Les ar­tistes et le fisc (4/6)

Ber­cy contre Sa­gan

L'Obs - - Sommaire - Par SO­PHIE DELASSEIN

Le 5 juin 1958, Fran­çoise Sa­gan, 22 ans, est in­ter­viewée pour la sor­tie de son qua­trième ro­man, « Ai­mez-vous Brahms… ». Après l’avoir ti­tillée sur sa lé­gende dé­jà faite de vi­tesse et d’al­cool, Pierre Des­graupes lui de­mande si elle pour­rait vivre sans ar­gent. Face aux ca­mé­ras de « Cinq Co­lonnes à la une », la jeune gloire de la lit­té­ra­ture ré­pond avec un aplomb es­piègle : « C’est une ques­tion très dure parce que je n’ai ja­mais vé­cu sans, mais je crois que je peux vivre avec beau­coup moins. » Puis, avec la pe­tite mine de celle qui ne voit pas com­ment ça pour­rait lui ar­ri­ver : « Si j’étais pauvre, je ne me tue­rais pas, mais je se­rais ex­trê­me­ment em­bê­tée. » Trente ans plus tard, l’in­ima­gi­nable est de­ve­nu son quo­ti­dien. Ruinée, ron­gée, har­ce­lée par le fisc, Sa­gan as­siste im­puis­sante à la ronde des huis­siers. Ses biens sont ven­dus à la bou­gie, ses droits d’au­teur confis­qués à la source. Et sa dette si lourde qu’à sa dis­pa­ri­tion, le 24 sep­tembre 2004, son fils hé­site à ac­cep­ter l’hé­ri­tage.

Pour com­prendre com­ment elle est tom­bée si bas, il faut re­ve­nir à l’en­fance ai­sée de la ben­ja­mine des Quoi­rez, à la jeu­nesse mul­ti­mil­lion­naire de cette Fran­çoise qui a choi­si de si­gner Sa­gan. La pri­va­tion lui est étran­gère. Elle gran­dit à Pa­ris, dans un ap­par­te­ment spa­cieux et bour­geois du 167, bou­le­vard Ma­le­sherbes et, chaque été, re­trouve la mai­son fa­mi­liale du Tour de Ville, à Cajarc, qui l’a vue naître le 21 juin 1935. Elle y passe des heures ca­ni­cu­laires à lire sous les toits fu­mants, quand elle ne s’évade pas, seule, dans les causses. Dé­li­cieu­se­ment libre. In­fi­ni­ment libre. Libre comme per­sonne. Cette in­sou­ciance se pro­longe à l’ado­les­cence, a for­tio­ri quand, plu­tôt que de s’en­fer­mer dans les am­phi­théâtres bon­dés de la Sor­bonne, elle s’at­table au ca­fé Le Cu­jas pour écrire son pre­mier ro­man. Ce se­ra « Bon­jour tris­tesse ». Re­né Jul­liard veut ab­so­lu­ment l’édi­ter. Elle trouve son pseu­do­nyme d’écri­vain chez Proust et de­mande, au ha­sard, 25 000 francs au titre d’avance. Jul­liard lui pro­pose le double. Pierre Quoi­rez signe le con­trat de sa fille mi­neure le 21 jan­vier 1954. Elle a 18 ans lorsque, ce ma­tin d’hi­ver, cette grande ado se tourne vers son père : que faire de cette somme ? La ré­ponse claque comme un ordre ve­nu d’en haut : « Dé­pense-le ! »

Alexandre As­truc, Mas­si­mo Gar­gia, Vol­de­mar Les­tienne, Jacques Cha­zot. Ré­gine anime les boîtes où fi­nissent leurs nuits.

Les sai­sons dé­filent, pied au plan­cher. Sa­gan écrit beau­coup. Tout marche, tout se vend : ses ro­mans (tra­duits en plu­sieurs langues, par­fois por­tés à l’écran), ses nou­velles, ses es­sais, ses sou­ve­nirs, ses pièces de théâtre, un scé­na­rio, des textes de chan­sons mis en mu­sique par Mi­chel Magne et in­ter­pré­tés par Ju­liette Gré­co, son amante se­crète. Le « char­mant pe­tit monstre » qu’ap­plau­dit Fran­çois Mau­riac, « l’es­piègle Li­li » ché­rie de Jean-Paul Sartre passe son temps à fuir l’en­nui. In­tré­pide, étour­die, elle se pré­oc­cupe peu de sa san­té, phy­sique comme fi­nan­cière. L’ar­gent lui échappe joyeu­se­ment : c’est elle qui loue les mai­sons à Saint-Tro­pez pour ses vrais et faux amis, elle qui règle les ad­di­tions chez Sé­né­quier, Lipp, Ré­gine, Cas­tel. Elle ne prête ja­mais d’ar­gent, elle le donne. Alors il file sans qu’elle songe à le pla­cer : de toute son exis­tence, elle n’au­ra pos­sé­dé que le ma­noir du Breuil, à Eque­mau­ville, ache­té sur un coup de tête avec des mil­lions ga­gnés en une nuit au ca­si­no.

Sa vie est une fable. Mais l’hi­ver fi­nit par rat­tra­per la ci­gale. Sa­gan, qui a fait sienne la pen­sée d’Alexandre Dumas, « l’ar­gent est un bon ser­vi­teur mais un mau­vais maître », dé­couvre son cô­té ty­ran­nique. La chute, qui s’amorce dans les an­nées 1980, l’ex­tirpe tar­di­ve­ment de cette jeu­nesse qu’elle croyait éter­nelle. Elle a dé­sor­mais ren­dez-vous avec les hô­pi­taux, les tri­bu­naux, les ap­pels

pres­sants de la banque, les im­pôts im­payés, les ventes qui baissent, ses édi­teurs en burn-out. La vie cô­té face. Sa non-ges­tion de ses propres in­té­rêts est sui­ci­daire.

Hen­ri Flam­ma­rion l’a tôt com­pris. Treize ans après son ar­ri­vée en 1969 chez Flam­ma­rion avec « Un peu de so­leil dans l’eau froide », Sa­gan se dit flouée et ré­clame un audit de ses comptes. Bi­lan : elle est dé­bi­trice de 4 mil­lions de francs. L’édi­teur se lâche dans la presse : « Elle ne vou­lait pas en­tendre par­ler de ques­tions ma­té­rielles. Pen­dant treize ans, elle m’a fait té­lé­pho­ner chaque fois qu’elle avait be­soin d’ar­gent et chaque fois le chèque est par­ti aus­si­tôt. Pen­dant treize ans, non seule­ment je lui ai ver­sé une men­sua­li­té, mais j’ai en­core payé ses im­pôts. Sa confiance était d’ailleurs si to­tale qu’elle m’avait char­gé de gé­rer les in­té­rêts des livres qu’elle avait pu­bliés chez d’autres édi­teurs avant de si­gner avec moi. Je sa­vais que son compte était dé­bi­teur de­puis dix ans. J’évi­tais de lui en par­ler et même de l’in­ci­ter au tra­vail, car je res­pecte trop la créa­tion pour for­cer un écri­vain à écrire ou lui ré­cla­mer un texte. » Sa­gan re­joint Pau­vert, le temps de pu­blier chez lui « la Femme far­dée » et « Un orage im­mo­bile ». Puis elle le quitte sur un coup de tête, sur un coup de fil de Gal­li­mard qui pro­met monts et mer­veilles. Pau­vert lui in­tente un pro­cès, et ce sont en­core 8 mil­lions de francs qui s’en­volent. Bien­tôt, elle quit­te­ra Gal­li­mard pour re­tour­ner chez Jul­liard et fi­nir chez Plon. Une in­sta­bi­li­té ré­vé­la­trice d’une pa­nique en cou­lisses.

SAU­VÉE PAR MIT­TER­RAND

Les an­nées 1980 sont celles du dé­clin. Ses ro­mans ne se vendent plus aus­si bien, les comptes virent au rouge. Sa­gan dé­pense les for­tunes qu’elle croit avoir en­core. Elle joue et paume, à la rou­lette, ses droits d’au­teur à ve­nir. Elle in­ves­tit énor­mé­ment mais à perte dans la marque que crée sa com­pagne, l’ex-man­ne­quin Peg­gy Roche. Des cen­taines de mil­liers de francs partent chez les dea­lers d’hé­roïne et de co­caïne – l’équi­valent de 15 000 eu­ros par mois, dit-on. Les pro­cès qui s’en­chaînent (pla­giat, dé­ten­tion de stu­pé­fiants, rup­tures de contrats d’édi­tion) font le ré­gal de ses avo­cats. De­puis que Flam­ma­rion ne s’oc­cupe plus de ses af­faires, son in­ter­lo­cu­trice à la banque a pris le re­lais et bloque par pré­cau­tion le mon­tant qu’elle ver­se­ra aux im­pôts l’an­née sui­vante. Mais cette âme bien­veillante fi­nit par quit­ter la banque. Ca­tas­trophe.

« Cette dame ne payait pas ses im­pôts », nous ra­conte au­jourd’hui l’an­cien mi­nistre du Bud­get Mi­chel Cha­rasse. Aux sommes dues s’agrègent les pé­na­li­tés de re­tard. Chaque fois qu’un pro­blème de cet ordre s’in­filtre dans sa boîte aux lettres ou toque à sa porte en ha­bit d’huis­sier, Sa­gan s’agace et mar­monne : « Ce que c’est as­som­mant ! » Puis elle com­pose le nu­mé­ro de l’Ely­sée. Dès leur pre­mière ren­contre, par ha­sard dans un aé­ro­port du Sud-Ouest, au­quel ils sont tous deux at­ta­chés, Fran­çoise Sa­gan a trou­vé Fran­çois Mit­ter­rand « char­mant », « in­tel­li­gent », « plein d’hu­mour ». Elle l’a sou­te­nu en 1974, puis évi­dem­ment en 1981, as­sise au pre­mier rang de ses mee­tings, pu­bliant dans l’entre-deux-tours ce plai­doyer : « En mai, fai­sons ce qu’il nous plaît. » Ré­gu­liè­re­ment, l’en­fant ter­rible in­vite le pré­sident à prendre le thé. Il adore leurs tête-à-tête, avec les gardes du corps sur le pa­lier, à par­ler de tout, de rien, de lit­té­ra­ture sur­tout. Les ha­bi­tants de Cajarc ont même la sur­prise, un ma­tin, de voir se po­ser un hé­li­co­ptère sur le ter­rain de foot mu­ni­ci­pal : c’est Mit­ter­rand qui vient dé­jeu­ner chez Sa­gan. « Il avait pour elle af­fec­tion, ten­dresse et ami­tié, se sou­vient Jack Lang. Elle lui a ap­por­té en per­ma­nence un sou­tien cou­ra­geux et fi­dèle. »

Quand ça coince, donc, Sa­gan té­lé­phone à Mit­ter­rand, tout sim­ple­ment. En per­di­tion, elle a ten­dance à abu­ser de cette ami­tié pro­fonde, pré­cieuse, un peu pa­ter­na­liste peut-être, qui les lie. Elle est em­bar­ras­sée de sol­li­ci­ter son pou­voir su­prême, mais le pré­sident a un coeur, et ce coeur lui in­time l’ordre de tout faire pour ve­nir en aide à cette femme-en­fant, ce dé­li­cieux mé­lange de lé­gè­re­té et de mé­lan­co­lie. Avec ce qui lui reste de can­deur, Sa­gan s’ima­gine-t-elle qu’il suf­fit d’ap­pe­ler Ton­ton pour que les huis­siers cessent leur ronde fu­neste et se vo­la­ti­lisent en s’ex­cu­sant pour la gêne oc­ca­sion­née, comme on ne dit pas en­core à la RATP ?

La ro­man­cière des « Bleus à l’âme », qui n’en­tend rien à tout ce qui est concret, ma­té­riel, ma­thé­ma­tique, comp­table, bref à tout ce qui est « as­som­mant », ne s’ac­quitte plus de ses im­pôts. Sur ordre se­cret mais pres­sant du pré­sident, c’est Mi­chel Cha­rasse, au Bud­get, qui est char­gé d’ar­ran­ger ses af­faires. Il se sent pris en otage entre les ordres de l’Ely­sée et « le mur de la loi » qui lui in­ter­dit d’ac­cor­der le moindre pri­vi­lège. Il la re­çoit à deux re­prises, constate qu’il lui « parle chi­nois ». Pour la pro­té­ger, il fau­drait une mise sous tu­telle du juge. « Comme Mit­ter­rand était très in­quiet pour elle, nous avons fi­ni par trou­ver un ar­ran­ge­ment, et nous l’avons li­bé­rée de sa dette fis­cale. Après, j’ai su qu’elle avait re­com­men­cé, mais je n’étais plus aux af­faires. »

Au dé­but des an­nées 1990, en­fin, un ac­cord est donc trou­vé entre

le Tré­sor pu­blic et sa dé­bi­trice. C’est alors que Sa­gan com­met l’er­reur ul­time. Est-ce par jeu, par né­ces­si­té, par im­pru­dence, par naï­ve­té qu’elle se trouve mê­lée au ten­ta­cu­laire scan­dale po­li­ti­co-fi­nan­cier de l’« af­faire Elf » ? La pro­messe de mil­lions ga­gnés sans ef­fort et sans risque la tente, for­cé­ment. C’est ce que lui pro­pose l’homme d’af­faires An­dré Guel­fi. Oc­to­gé­naire, na­tif du Ma­roc, ex-pi­lote au­to­mo­bile, ex-agent im­mo­bi­lier, ex-pro­prié­taire du Coq spor­tif, Guel­fi est sur­nom­mé Dé­dé la Sar­dine de­puis qu’un de ses ba­teaux-usines de pêche s’est échoué. N’im­porte qui se se­rait mé­fié d’un type af­fu­blé d’un blaze pa­reil. Mais Sa­gan n’est pas n’im­porte qui.

EM­BAR­QUÉE DANS L’AF­FAIRE ELF

L’ob­jec­tif de Guel­fi, c’est de convaincre Mit­ter­rand, contre l’avis du Quai-d’Or­say, de faire en­trer la com­pa­gnie pé­tro­lière Elf en Ouz­bé­kis­tan. Il contacte un autre homme d’af­faires, Marc Fran­ce­let, ex-pho­to-re­por­ter, ami de John­ny Hal­ly­day, de Jean-Paul Bel­mon­do… et de Fran­çoise Sa­gan. La ro­man­cière a confiance en Fran­ce­let, qui l’a dé­jà sor­tie de si­tua­tions com­pli­quées. Ren­dez-vous est pris à trois : il suf­fit à Sa­gan de por­ter une lettre du pré­sident ouz­bek au pré­sident fran­çais. L’or noir cou­le­ra à flots, Sa­gan au­ra sa part. Elle s’exé­cute, à deux re­prises, s’ex­cu­sant au­près de son ami Fran­çois de jouer les « Ma­ta-Ha­ri ». Elle ignore que ce der­nier est de nou­veau très in­quiet pour elle, qu’il a ap­pe­lé Fran­ce­let pour lui dire : « J’es­père que Fran­çoise ne risque rien. » L’opé­ra­tion fonc­tionne : un con­trat d’ex­plo­ra­tion entre Elf et l’Ouz­bé­kis­tan est si­gné, Guel­fi est re­çu en 1993 par le pré­sident Ka­ri­mov. Un an plus tard, quand Loïc Le Floch-Prigent quit­te­ra la pré­si­dence d’Elf, les re­cherches de pé­trole se­ront aban­don­nées.

Pour ce rôle d’in­ter­mé­diaire, Sa­gan au­rait per­çu des sommes as­tro­no­miques. Dans son dos­sier d’ins­truc­tion, la juge Eva Jo­ly dé­tient les pho­to­co­pies de deux chèques d’un mon­tant to­tal de 3,5 mil­lions de francs à l’ordre de Fran­çoise Sa­gan éma­nant de deux so­cié­tés de Guel­fi et da­tés de 1992 et 1993. Pro­cé­dant à un contrôle fis­cal en 1995, l’ad­mi­nis­tra­tion dé­couvre que l’au­teur des « Mer­veilleux Nuages » n’a pas dé­cla­ré ses re­ve­nus de 1993 et 1994. Et que la so­cié­té suisse No­ble­pac, ani­mée par Guel­fi, a payé en 1994 à la Com­pa­gnie in­ter­na­tio­nale du Dé­ve­lop­pe­ment (CID) les tra­vaux que celle-ci a réa­li­sés dans le ma­noir nor­mand de Sa­gan à la suite d’un in­cen­die : 4 mil­lions de francs. Sa­gan, de son cô­té, au­rait si­gné le 1er dé­cembre 1993 un pro­to­cole avec la CID où elle s’en­ga­geait à payer elle-même ces 4 mil­lions de francs. Elle dé­ment : « Je se­rais folle d’avoir si­gné un truc pa­reil. » La ro­man­cière tombe des nues. « J’ai bien ef­fec­tué des tra­vaux, mais ils s’éle­vaient à 1 mil­lion de francs. » Son avo­cat fis­ca­liste, Al­lain Guilloux, constate que la si­gna­ture au bas du pro­to­cole n’est pas la sienne : « On a mon­té une en­tour­loupe dans le dos de ma cliente, cette opé­ra­tion vise sans doute à blan­chir 4 mil­lions de francs. En tout cas, Fran­çoise Sa­gan n’en a ja­mais pro­fi­té. Seule une in­for­ma­tion ju­di­ciaire à charge et à dé­charge, ce que n’au­to­rise pas une pro­cé­dure fis­cale, per­met­trait de connaître les des­sous de cette af­faire, et donc la vé­ri­té. »

Quoi qu’il en soit, en sep­tembre 1999, le fisc ré­clame 6 mil­lions de francs, pé­na­li­tés com­prises, à l’au­teur des « Faux-Fuyants ». Une plainte est dé­po­sée pour fraude fis­cale, le par­quet de Pa­ris ouvre une en­quête pré­li­mi­naire. Les huis­siers tournent au­tour d’une Sa­gan très af­fai­blie, qui se re­met mal des dis­pa­ri­tions rap­pro­chées de son frère, de sa mère, de son deuxième ma­ri Ro­bert Wes­thoff, de son grand amour Peg­gy Roche, de Fran­çois Mit­ter­rand. Elle au­rait pré­fé­ré, sou­pire-t-elle, ne ja­mais trou­ver « le char­mant M. Guel­fi sur son che­min ».

Le 30 jan­vier 2002, la 11e chambre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel la juge pour fraude fis­cale. Sa­gan, 66 ans, n’as­siste pas à l’au­dience pour des rai­sons de san­té, at­tes­tées par des ex­per­tises mé­di­cales. Me Pierre Haïk, son avo­cat, plaide « la confu­sion réelle, l’ou­bli cer­tain, l’ab­sence de mé­moire avé­rée »: « Il faut re­pla­cer cette af­faire dans le contexte par­ti­cu­lier lié à la per­son­na­li­té par­ti­cu­lière de Fran­çoise Sa­gan. Ma cliente ne sait pas à ce jour faire la dif­fé­rence entre 100 francs et 100 mil­lions de francs. » Le par­quet re­quiert de la pri­son avec sur­sis et une amende de 50 000 eu­ros.

Sa­gan a tout per­du, jus­qu’au ma­noir du Breuil, que sa ri­chis­sime et ul­time com­pagne de­puis 1992, In­grid Me­chou­lam, par­vien­dra à ra­che­ter aux en­chères. C’est elle qui abrite dé­sor­mais la star dé­chue. La fête est fi­nie. Sa­gan n’a même plus le coeur à écrire. « Le Mi­roir éga­ré », en 1996, et « Der­rière l’épaule » en 1998 clô­turent une oeuvre somp­tueuse mais dé­pas­sée par sa lé­gende et en­se­ve­lie sous les af­faires. Le jour de sa dis­pa­ri­tion, le 24 sep­tembre 2004, son ami jet-set­ter Mas­si­mo Gar­gia se sou­vient : « Fran­çoise n’avait plus un sou dans les der­nières an­nées. Ab­so­lu­ment rien. Des amis com­muns l’hé­ber­geaient. Elle avait même dû vendre ses bi­joux et les plus beaux ca­deaux qu’elle avait re­çus dans sa vie. Les droits d’au­teur sur ses der­niers livres par­taient di­rec­te­ment aux im­pôts. » Quand, après avoir lon­gue­ment hé­si­té, son fils unique De­nis Wes­thoff fi­ni­ra par ac­cep­ter la suc­ces­sion, il hé­ri­te­ra aus­si d’une dette fis­cale co­los­sale qu’il éponge en­core au­jourd’hui, mois après mois, cou­ra­geu­se­ment.

A Pa­ris dans son ap­par­te­ment de l’ave­nue de Suf­fren (1968).

Avec Vol­de­mor Les­tienne en oc­tobre 1958, au tri­bu­nal de Cor­beil avant le pro­cès pour son ac­ci­dent de voi­ture.

En com­pa­gnie de Jacques Cha­zot et de Ju­liette Gré­co (juillet 1966).

Fran­çoise Sa­gan et le pré­sident Mit­ter­rand lors d’un dî­ner à Pa­ris en 1992.

L’écri­vain chez elle à Eque­mau­ville en Nor­man­die (1974).

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