ne­groes. Tho­mas Saintourens a me­né l’en­quête dans les ar­chives et ra­conte l’épo­pée de ces « Poi­lus de Har­lem » qui se sont aus­si bat­tus contre la sé­gré­ga­tion ra­ciale, à coups de rag­time. Tous dis­tin­gués de la croix de guerre fran­çaise, l’un d’entre eux, Hen­ry John­son, a at­ten­du 2015 pour re­ce­voir la Me­dal of Ho­nor. A titre posthume, bien en­ten­du…

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