Le roi de Ve­nise

VOLPI, PRINCE DE LA VE­NISE MO­DERNE, PAR BER­NARD POU­LET, MI­CHEL DE MAULE, 210 P., 20 EU­ROS.

L'Obs - - Lire - VÉRONIQUE CASSARIN-GRAND

Les Vé­ni­tiens ont pré­fé­ré ou­blier Giu­seppe Volpi (1877-1947), comte de Mi­su­ra­ta, qui toute sa vie s’est em­ployé à faire re­trou­ver à la Sé­ré­nis­sime, sa ville na­tale, son pres­tige et son in­fluence, au prix de cer­tains ac­com­mo­de­ments avec le fas­cisme. Ber­nard Pou­let, amoureux de Ve­nise au point d’en être de­ve­nu ci­toyen, ré­ha­bi­lite avec nuance la mé­moire de cet homme is­su de la bour­geoi­sie désar­gen­tée qui, par sa dé­ter­mi­na­tion (il avait choi­si comme de­vise « So­lus et per as­pe­ra », seul et face aux dif­fi­cul­tés), son en­tre­gent et un soup­çon de mé­ga­lo­ma­nie, a me­né plu­sieurs car­rières : ca­pi­taine d’in­dus­trie, gou­ver­neur de la Tri­po­li­taine, di­plo­mate, mi­nistre des Fi­nances, sé­na­teur, créa­teur de la Mos­tra, au point de bâ­tir un vé­ri­table em­pire dont Ve­nise était le centre. On a re­pro­ché à cet « esprit prag­ma­tique qui re­je­tait toute po­si­tion idéo­lo­gique » d’être un proche de Mus­so­li­ni et un « col­la­bo­ra­teur », mais son ha­bi­le­té di­plo­ma­tique a long­temps épar­gné à Ve­nise les ou­trances du fas­cisme et son dy­na­misme en­tre­pre­neu­rial a per­mis à la Sé­ré­nis­sime de re­trou­ver son lustre d’an­tan. Blan­chi par les tri­bu­naux d’épu­ra­tion, Volpi mour­ra avant de pou­voir or­ches­trer son re­tour en grâce, s’at­ta­chant à ja­mais le sur­nom de « doge en che­mise noire ».

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