Beau­voir, la deuxième vie

POUR L’AMOUR DE SI­MONE, TEXTES DE SI­MONE DE BEAU­VOIR ET SES AMANTS. LUCERNAIRE, PA­RIS-6E, 01-45-44-57-34, 18H30. JUS­QU’AU 15 OC­TOBRE.

L'Obs - - SORTIR - JACQUES NERSON

Rien n’ex­prime mieux l’in­ten­tion du spec­tacle que l’af­fiche. Elle s’ins­pire d’une pho­to d’Art Shay sur la­quelle, en 1952, Si­mone de Beau­voir vue de dos, nue, épingle son chi­gnon de­vant le mi­roir de son ca­bi­net de toi­lette (la pho­to ori­gi­nale avait fait la une du « Nou­vel Ob­ser­va­teur » en jan­vier 2008). Anne-Ma­rie Phi­lipe pour­suit le même but que le pho­to­graphe : mon­trer, sous les de­hors par­fois re­vêches de l’in­tel­lec­tuelle mi­li­tante, l’amou­reuse pas­sion­née. La règle du jeu est simple, trois ac­trices se par­tagent Si­mone : Anne-Ma­rie Phi­lipe, celle de Jean-Paul Sartre ; Ca­mille Lock­hart, celle de Jac­quesLaurent Bost ; Au­ré­lie No­blesse, celle de Nel­son Al­gren. Il re­vient à Alexandre La­val d’in­car­ner al­ter­na­ti­ve­ment les trois hommes. Qui ne furent pas ses seules amours. Dès le dé­but, Sartre et Beau­voir avaient conclu un pacte. Leur liai­son, éle­vée au rang d’« amour né­ces­saire », n’ex­clu­ra ja­mais les « amours contin­gentes ». Ain­si, avec le cy­nisme étu­dié d’une nou­velle mar­quise de Mer­teuil, Si­mone lui ra­conte-t-elle par le me­nu ses aven­tures les­biennes avec cer­taines de ses élèves. Pour « le pe­tit Bost », un fa­mi­lier de Sartre qui se­ra plus tard l’un des pion­niers du « Nou­vel Ob­ser­va­teur », pas d’in­quié­tude, il fait par­tie de la bande. Plus ris­quée est la pas­sion qui em­brase « le coeur, le corps et l’âme » de Si­mone quand elle ren­contre le ro­man­cier Nel­son Al­gren aux Etats-Unis. Rien de plus tou­chant que de l’en­tendre pro­mettre de « s’abo­lir » dans ses bras au mo­ment même où, écri­vant « le Deuxième Sexe », elle donne le si­gnal de l’éman­ci­pa­tion de la femme. Le spec­tacle sou­ligne la dua­li­té de l’idole des fé­mi­nistes et de l’amante tran­sie qui sa­cri­fie loya­le­ment Al­gren à Sartre mais qui, jus­qu’à la fin de ses jours, garde au doigt l’an­neau de pa­co­tille of­fert par l’Amé­ri­cain. Me­nés et ac­com­pa­gnés avec beau­coup d’hu­mour et de fi­nesse par Anne-Ma­rie Phi­lipe, l’ins­ti­ga­trice du spec­tacle, Ca­mille Lock­hart, Au­ré­lie No­blesse et Alexandre La­val rendent fol­le­ment hu­maine et proche de nous « cette ad­ver­saire im­pla­cable et mé­pri­sante » que Fran­çois Mau­riac ne pou­vait se re­te­nir d’ad­mi­rer, voire d’ai­mer. « Dé­sen­tur­ban­née », celle que, dans « l’Ecume des jours », son ami Bo­ris Vian sur­nomme la du­chesse de Bo­vouard, n’en est que plus ai­mable.

Ca­mille Lock­hart, Anne-Ma­rie Phi­lipe, Alexandre La­val et Au­ré­lie No­blesse.

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