L’amie pro­di­gieuse

UNE AMIE TRÈS CHÈRE, PAR AN­TON DISCLAFANI, TRA­DUIT DE L’AMÉ­RI­CAIN PAR PIERRE MÉ­NARD, DENOËL, 448 P., 21,50 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - VÉ­RO­NIQUE CASSARIN-GRAND

Hous­ton, 1957. Chez les « rich and fa­mous », la vie des femmes est pro­gram­mée de la nais­sance au tom­beau, son apo­gée étant le ma­riage, de pré­fé­rence en­do­game. C’est dans ce mi­lieu qu’ont gran­di Joan, fille d’un ma­gnat du pé­trole, et Ce­ci­lia, re­cueillie par la fa­mille de Joan lors­qu’elle se re­trouve or­phe­line à 15 ans. Ce­ci­lia, qui est ici la nar­ra­trice, dé­sor­mais ma­riée et mère d’un pe­tit gar­çon, re­trace l’his­toire de cette ami­tié pas­sion­nelle. De­puis l’en­fance, elle a voué un vé­ri­table culte à Joan tout en ja­lou­sant se­crè­te­ment sa beau­té « si­dé­rante » et sa dé­sin­vol­ture. Moins jo­lie, moins sûre d’elle, plus res­pec­tueuse des conve­nances, Ce­ci­lia a tou­jours os­cil­lé entre son ob­ses­sion de faire ren­trer Joan dans le rang et sa fas­ci­na­tion pour le com­por­te­ment trans­gres­sif et les ab­sences mys­té­rieuses de son amie. Jus­qu’au jour où Joan, après lui avoir ré­vé­lé un ter­rible se­cret, dis­pa­raît à ja­mais, am­pu­tant Ce­ci­lia de la meilleure par­tie d’elle-même. An­ton DiSclafani ex­celle dans la des­crip­tion mi­nu­tieuse des codes de ce monde pri­vi­lé­gié où l’hy­po­cri­sie est une qua­li­té in­dis­pen­sable à la sur­vie, mais le sus­pense de son in­trigue au­rait ga­gné en in­ten­si­té si elle avait dé­ve­lop­pé les res­sorts psy­cho­lo­giques de sa nar­ra­trice et fait l’éco­no­mie de cer­taines lon­gueurs.

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