MUS­TA­PHA, PO­LI­CIER “LE SEXE EST UN COM­MERCE TRÈS JU­TEUX”

L'Obs - - EN COUVERTURE - © Les Arènes

Mus­ta­pha, po­li­cier à Ra­bat, est un homme af­fable, qui exerce son mé­tier de­puis plus de vingt-cinq ans. Au­jourd’hui, il tra­vaille prin­ci­pa­le­ment der­rière un bu­reau, mais il n’en garde pas moins une grande connais­sance du ter­rain.

« La vé­ri­té, me dit-il, c’est qu’on ne peut pas ap­pli­quer les lois. Fran­che­ment, est-ce qu’on va ar­rê­ter tous les couples qui se tiennent par la main pour vé­ri­fier s’ils sont ma­riés? On sait très bien où les jeunes se re­trouvent, mais on fait sem­blant de ne pas voir. Bien sûr, il ar­rive que la po­lice fasse des vé­ri­fi­ca­tions dans des hô­tels, mais c’est sou­vent pour pro­té­ger les filles, par exemple dans les villes tou­ris­tiques où il y a beau­coup de pros­ti­tu­tion. La vé­ri­té, c’est que tout dé­pend plu­tôt de l’ar­gent. Ceux qui ont les moyens, ils font ce qu’ils veulent. C’est mal­heu­reux, mais quand on nous oblige à ra­fler des pros­ti­tuées, c’est sur celles qui se font payer en lé­gumes qu’on tombe, pas les autres. Les pros­ti­tuées qui roulent en voi­ture de luxe, elles gagnent plus en une soi­rée que moi en une vie. […] Et puis, pour être tout à fait hon­nête, ça en ar­range pas mal, cette si­tua­tion. Le sexe, au Ma­roc, c’est un com­merce très, très ju­teux. Ça pro­fite à la po­lice, aux gar­diens, aux macs, à tout le monde. Il y en a qui se vantent tout le temps de prier, qui ont des barbes jusque-là, mais ça ne les em­pêche pas d’al­ler aux putes ou même de ra­mas­ser des jeunes gar­çons sur les ave­nues pas éclai­rées. Tout ça, on connaît! On ra­ckette les pros­ti­tuées, les couples d’amou­reux, les couples adul­té­rins. Il n’y a pas de mo­rale là-de­dans, pas de re­li­gion : c’est la loi du fric. La loi du plus fort. […] Les lois, c’est d’abord pour les pauvres. […]

Le Ma­roc, ce n’est pas la Suède, et on ne peut pas im­por­ter tout et n’im­porte quoi. Les gens ne sont pas prêts à avoir une sexua­li­té libre comme en Eu­rope. Mais mon tra­vail de flic, sur le ter­rain, m’a aus­si mon­tré qu’il y a beau­coup d’hy­po­cri­sie et de vio­lence der­rière tout ça. Ici, à cause de la “h’chou­ma” [la “honte”, NDLR], on ne parle ja­mais de la pé­do­phi­lie, de l’in­ceste, des viols, de la pros­ti­tu­tion des mi­neurs. Dans ma vie, j’ai vu des choses hor­ribles. J’ai ra­mas­sé des bé­bés dans des pou­belles. Il fau­drait qu’on puisse par­ler de tout pour s’at­ta­quer à ces pro­blèmes. »

MÊME LES BOUR­GEOIS, ILS VIENNENT TOUT LE TEMPS NOUS VOIR. LES FILS DE BONNE FA­MILLE NE PEUVENT PAS COU­CHER AVEC LES BOURGEOISES DE LEUR ÂGE, ALORS ILS SE DÉFOULENT SUR NOUS. ILS VEULENT FAIRE COMME DANS LES FILMS PORNOS. IL FAUT BEAU­COUP LES FLATTER, LEUR DIRE QU’ILS SONT DES BÊTES AU LIT, COMME ÇA ILS SONT CONTENTS. DE TOUTE FA­ÇON, POUR LES FEMMES DANS CE PAYS, C’EST TRÈS DUR. SI ON N’A PAS DES PA­RENTS RICHES OU ÉDU­QUÉS, ON NE S’EN SORT PAS. SI J’AVAIS ÉCOU­TÉ MON PÈRE, JE SE­RAIS BONNE DANS UNE MAI­SON, OU BIEN SERVEUSE, À GA­GNER UNE MI­SÈRE. OU PIRE, J’AU­RAIS DÉ­JÀ QUATRE GOSSES AVEC UN MA­RI QUI ME COGNE. BIEN SÛR, JE CRAINS DIEU ET JE SAIS TRÈS BIEN QUE CE QUE JE FAIS EST HARAM. C’EST MOI QUI DONNE DE L’AR­GENT À MES FRÈRES ET SOEURS. MON PE­TIT FRÈRE, IL PORTE LA BARBE ET LE QAMIS, MAIS IL NE M’A JA­MAIS JU­GÉE. IL EST TRÈS GEN­TIL AVEC MOI.

VOUS ÊTES MA­RIÉE, MA­DAME ? AR­TICLE 490, VOUS ÊTES EN ÉTAT D’AR­RES­TA­TION. EUH, NON.

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