Fait di­vers La « Mar­seillaise », reine de l’ar­naque

An­cienne prof de maths de la ci­té pho­céenne, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni, 59 ans, est soup­çon­née d’être à l’ori­gine d’une vaste es­cro­que­rie à la taxe car­bone

L'Obs - - Sommaire -

L’Edu­ca­tion na­tio­nale mène à tout. Même à em­prun­ter les che­mins de tra­verse du ban­di­tisme. An­cienne pro­fes­seure de maths, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni se re­trouve au­jourd’hui au centre d’une vaste es­cro­que­rie à 385 mil­lions d’eu­ros. Sû­re­ment une fa­çon de res­ter dans les chiffres pour l’an­cienne en­sei­gnante qui, un temps, a tra­vaillé comme in­gé­nieure en té­lé­ma­tique avant de de­ve­nir celle que les en­quê­teurs sur­nomment « la mar­raine du Pa­nier », du nom du quar­tier de Mar­seille sur­plom­bant le Vieux-Port.

Lan­gage fleu­ri. Ca­rac­tère érup­tif. Soup­çons d’ac­coin­tances avec le mi­lieu cor­so-mar­seillais. Vi­vant avec une an­cienne te­nan­cière de bars à hô­tesses, cette sexa­gé­naire blonde aux faux airs de Ch­ris­tine Bra­vo, se­lon plu­sieurs té­moins, se dis­tingue dans l’al­bum Pa­ni­ni des es­crocs à la taxe car­bone, dont la plu­part sont des hommes is­sus du mi­lieu des af­fai­ristes fran­co-is­raé­liens. Dé­jà condam­née par le pas­sé pour des af­faires de stu­pé­fiants et d’es­cro­que­rie à la TVA en bande or­ga­ni­sée, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni est cette fois sus­pec­tée d’avoir mis en place un ré­seau « ten­ta­cu­laire » de so­cié­tés fic­tives opé­rant sur le mar­ché des droits à pol­luer. Avec comptes ban­caires off­shore ré­par­tis dans une quin­zaine de pays. Son « équipe », épar­pillée entre Mar­seille et Is­raël, se se­rait même taillé la part du lion dans ce qu’on a ap­pe­lé « l’es­cro­que­rie du siècle ».

Lan­cée à la suite d’un si­gna­le­ment de Trac­fin da­tant de juin 2009, l’en­quête au long cours a fi­na­le­ment été bou­clée en juin der­nier. Et se­lon nos in­for­ma­tions, le par­quet na­tio­nal fi­nan­cier vient de de­man­der le ren­voi de Ch­ris­tiane Mel­gra­ni, en dé­ten­tion pro­vi­soire de­puis le prin­temps 2016, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris, en com­pa­gnie de 25 autres pré­ve­nus. Par­mi les gé­rants de paille de so­cié­tés fic­tives ou les bé­né­fi­ciaires éco­no­miques de comptes off­shore de cette « Mar­seille Con­nec­tion » du car­bone, on re­trouve nombre de ses proches : des membres de sa fa­mille, des in­times, des re­trai­tés mar­seillais…

Par­ti à Hong­kong ou­vrir un compte, son beau-frère di­ra y être al­lé « pour vi­si­ter le lac ou le fleuve qu’ils ont là-bas ». Un autre gé­rant de paille af­fir­me­ra avoir été en­voyé en Asie par un Ca­me­rou­nais dont il ne connaît que le pré­nom, Chris­tian. Ques­tion­née à son tour sur la vi­site sus­pecte ef­fec­tuée en Is­raël par sa com­pagne et une amie en dé­cembre 2008, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni ré­pon­dra : « Elles ont dû des­cendre à la mer Morte. » Son an­cien avo­cat, Arié Goue­ta, lui aus­si mis en exa­men, est soup­çon­né d’avoir re­pris des so­cié­tés sans ac­ti­vi­té pour les mettre au ser­vice de l’es­cro­que­rie. Une de ses an­ciennes gar­diennes de pri­son a même été pro­pul­sée à la tête d’une so­cié­té ayant par­ti­ci­pé au blan­chi­ment. Con­tac­té par « l’Obs », l’avo­cat de Ch­ris­tiane Mel­gra­ni, Pierre Bru­no, n’a pas sou­hai­té com­men­ter l’af­faire.

Of­fi­ciel­le­ment, « la Mar­seillaise » oc­cupe des fonc­tions d’in­gé­nieure com­mer­ciale dans une so­cié­té de bâ­ti­ment, Ari­bat. « Si elle a de faibles res­sources lé­gales, il ap­pa­raît qu’elle di­rige de fait Ari­bat, qu’elle est la bé­né­fi­ciaire éco­no­mique de plu­sieurs SCI et qu’elle a per­son­nel­le­ment bé­né­fi­cié du pro­duit de l’in­frac­tion, dont on peut rai­son­na­ble­ment pen­ser qu’il est pla­cé à l’étran­ger », peut-on lire dans son or­don­nance de pla­ce­ment sous contrôle ju­di­ciaire de dé­cembre 2015.

La ma­jeure par­tie des sommes dé­tour­nées n’a pas été re­trou­vée. Une par­tie de l’ar­gent au­rait ain­si été in­ves­tie dans l’im­mo­bi­lier à Be­ver­ly Hills. Ou dé­pen­sée pour me­ner grand train. Aux dé­buts des in­ves­ti­ga­tions, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni de­man­de­ra à l’un de ses proches de dé­truire le disque dur d’un or­di­na­teur. Ce­lui-ci conte­nait des pho­tos d’une fête or­ga­ni­sée en 2010 pour l’an­ni­ver­saire de ses ne­veux. La pré­sence sur scène de Charles Az­na­vour, d’Akon et de Mar­tin Sol­veig n’était pas vrai­ment com­pa­tible avec les re­ve­nus d’une in­gé­nieure com­mer­ciale…

Pour « la Mar­seillaise », les ar­naques so­phis­ti­quées dé­butent en 2002. Elle vient alors d’être condam­née dans une af­faire de tra­fic de stu­pé­fiants. Elle dé­cide de se re­con­ver­tir dans les ca­ram­bouilles à la TVA sur la té­lé­pho­nie mo­bile. Moins dan­ge­reuses et tout aus­si lu­cra­tives. Très vite, elle se re­trouve « en af­faires » avec plu­sieurs spé­cia­listes du genre. Elle af­firme éga­le­ment avoir tra­vaillé avec Cy­ril As­truc, consi­dé­ré comme « l’as des as » des ar­naques fi­nan­cières. Lui ne re­con­naît que des contacts té­lé­pho­niques. « C’est vrai qu’on en­ten­dait par­ler de “la Mar­seillaise”, mais je ne l’ai ja­mais ren­con­trée. Quand je suis par­ti à Los An­geles en 2005, je n’avais in­di­qué à per­sonne où je par­tais,

j’avais fait cou­rir une ru­meur se­lon la­quelle j’al­lais au Bré­sil. Quelque temps après, j’ai su que Mme Mel­gra­ni avait dit qu’elle m’avait vu à Sao Pau­lo et qu’elle était la seule à pou­voir me voir là-bas », ex­pli­que­ra dans une au­di­tion Cy­ril As­truc, contre le­quel le par­quet vient de re­qué­rir dix ans de pri­son dans une af­faire si­mi­laire, le dos­sier ap­pe­lé Cré­pus­cule.

C’est dans ce mi­lieu dit des « car­rou­sel­listes » * qu’est née l’es­cro­que­rie du siècle. Dès 2006, « la Mar­seillaise » est as­so­ciée à 50-50 avec Gré­go­ry Zaoui au sein de la so­cié­té Mar­ceau Trade, un cour­tier vé­reux opé­rant sur le mar­ché bour­sier du car­bone. Ce der­nier est consi­dé­ré comme le pion­nier pré­su­mé de l’ar­naque à la taxe car­bone [le par­quet vient de re­qué­rir dix ans de pri­son à son en­droit dans la même af­faire que Cy­ril As­truc, NDLR]. Le concep­teur de l’en­tour­loupe. Ch­ris­tiane Mel­gra­ni au­rait été la pre­mière per­sonne vers la­quelle il se se­rait tour­né pour qu’ils montent en­semble l’ar­naque. Il la qua­li­fie­ra en­suite de « gou­rou ». « Très tôt, elle avait per­çu la fraude po­ten­tielle qui pou­vait être mise en oeuvre sur ce nou­veau mar­ché », confie un avo­cat spé­cia­liste de ces dos­siers. Mar­ceau Trade au­rait en fait ser­vi à tes­ter la mé­ca­nique de la fraude, en at­ten­dant l’es­sor pro­gram­mé de ce nou­veau mar­ché bour­sier.

Dé­but 2007, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni se re­trouve in­car­cé­rée dans une autre af­faire. En pro­cé­dure de di­vorce, ex­pul­sé de son domicile et « étran­glé fi­nan­ciè­re­ment », Gré­go­ry Zaoui se tourne alors vers d’autres par­te­naires. Une fois sor­tie de pri­son, « la Mar­seillaise » met­tra en place son propre ré­seau. Se­lon les en­quê­teurs des douanes, elle se se­rait al­liée avec deux autres Mar­seillais, Gé­rard Che­trit et Eric Cas­tiel. Ac­tuel­le­ment en dé­ten­tion pro­vi­soire, le pre­mier se­rait le prin­ci­pal bé­né­fi­ciaire de l’es­cro­que­rie mar­seillaise [son avo­cat, Erick Cam­pa­na, n’a pas sou­hai­té faire de com­men­taires, NDLR]. En fuite en Is­raël, le se­cond se­rait sur­nom­mé « Ex­trême Onc­tion ». Un so­bri­quet hé­ri­té de sa pro­pen­sion à ré­pé­ter sans cesse cette blague : « Quand je ne suis pas in­vi­té au ma­riage, je ne viens pas à l’en­ter­re­ment. » « C’est sa phrase pré­fé­rée, il la sort trente fois par jour. Lui, il n’est qu’aux en­ter­re­ments d’ailleurs », confie­ra Gé­rard Che­trit à la juge d’ins­truc­tion Aude Bu­re­si.

Dans le mi­lieu du CO2, c’est peu dire que Ch­ris­tiane Mel­gra­ni ins­pire une cer­taine crainte. « C’est la seule femme à ce ni­veau de res­pon­sa­bi­li­tés. Elle fait peur à tous les hommes », avance un avo­cat. Ch­ris­tiane Mel­gra­ni est celle qu’on ne nomme pas. Au té­lé­phone, ses com­parses l’ap­pellent « la Mar­seillaise », « la gon­zesse », « la vieille ». Pen­dant plu­sieurs an­nées, Gré­go­ry Zaoui évo­que­ra lors de ses au­di­tions le nom d’un cer­tain Ofer Mar­cia­no. « Je l’ai in­ven­té pen­dant ma dé­ten­tion […] parce que j’en ai peur, je ne sais pas si vous con­nais­sez la ré­pu­ta­tion de Mme Mel­gra­ni, mais elle laisse pla­ner au­tour d’elle une am­biance de voyous corses, de mi­lieu mar­seillais », se jus­ti­fie­ra-t-il plus tard. Une al­lu­sion aux connexions qu’on lui prête, et qu’elle conteste, no­tam­ment avec la bande du Pe­tit Bar, cé­lèbre gang cri­mi­nel du sud de la Corse. « Dans tous les li­tiges qu’elle a ré­glés avec Gré­go­ry Zaoui, elle a fait va­loir ses ami­tiés corses ou cor­si­co-mar­seillaises », ex­pli­que­ra, si­byl­lin, Cy­ril As­truc dans une au­di­tion. « Elle sait ha­bi­le­ment jouer de ses ori­gines in­su­laires », nuance tou­te­fois une source ju­di­ciaire.

Ch­ris­tiane Mel­gra­ni a en tout cas le sang chaud. « Tu vas prendre un coup de chaise! », lan­ce­ra-t-elle à son contra­dic­teur lors d’une confron­ta­tion. Un autre avoue­ra craindre qu’elle le fasse en­le­ver. Ce cô­té voyou à l’an­cienne lui a d’ailleurs joué des tours dans le dos­sier « taxe car­bone ». « Elle re­fu­sait de pas­ser par les mes­sa­ge­ries cryp­tées pour com­mu­ni­quer avec ses com­parses, se croyant à l’abri der­rière une puce de té­lé­phone an­glaise », ex­plique une source proche du dos­sier.

Mal lui en a pris. Pla­cées sur écoutes, ses conver­sa­tions ont ap­por­té de pré­cieuses in­for­ma­tions aux en­quê­teurs. Ils dé­couvrent que la sexa­gé­naire pi­lote à dis­tance la ligne de dé­fense de cer­tains mis en exa­men. Avant leur au­di­tion chez le juge, elle leur four­nit les élé­ments de lan­gage. Leur fait même ré­pé­ter leurs textes. Sur ces mêmes écoutes, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni évoque à un mo­ment son in­ten­tion de « re­ca­drer » une avo­cate du dos­sier parce qu’elle « ra­conte n’im­porte quoi à Mar­seille ». Une me­nace? Elle ex­pli­que­ra au juge d’ins­truc­tion en juin der­nier qu’il s’agit en fait « d’ex­pres­sions que l’on a à Mar­seille, comme quand on parle d’en­voyer quel­qu’un “à la cave”, il n’y a per­sonne “à la cave”. Je l’ai vue [l’avo­cate, NDLR], elle est re­par­tie sur ses deux jambes… » En­core une ex­pres­sion cu­rieuse.

Les écoutes té­lé­pho­niques laissent aus­si ap­pa­raître que Ch­ris­tiane Mel­gra­ni semble plu­tôt bien in­for­mée sur les in­ves­ti­ga­tions en cours. Un des mis en exa­men ra­con­te­ra qu’elle au­rait don­né 200000 eu­ros à « un mec à Pa­ris » pour qu’il lui ap­porte « tous les dos­siers,

tous les ma­chins, tous les trucs, tous les der­niers ren­sei­gne­ments, les com­mis­sions ro­ga­toires ». « C’est des ver­bi­gé­ra­tions de co­caï­no­mane», ré­pon­dra-t-elle au ma­gis­trat ins­truc­teur. Le PV d’au­di­tion n’in­dique pas si la juge d’ins­truc­tion a consul­té un dic­tion­naire. Nous, si. Ver­bi­gé­ra­tion : dé­vi­dage au­to­ma­tique de mots ou de phrases en­tières, sans suite et in­co­hé­rents, que l’on re­trouve sur­tout dans les états dé­men­tiels.

Ver­bi­gé­ra­tions ou pas, plu­sieurs épi­sodes ont in­ter­pel­lé les en­quê­teurs. Du­rant l’en­quête, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni au­rait ain­si pro­po­sé à Gé­rard Che­trit de faire dis­pa­raître une pièce du dos­sier com­pro­met­tante pour lui en échange d’un mil­lion d’eu­ros : un CD-Rom pla­cé sous scellés sur le­quel on l’en­ten­dait pas­ser des ordres d’achat et de vente au­près d’Or­beo, un cour­tier de la Bourse car­bone. A l’époque, sa voix n’avait pas en­core été iden­ti­fiée par les en­quê­teurs. La re­mise de fonds don­ne­ra lieu à une scène digne d’un po­lar, comme le ra­con­te­ra « le Monde ». Le 25 fé­vrier 2016, la somme en cou­pures de 500 eu­ros est re­mise dans un res­tau­rant proche de la place de la Na­tion à Pa­ris par un com­mer­çant de Djer­ba, por­tant bar­biche et kip­pa, à des émis­saires de Ch­ris­tiane Mel­gra­ni, « ve­nus de son île na­tale ». Mot de passe de l’opé­ra­tion : « On vient pour Tel Aviv. » L’ar­gent se­ra en­suite re­mis en mains propres à Ch­ris­tiane Mel­gra­ni par ces drôles de convoyeurs dans le res­tau­rant ita­lien de sa com­pagne, si­tué à quelques en­ca­blures de l’hô­tel de ville de Mar­seille. De­vant le juge, « la Mar­seillaise » contes­te­ra le fait que cet ar­gent ait été de­man­dé en échange de la des­truc­tion du CD-Rom… le­quel n’a d’ailleurs pas dis­pa­ru.

Alors qu’elle était sur écoutes, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni au­rait aus­si in­for­mé Gé­rard Che­trit qu’il fai­sait l’ob­jet d’une fiche de lo­ca­li­sa­tion, en­voyée par la po­lice fran­çaise à son ho­mo­logue de Mo­na­co, où l’in­té­res­sé ré­side dans un ap­par­te­ment au loyer de 40 000 eu­ros par mois. « Je lui ai dit : “Tu as une fiche de re­cherche à Mo­na­co, pu­tain, je l’ai la fiche en main, n’y va pas” », pes­te­ra-t-elle au­près d’un de ses in­ter­lo­cu­teurs té­lé­pho­niques peu de temps après l’ar­res­ta­tion de Che­trit dans la prin­ci­pau­té, en fé­vrier 2016. « C’est un con­dé qui nous l’a ame­née, pas à moi évi­dem­ment », di­ra Ch­ris­tiane Mel­gra­ni à pro­pos de la fiche en ques­tion lors d’une autre conver­sa­tion té­lé­pho­nique en­re­gis­trée. De­vant la juge d’ins­truc­tion, elle nie­ra être ren­sei­gnée par un po­li­cier.

Pour sa dé­fense, Ch­ris­tiane Mel­gra­ni re­con­naît avoir tou­ché une di­zaine de mil­lions d’eu­ros is­sus de la fraude. Elle af­firme ce­pen­dant ne pas avoir su qu’elle in­ves­tis­sait dans une es­cro­que­rie. Les en­quê­teurs la soup­çonnent tou­te­fois d’avoir mis en place un sys­tème si­mi­laire sur la Bourse aux quo­tas car­bone en Ita­lie. Une en­tour­loupe qui lui au­rait per­mis de dé­tour­ner une tren­taine de mil­lions d’eu­ros, ce qu’elle conteste. Au mo­ment de son ar­res­ta­tion, des conver­sa­tions té­lé­pho­niques laissent pen­ser qu’elle pré­pa­rait un autre coup fu­mant à 1 mil­liard. « C’est tout bi­don, se dé­fen­delle. Qui peut dire qu’il a 1 mil­liard à sor­tir? »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.