L’Odys­sée des har­kis

L’ART DE PERDRE, PAR ALICE ZENITER, FLAM­MA­RION, 512 P., 22 EU­ROS.

L'Obs - - LIRE - ELI­SA­BETH PHI­LIPPE

C’est une his­toire « qui n’a ja­mais été chan­tée » qu’en­tre­prend de ra­con­ter Alice Zeniter, 31 ans, dans son cin­quième ro­man : celle des har­kis, ces sol­dats au­toch­tones qui lut­tèrent au cô­té de l’ar­mée fran­çaise contre le FLN pen­dant la guerre d’Al­gé­rie. Consi­dé­rés comme des traîtres et ban­nis de leur pays à l’In­dé­pen­dance, aban­don­nés par la France, ils n’eurent droit qu’à quelques notes de bas de page en guise de mé­dailles. Ces rares lignes que leur oc­troient les ma­nuels, Alice Zeniter, fille d’un Ka­byle et d’une Nor­mande, les trans­forme en une épo­pée sen­sible qui court des an­nées 1930 à nos jours. Pe­tite-fille de har­ki, son hé­roïne, Naï­ma, tra­vaille dans une ga­le­rie pa­ri­sienne. Alors qu’elle s’ap­prête à dé­cou­vrir la terre na­tale de son père, elle cherche à re­com­po­ser l’his­toire trouée de non-dits dont elle a hé­ri­té. De là, Alice Zeniter dé­roule très (trop ?) clas­si­que­ment une sa­ga fa­mi­liale qui dé­bute comme un conte de fées dans les mon­tagnes de Ka­by­lie – Ali, le grand-père de Naï­ma, fait for­tune en trou­vant un pres­soir dans une ri­vière – pour se muer en tra­gé­die : la guerre fra­tri­cide, les camps de tran­sit en France, le ra­cisme et les hu­mi­lia­tions. Le ro­man d’une iden­ti­té fran­çaise tou­jours la­bile et plu­rielle.

En­traî­ne­ment de har­kis au camp de Col­lo, à 300 ki­lo­mètres d’Al­ger.

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