Bonnes nou­velles de Faulk­ner

NOU­VELLES, PAR WILLIAM FAULK­NER, GAL­LI­MARD, LA PLÉIADE, 1824 P., 67 EU­ROS.

L'Obs - - Critiques - BER­NARD GÉNIÈS

Il fal­lait vivre. William Faulk­ner (1897-1962) n’igno­rait pas qu’il était un mau­vais poète. Dé­jà, une mi­sère en moins. Ro­man­cier ? Il a dû at­tendre la pu­bli­ca­tion, en 1931, de « Sanc­tuaire », son sixième ré­cit, pour quit­ter le cercle des écri­vains confi­den­tiels. La vé­ri­table no­to­rié­té lui vien­dra avec le prix No­bel de lit­té­ra­ture qu’il re­çut en 1949. Entre-temps, l’écri­vain a dû faire bouillir la mar­mite. Si les « mines de sel » de Hol­ly­wood lui per­mettent de sor­tir la tête de l’eau (dans les an­nées 1930 et 1940, il co­signe une ving­taine de scé­na­rios, dont ce­lui du « Port de l’an­goisse »), la pu­bli­ca­tion de nou­velles dans des ma­ga­zines et re­vues lui per­met de payer ses factures. Pour la pre­mière fois, les voi­ci ras­sem­blées dans un vo­lume unique : leurs tra­duc­tions ont été re­prises lorsque c’était né­ces­saire et le pré­cieux ap­pa­reil cri­tique qui les ac­com­pagne per­met de contex­tua­li­ser leur créa­tion.

On re­tien­dra ici deux choses : la pre­mière, c’est que Faulk­ner a sa­cré­ment ra­mé ! Un exemple : en 1933, il fi­nit par pla­cer au­près du ma­ga­zine « Sto­ry » le court ré­cit « l’Ar­tiste en sa mai­son » (his­toire tor­due d’un écri­vain confron­té à un de ses amis poète qui veut lui pi­quer sa femme) pour la mo­deste somme de 25 dol­lars. Le diable par la queue, donc. La se­conde chose, c’est le large spectre du ta­lent de Faulk­ner. Alors que ses ro­mans sont d’épaisses fo­rêts où il peut mettre en oeuvre des pro­cé­dés lit­té­raires complexes, ses ré­cits courts sont char­pen­tés par un style plus épu­ré, proche par­fois du conte oral. Cer­taines de ses nou­velles sont de vé­ri­tables clas­siques du genre, comme « Une rose pour Emi­ly » (ver­sion su­diste du flau­ber­tien « Coeur simple »), « El­do­ra­do » (peinture au vi­triol de l’en­fer ca­li­for­nien, entre fric, dé­chéance et al­cool), « Uncle Willy » (les aven­tures tra­gi-co­miques de l’homme qui vou­lait ap­prendre à vo­ler) ou en­core le su­blime « Feuilles rouges » (chro­nique d’une mort an­non­cée). Faulk­ner aime ra­con­ter, mettre en scène, faire par­ler ses per­son­nages – leur fiche gé­né­tique, c’est leur lan­gage. Ses his­toires, qu’elles se dé­roulent dans le sud (réel ou ima­gi­naire) des Etats-Unis ou en Eu­rope, sont de vé­ri­tables pé­pites. Elles brillent tou­jours, igno­rant le temps.

William Faulk­ner en 1955.

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