JU­LIAN BARNES, PRO­FES­SEUR D’ART

L'Obs - - LITTÉRATURE -

« Ho­tel Be­droom », Lu­cian Freud, 1954.

Le ro­man­cier bri­tan­nique Ju­lian Barnes a été édu­qué de la meilleure fa­çon qui soit : ses pa­rents ne l’ont ja­mais obli­gé à vi­si­ter une ex­po­si­tion ou à lire des livres d’art, mais ils lui ont tou­jours per­mis de le faire quand il le sou­hai­tait. Dans les es­sais qu’il consacre à la pein­ture, l’au­teur du « Per­ro­quet de Flau­bert » nous rap­pelle pour­quoi il a tou­jours consi­dé­ré avec at­ten­tion l’oeuvre de Gus­tave Mo­reau (l’un des peintres pré­fé­rés de Flau­bert) et pour­quoi « le Ra­deau de la mé­duse » de Gé­ri­cault (ta­bleau qu’il évoque dans son « His­toire du monde en 10 cha­pitres et ½ ») lui semble une oeuvre phare du xixe pour des mo­tifs qu’il nous ex­pose ici de ma­nière convain­cante. Qu’il parle d’Odi­lon Re­don, d’Edouard Ma­net, de Pierre Bon­nard, de Paul Cé­zanne, Barnes agit tou­jours en hon­nête homme. Son ap­proche, qui in­tègre les élé­ments his­to­riques, es­thé­tiques et so­cio­lo­giques, se construit d’abord à par­tir d’un point de vue sub­jec­tif. On peut ne pas par­ta­ger ses cri­tiques, celles sur Re­don par exemple, mais Barnes, ta­len­tueux conteur, par­vient tou­jours à at­ti­rer la cu­rio­si­té en po­sant comme règle pre­mière : un ta­bleau, ce­la se re­garde d’abord. Et après, on dis­cute. B. G.

OUVREZ L’OEIL !, par Ju­lian Barnes, tra­duc­tion de J.-P. Aous­tin et J. Pa­vans, Mer­cure de France, 336 p., 19 eu­ros.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.