Le quiz de l’été

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“The Last Pa­les­ti­nian : The Rise and Rei­gn of Mah­moud Ab­bas” (Pro­me­theus Books). La pro­messe de sa pré­si­dence a échoué : conduire la Pa­les­tine à l’in­dé­pen­dance. »

Le ju­ge­ment est sé­vère et doit être tem­pé­ré par cette cir­cons­tance at­té­nuante que même Mous­ta­fa Bar­ghou­ti, op­po­sant fa­rouche qui se pré­sen­ta contre lui en 2005, lui re­con­naît : cette « oc­cu­pa­tion qui cor­rompt tout ». In­ca­pable de contraindre les Is­raé­liens à né­go­cier, le pré­sident pa­les­ti­nien est sur­tout cou­pable, aux yeux de ses ad­mi­nis­trés, de n’avoir pas su se ré­con­ci­lier avec le Ha­mas, qui gou­verne la bande de Ga­za. Vain­queur des élec­tions lé­gis­la­tives de 2006, le mou­ve­ment is­la­mique a été ren­ver­sé, un an plus tard, à l’oc­ca­sion d’un coup de force ins­ti­tu­tion­nel ap­prou­vé par les sou­tiens oc­ci­den­taux de l’Au­to­ri­té pa­les­ti­nienne. C’est donc un Abou Ma­zen pri­vé de lé­gi­ti­mi­té dé­mo­cra­tique qui se main­tient de­puis une dé­cen­nie au pou­voir dans la seule Cis­jor­da­nie, re­pous­sant in­dé­fi­ni­ment la te­nue d’élec­tions lé­gis­la­tives, pur­geant son propre par­ti des contes­ta­taires et me­nant la vie dure à ses op­po­sants. Dé­but juillet, l’an­nonce d’une al­liance entre le Ha­mas et Mo­ham­med Dah­lan, l’homme fort du Fa­tah à Ga­za, sou­te­nu par l’Egypte et les Emi­rats arabes unis et sur­tout ri­val dé­cla­ré de Mah­moud Ab­bas, en a of­fert une nou­velle illus­tra­tion : sur ordre de la Mou­qa­ta, 37 dé­pu­tés liés au mou­ve­ment is­la­mique ou à Dah­lan se sont vus im­mé­dia­te­ment pri­vés de sa­laire. Elu sous les cou­leurs du Ha­mas il y a onze ans, Ay­man Da­ragh­meh, qui n’a eu le temps de sié­ger que quelques mois avant la dis­so­lu­tion du Conseil lé­gis­la­tif pa­les­ti­nien (CLP), est de ceux-là. « Ab­bas est un lea­der faible. Il s’ac­croche au pou­voir mais n’a plus prise sur rien : comment peut-il es­pé­rer être en­ten­du par le peuple qui dé­fend nos mos­quées à Jé­ru­sa­lem ? », condamne ce quin­qua­gé­naire jo­vial. Pour être tout à fait hon­nête, il de­vrait ajou­ter que l’ap­pel à la vio­lence lan­cé par son par­ti n’a pas non plus été sui­vi d’ef­fets et que la Cis­jor­da­nie est res­tée calme.

Mais l’une ou l’autre des deux grandes for­ma­tions po­li­tiques pa­les­ti­niennes contrôle-t-elle les ma­ni­fes­tants, qui du­rant près de deux se­maines ont dé­fié les au­to­ri­tés is­raé­liennes à Jé­ru­sa­lem ? « Nous ne sur­fons pas sur la vague, nous sommes la vague », dé­cla­rait Nasser al-Qoud­wa, ne­veu de Yas­ser Ara­fat et suc­ces­seur po­ten­tiel de Mah­moud Ab­bas, le 26 juillet lors d’une con­fé­rence de presse convo­quée pour ré­af­fir­mer l’em­prise de la no­menk­la­tu­ra de Ra­mal­lah sur le mou­ve­ment. Mais on n’est pas obli­gé de croire ce di­plo­mate roué qui a pas­sé vingt ans aux Na­tions unies.

Pour s’en convaincre, il a suf­fi de se rendre dans la Vieille Ville de Jé­ru­sa­lem, au­tour de la porte des Lions qui com­mande l’en­trée sur l’es­pla­nade des Mos­quées. La foule qui se presse dans les ruelles mil­lé­naires est im­mense : hommes, femmes, en­fants cé­lèbrent leur vic­toire. De­vant leur re­fus obs­ti­né de pé­né­trer sur le lieu saint, Be­nya­min Ne­ta­nya­hou a cé­dé, or­don­nant le re­trait, pour cette fois, des por­tiques et des ca­mé­ras de sur­veillance. Ils n’ont en réa­li­té ob­te­nu qu’un re­tour à la si­tua­tion qui pré­va­lait avant l’at­ten­tat du 14 juillet et l’Etat hé­breu est tou­jours maître de la Ville sainte et de la Cis­jor­da­nie. Mais les fi­dèles n’ignorent pas que leur stra­té­gie pa­ci­fique de « déso­béis­sance re­li­gieuse » s’est mon­trée plus ef­fi­cace que le re­cours à la vio­lence. Et quand le muf­ti de Jé­ru­sa­lem, Mo­ham­med Hus­sein, dans une al­lo­cu­tion re­trans­mise sur les smart­phones, a of­fi­ciel­le­ment ar­rê­té le mou­ve­ment, la joie s’est trans­for­mée en fer­veur. Il grillait ain­si de quelques mi­nutes la po­li­tesse à Mah­moud Ab­bas, qui de­puis Ra­mal­lah en­té­ri­nait lui aus­si le re­cul is­raé­lien. Trop tard : dans la foule qui se pré­ci­pi­tait dé­jà vers la sainte es­pla­nade, qui a écou­té le pré­sident de l’Au­to­ri­té pa­les­ti­nienne ?

Le muf­ti de Jé­ru­sa­lem, Mo­ham­med Hus­sein, le 19 juillet, lors d’une ma­ni­fes­ta­tion contre l’ins­tal­la­tion de por­tiques de sé­cu­ri­té à l’en­trée de l’es­pla­nade des Mos­quées.

Mous­ta­fa Bar­ghou­ti, l’un des prin­ci­paux op­po­sants à Mah­moud Ab­bas, avec les Pa­les­ti­niens qui re­fusent d’al­ler prier sur l’es­pla­nade, le 17 juillet.

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