LE POISON EST DANS LE PRÉ

RÉ­VÉ­LA­TIONS SUR UN SCAN­DALE SA­NI­TAIRE

L'Obs - - La Une - Par AR­NAUD GONZAGUE et CA­RO­LINE MI­CHEL

Ce­la fait dix ans que nous crions dans le dé­sert. Peut-être qu’en­fin nous al­lons être en­ten­dus ? » Dif­fi­cile d’ima­gi­ner, à les voir ain­si sou­riants et dé­ter­mi­nés, les épreuves qu’ont tra­ver­sées Sa­bine et Tho­mas Gra­ta­loup pour sau­ver leur fils, Théo. Ce pe­tit gar­çon à l’air si sage et aux grands yeux bleus est né, en 2007, avec un oe­so­phage tron­qué et une tra­chée mal­for­mée. A 4 mois, Théo su­bis­sait une tra­chéo­to­mie. Opé­ra­tion sui­vie par 51 autres. Pen­dant les cinq pre­mières an­nées de sa vie, il a eu un tube plon­gé dans son cou. Au­jourd’hui sau­vé et sco­la­ri­sé nor­ma­le­ment, Théo ne peut pas res­pi­rer par le nez, pas prendre de douche ni se bai­gner et, comme ses cordes vo­cales ne fonc­tionnent pas, il s’ex­prime d’une voix étran­glée pro­duite par son oe­so­phage.

Les pa­rents de Théo sont convain­cus que leur fils a été em­poi­son­né dans le ventre de sa mère quand elle a va­po­ri­sé un gé­né­rique du Roun­dup, le désher­bant phare de Mon­san­to, dans leur ma­nège à che­vaux (ils s’oc­cupent d’une agence de voyages équestres à Vienne, près de Lyon). Aux Etats-Unis, plus de 3 000 agri­cul­teurs at­teints d’une forme par­ti­cu­lière de can­cer, un lym­phome non hodg­ki­nien, ont at­ta­qué la firme amé­ri­caine de­vant plu­sieurs tri­bu­naux. Mais en France, les pa­rents de Théo Gra­ta­loup sont les pre­miers à oser une ac­tion ju­di­ciaire, épau­lés par trois avo­cats du ca­bi­net de William Bour­don. « Naïve » au dé­but, Sa­bine, la mère, avait écrit au siège de Mon­san­to pour les aler­ter des dan­gers du Roun­dup. Lettre res­tée sans ré­ponse. Tout comme les nom­breux cour­riers en­voyés à l’Ely­sée (époque Sar­ko­zy), à Ma­ti­gnon (époque Fillon) et au mi­nis­tère de la San­té (époque Ba­che­lot). « Nous ne sommes pas des éco­los illu­mi­nés, se dé­fend Sa­bine Gra­ta­loup. J’ai tra­vaillé long­temps dans l’in­dus­trie chi­mique et je n’en ai pas honte. Si l’on at­taque les fa­bri­cants de gly­pho­sate au­jourd’hui, c’est pour que notre exemple serve à d’autres! »

L’his­toire bou­le­ver­sante de Théo est l’une de celles que ra­conte la jour­na­liste Ma­rie-Mo­nique Ro­bin dans son en­quête ac­ca­blante sur le Roun­dup dont « l’Obs » pu­blie en ex­clu­si­vi­té des ex­traits. Com­mer­cia­li­sé de­puis 1974, le gly­pho­sate, le com­po­sant ac­tif du Roun­dup et de ses nom­breuses co­pies gé­né­riques, est au­jourd’hui l’her­bi­cide le plus ven­du au monde: 800 000 tonnes pul­vé­ri­sées l’an­née dernière, dont 8 000 tonnes rien que pour la France. Voi­là deux ans, le Centre international de Re­cherche sur le Can­cer (Circ), rat­ta­ché à l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la San­té, l’a clas­sé comme « can­cé­ro­gène pro­bable ». Dans un coup de théâtre, l’Au­to­ri­té eu­ro­péenne de Sé­cu­ri­té des Ali­ments (Efsa) a conclu l’in­verse quelques mois plus tard : pour elle, le gly­pho­sate ne re­pré­sen­tait « pro­ba­ble­ment pas de risque can­cé­ro­gène pour l’homme ». La po­lé­mique entre scien­ti­fiques a alors at­teint une telle vio­lence que la Com­mis­sion eu­ro­péenne a dû re­pous­ser de dix-huit mois sa dé­ci­sion de pro­lon­ger ou pas, pour dix nou­velles an­nées, l’au­to­ri­sa­tion de vendre du gly­pho­sate en Eu­rope. Un avis dé­fi­ni­tif au­rait dû

être ren­du les 5 et 6 octobre. Mais, une nou­velle fois, la Com­mis­sion vient de sur­seoir. Le vote doit im­pé­ra­ti­ve­ment avoir lieu avant dé­cembre.

En France aus­si la po­lé­mique fait rage. Fin août, Ni­co­las Hu­lot a pris une po­si­tion très forte contre le gly­pho­sate. Vo­lon­ta­risme qui a été lar­ge­ment tem­pé­ré par le Pre­mier mi­nistre le 25 sep­tembre : Edouard Phi­lippe a de­man­dé au mi­nistre Hu­lot et à Sté­phane Tra­vert, à l’Agri­cul­ture, de « trou­ver les condi­tions d’une tran­si­tion rai­son­nable vers la sor­tie du gly­pho­sate ». Mais à quelle date? Il ne faut pas s’y trom­per, si le gly­pho­sate est in­ter­dit, c’est tout le mo­dèle de l’agri­cul­ture in­ten­sive qu’il faut re­voir. Un tour­nant, presque un choix de ci­vi­li­sa­tion. Comme le ré­sume un fa­mi­lier des mi­nis­tères, grand connais­seur des ques­tions de san­té pu­blique, « la dan­ge­ro­si­té, réelle ou sup­po­sée, du Roun­dup est presque se­con­daire. Il est d’abord LE sym­bole de l’agri­cul­ture pro­duc­ti­viste de ces cin­quante der­nières an­nées. L’in­ter­dire, c’est chan­ger d’ère ».

Pour Ma­rie-Mo­nique Ro­bin, qui s’est fait connaître en 2008 avec la pu­bli­ca­tion de son re­ten­tis­sant « le Monde se­lon Mon­san­to », il y a ur­gence. En s’ap­puyant sur une abon­dante lit­té­ra­ture scien­ti­fique, elle ré­vèle que le gly­pho­sate n’est pas seule­ment soup­çon­né d’être can­cé­ro­gène, mais qu’il pour­rait être à l’ori­gine de mal­for­ma­tions chez le nouveau-né, de graves ma­la­dies des reins et du foie, de dé­rè­gle­ments du sys­tème hor­mo­nal, peut-être aus­si d’au­tisme et de ma­la­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives comme Par­kin­son et Alzheimer. Ain­si que d’une des­truc­tion ir­ré­ver­sible de nos sols et de notre en­vi­ron­ne­ment. « Tout in­dique que nous avons là un énorme scan­dale sa­ni­taire, d’une ma­gni­tude sans doute bien su­pé­rieure à celle du scan­dale de l’amiante », ré­sume la jour­na­liste dont nous pu­blions ici les prin­ci­pales ré­vé­la­tion :

LE GLY­PHO­SATE EST PAR­TOUT

Dans l’air que nous res­pi­rons, dans l’eau que nous bu­vons, dans notre ali­men­ta­tion: l’her­bi­cide de Mon­san­to se re­trouve par­tout. Ce­ci a été confir­mé mi-sep­tembre par un test réa­li­sé par l’ONG Gé­né­ra­tions Fu­tures – les études com­plètes sont très oné­reuses. Ce test a ré­vé­lé la pré­sence de gly­pho­sate dans seize des trente cé­réales et lé­gu­mi­neuses sé­lec­tion­nées. La même ONG avait ana­ly­sé au prin­temps les urines de trente per­sonnes, âgées de 8 à 60 ans. Il était ap­pa­ru que 100% des échan­tillons conte­naient du gly­pho­sate. « Ce­la veut dire que l’en­semble de la po­pu­la­tion fran­çaise est conta­mi­né, car mal­gré le nombre res­treint de nos co­bayes, nos ré­sul­tats sont conformes à ceux ob­te­nus sur de plus grandes co­hortes en Al­le­magne ou aux États-Unis », ex­pli­quait alors le pré­sident de

“NOUS AVONS LÀ UN SCAN­DALE SA­NI­TAIRE SANS DOUTE SU­PÉ­RIEUR À CE­LUI DE L’AMIANTE.” MA­RIE-MONIQUEROBIN

l’ONG, Fran­çois Veille­rette. Le gly­pho­sate est donc par­tout et il ne conta­mine pas seule­ment les agri­cul­teurs, mais toute la po­pu­la­tion.

Or le gly­pho­sate in­gé­ré s’ac­cu­mule sous forme de ré­si­dus dans nos or­ga­nismes qui ne l’éva­cuent que par­tiel­le­ment par les urines. Le reste de­meure dans le sys­tème gas­tro-in­tes­ti­nal, avant d’être éva­cué plus tard par les selles. Ce que prou­vait, dès les an­nées 1980, une étude com­man­dée cette fois par… Mon­san­to lui­même, comme le ra­conte Ma­rie-Mo­nique Ro­bin :

« Lorsque j’avais ren­con­tré An­tho­ny Sam­sel [un bio­chi­miste amé­ri­cain, NDLR], il avait ex­hi­bé une étude fort in­té­res­sante du vo­lu­mi­neux dos­sier d’ho­mo­lo­ga­tion du gly­pho­sate, qu’il avait réus­si à se pro­cu­rer. Da­tée du 23 mars 1988, elle a été con­duite par deux scien­ti­fiques du nom de W. P. Rid­ley et K. Mir­ly qui ont ad­mi­nis­tré du gly­pho­sate à des rats […]. “Le pre­mier ré­sul­tat, m’a ex­pli­qué An­tho­ny Sam­sel, c’est qu’en­vi­ron 30% du gly­pho­sate ab­sor­bé par voie orale – celle qui nous in­té­resse en tant que consom­ma­teurs – conti­nue de cir­cu­ler dans l’or­ga­nisme des ani­maux pen­dant au moins sept jours, le reste est ex­cré­té dans les urines. De plus, quand la dose est ré­pé­tée, il y a un pro­ces­sus d’ac­cu­mu­la­tion dans tous les tis­sus et or­ganes, en par­ti­cu­lier dans les os et le cer­veau. […] Ce­la veut dire, a conclu An­tho­ny Sam­sel, que si vous man­gez une seule fois quelque chose qui est souillé par du gly­pho­sate, le pro­duit conti­nue­ra à cir­cu­ler dans votre corps pen­dant une semaine et que si vous man­gez tous les jours un ali­ment conte­nant du gly­pho­sate, il s’ac­cu­mu­le­ra dans tout votre or­ga­nisme.” »

DES ÉTUDES TROMPEUSES

Se­lon le lob­by des fa­bri­cants de pes­ti­cides, « il est scien­ti­fi­que­ment prou­vé que le gly­pho­sate est deux fois moins toxique que le sel de table, vingt-cinq fois moins que la ca­féine et cent fois moins que la vi­ta­mine D. » Sur quelles études re­pose cette a rma­tion ? C’est ce qu’a vou­lu com­prendre Tho­mas Bøhn, un cher­cheur nor­vé­gien de l’uni­ver­si­té de Trom­sø, une ville si­tuée au nord du cercle po­laire arc­tique. Il a de­man­dé à l’EPA, l’Agence de Pro­tec­tion de l’En­vi­ron­ne­ment des Etats-Unis, de lui en­voyer l’étude ori­gi­nale de Mon­san­to, da­tée du 31 août 1978. Voi­ci ce qu’il a dé­cou­vert :

« In­ti­tu­lée “Toxi­ci­té ai­guë du gly­pho­sate sur des Daph­nia ma­gna”, elle a été réa­li­sée par deux toxi­co­logues d’un la­bo­ra­toire pri­vé, à la de­mande de la mul­ti­na­tio­nale. […] Cette étude […] vise à éta­blir ce qu’on ap­pelle la « dose lé­tale » […], c’est-à-dire la dose qui tue la moi­tié des co­bayes, des Daph­nia ma­gna, un pe­tit crus­ta­cé d’eau douce. […] Le test avait mon­tré qu’il fal­lait 930 mg de gly­pho­sate par litre d’eau pour tuer, en qua­rante-huit heures, la moi­tié d’une po­pu­la­tion de Daph­nia ma­gna. D’où cette conclu­sion par­faite pour Mon­san­to : “Pra­ti­que­ment non toxique.” Tho­mas Bøhn a ré­pé­té l’ex­pé­rience exac­te­ment dans les mêmes condi­tions, mais les ré­sul­tats furent très di érents… “Nous avons consta­té qu’il faut 10 mg/l pour tuer la même es­pèce ani­male, m’a-t-il ex­pli­qué. Nous avons donc mon­tré que la toxi­ci­té du gly­pho­sate est cent à trois cents fois su­pé­rieure à ce que pré­ten­dait cette étude de 1978.” » Seule ex­pli­ca­tion pour le cher­cheur nor­vé­gien : les ré­sul­tats de la pre­mière ex­pé­rience n’ont pu être que tron­qués ou fal­si­fiés.

DES NOUVEAU NÉS MALFORMÉS

Plu­sieurs études dé­montrent que le gly­pho­sate tra­verse la bar­rière du pla­cen­ta pour a ec­ter les foe­tus. Or, l’her­bi­cide est un té­ra­to­gène, c’est-à-dire qu’il pro­voque des mal­for­ma­tions, ce que prouve no­tam­ment le tra­vail du pro­fes­seur An­drés Car­ras­co, qui di­ri­geait, jus­qu’à son dé­cès en 2014 à l’âge de 67 ans, le la­bo­ra­toire d’em­bryo­lo­gie mo­lé­cu­laire de l’uni­ver­si­té de mé­de­cine de Bue­nos Aires :

« Il a in­cu­bé des em­bryons de Xe­no­pus lae­vis, une gre­nouille qui était très fré­quente en Ar­gen­tine, dans une di­lu­tion conte­nant un her­bi­cide à base de gly­pho­sate à des doses de 50 à 1 540 fois in­fé­rieures à celles uti­li­sées dans les cultures de so­ja trans­gé­nique. Il a consta­té que les tê­tards se dé­ve­lop­paient de ma­nière “hau­te­ment anor­male” en pré­sen­tant des al­té­ra­tions “très mar­quées” du sys­tème neu­ro­lo­gique et cé­pha­lique ain­si que des mal­for­ma­tions de la face, des os

du crâne, des yeux et du sys­tème au­di­tif. Il a ob­te­nu des ré­sul­tats si­mi­laires en in­jec­tant du gly­pho­sate pur dans des em­bryons de ba­tra­ciens, puis de pou­lets, chez qui il a no­té des mi­cro­cé­pha­lies ain­si que des mal­for­ma­tions car­diaques et in­tes­ti­nales, à des doses jus­qu’à 300 000 fois in­fé­rieures à celles uti­li­sées en agri­cul­ture. […] Et de conclure : “[…] On pour­rait ob­ser­ver les mêmes ré­sul­tats cli­niques chez des en­fants nés dans des po­pu­la­tions ex­po­sées aux her­bi­cides à base de gly­pho­sate uti­li­sés dans les champs agri­coles.” »

Ma­rie-Mo­nique Ro­bin cite éga­le­ment l’étude de Paul Win­ches­ter, pro­fes­seur de pé­dia­trie cli­nique à In­dia­na­po­lis (Etats-Unis) :

« Ce­lui-ci a ana­ly­sé les urines de 69 femmes en­ceintes et a dé­tec­té du gly­pho­sate dans 91% des échan­tillons. Son équipe a alors sui­vi les femmes qui ont consul­té le ser­vice obs­té­trique de l’hô­pi­tal sur deux ans (2015-2016). Elle a consta­té une cor­ré­la­tion entre un taux éle­vé de gly­pho­sate dans les urines des fu­tures mères et le risque ac­cru de nais­sances pré­ma­tu­rées ou d’un faible poids des nouveau-nés. »

Au Da­ne­mark, un éle­veur de porcs, Ib Pe­der­sen, s’est re­trou­vé, bien mal­gré lui, avec un vé­ri­table mu­sée des hor­reurs, à par­tir du mo­ment où il a com­men­cé à nour­rir ses bêtes avec du so­ja gly­pho­sa­té :

« En 1997, à l’ins­tar de ses col­lègues, l’éle­veur a in­tro­duit le so­ja Roun­dup Rea­dy [OGM ré­sis­tant au Roun­dup, NDLR] dans l’ali­men­ta­tion de ses ani­maux. Quelque temps plus tard, il dé­couvre qu’une truie a don­né nais­sance à un por­ce­let à deux têtes. […] “Au fil des se­maines, les porcelets malformés sont de­ve­nus plus nom­breux, tan­dis que le taux d’avor­te­ment spon­ta­né chez les truies ne ces­sait d’aug­men­ter. Dans le même temps, mon éle­vage était ré­gu­liè­re­ment as­sailli par des épi­dé­mies de diar­rhée très dif­fi­ciles à com­battre. J’ai com­men­cé à sus­pec­ter le so­ja.” […] Pen­dant deux ans (2011-2013), il a fait me­su­rer les ré­si­dus de gly­pho­sate pré­sents dans le so­ja qu’on lui li­vrait tous les tri­mestres. […] “Au bout de deux ans, j’avais une énorme base sta­tis­tique de 32 000 co­chons nés, ce qu’au­cune étude uni­ver­si­taire n’ob­tien­dra ja­mais, a ex­pli­qué Ib Pe­der­sen, en tour­nant les pages de l’épais do­cu­ment qu’il a trans­mis aux juges. Sur ce to­tal, 124 porcelets pré­sen­taient de graves mal­for­ma­tions vi­sibles à l’oeil nu. […] Ils n’ont pas de groin ou une trompe d’élé­phant, ou une seule oreille ou un seul oeil anor­ma­le­ment gros, cer­tains n’ont pas d’anus ou n’ont pas de pattes ar­rière ou pas de pieds, d’autres ont l’es- to­mac ou­vert sans muscles ni peau pour le pro­té­ger, ou des queues qui ont des formes bi­zarres, par­fois des fe­melles ont des tes­ti­cules ou des mâles un pé­nis à la mau­vaise place...” »

LE REIN AT­TA­QUÉ

Au Sri Lan­ka, le Roun­dup de Mon­san­to est in­ter­dit de­puis 2015 « pour pro­té­ger la san­té du peuple et la com­mu­nau­té pay­sanne ». En cause : les dé­gâts at­tri­bués à l’her­bi­cide no­tam­ment sur le rein, et qui au­rait

“CER­TAINS DE MES PORCELETS PRÉ­SEN­TAIENT DE GRAVES MAL­FOR­MA­TIONS : PAS DE GROIN, UNE SEULE OREILLE OU UN SEUL OEIL, PAS DE PATTES AR­RIÈRE OU PAS DE PIEDS.” IBPEDERSEN,ÉLEVEURDEPORCSDANOIS

cau­sé 20 000 dé­cès. Ma­rie-Mo­nique Ro­bin donne la pa­role à Chan­na Jaya­su­ma­na, un doc­teur en phar­ma­co­lo­gie qui a dé­mon­tré la toxi­ci­té du gly­pho­sate chez les ri­zi­cul­teurs sri-lan­kais :

« Le pre­mier cas a été iden­ti­fié dans l’hô­pi­tal d’Anu­râd­ha­pu­ra en 1994. Et puis, à par­tir des an­nées 2000, ce fut une vé­ri­table épi­dé­mie. Au dé­but, les au­to­ri­tés l’ont bap­ti­sée “chro­nic kid­ney di­sease of unk­nown etio­lo­gy” (ma­la­die chro­nique ré­nale d’étio­lo­gie in­con­nue), parce que nor­ma­le­ment les ma­la­dies ré­nales sont dues au dia­bète ou à l’hy­per­ten­sion, alors que les pa­tients ne pré­sen­taient pas ces fac­teurs. […] Nous avons d’abord me­né une en­quête au­près de plu­sieurs di­zaines de pa­tients. Et nous avons consta­té que la ma­la­die concer­nait des ri­zi­cul­teurs, sur­tout des hommes jeunes ou d’âge moyen, uti­li­sant des pes­ti­cides et en­grais chi­miques et bu­vant l’eau de leur puits. En re­vanche, les ha­bi­tants vi­vant dans la zone en­dé­mique mais consom­mant l’eau du réseau étaient épar­gnés par la ma­la­die. Nous avons ana­ly­sé l’eau des puits et avons no­té qu’elle pré­sen­tait des ni­veaux éle­vés de mé­taux lourds et des ré­si­dus de pes­ti­cides, prin­ci­pa­le­ment de gly­pho­sate. »

Le cher­cheur a com­pris ce qui, dans les her­bi­cides à base de gly­pho­sate, abîme les reins : son pou­voir de ché­la­tion des mé­taux, c’est-à-dire sa ca­pa­ci­té chi­mique à « at­tra­per » et à di­luer cer­tains mé­taux dans l’eau. On ne le sait pas mais avant d’être un désher­bant le gly­pho­sate a été uti­li­sé dans les an­nées 1960 comme un… dé­ter­gent pour dé­tar­trer les chau­dières et les ca­na­li­sa­tions d’eau.

DES PLANTES AF­FAI­BLIES

An­ti­bio­tique : l’ad­jec­tif pré­sente une conno­ta­tion po­si­tive pour l’être hu­main. Mais le ca­rac­tère an­ti- bio­tique du gly­pho­sate, dé­sor­mais connu, se ré­vèle une ca­tas­trophe, comme le sou­ligne le phy­to­pa­tho­lo­giste amé­ri­cain Don Hu­ber. En ef­fet, il ap­pau­vrit les sols et a pro­vo­qué chez les plantes agri­coles l’ex­plo­sion de plus de 40 ma­la­dies :

« En 2010, Mon­san­to a ob­te­nu un bre­vet pour une fonc­tion très mé­con­nue de la mo­lé­cule : celle d’an­ti­bio­tique hu­main, ca­pable de dé­truire de nom­breuses bac­té­ries, mais aus­si des vi­rus, des pa­ra­sites ou des cham­pi­gnons. L’her­bi­cide est donc aus­si un bio­cide à très large spectre. Tous les or­ga­nismes bé­né­fiques du sol qui aident la plante à ré­sis­ter aux ma­la­dies sont très sen­sibles à l’ac­ti­vi­té an­ti­bio­tique du gly­pho­sate, mais les agents pa­tho­gènes, comme les bac­té­ries E. co­li, les sal­mo­nelles, les lis­te­ria ou les clos­tri­dium, qui servent à faire des armes chi­miques, sont tous ré­sis­tants. Donc, quand nous ap­pli­quons du gly­pho­sate dans nos champs, nous fa­vo­ri­sons les or­ga­nismes pa­tho­gènes et éli­mi­nons ceux qui sont ca­pables de contrô­ler les ma­la­dies. »

Voi­là un an, le chi­miste al­le­mand Bayer a lan­cé le ra­chat de Mon­san­to pour le mon­tant as­tro­no­mique de 66 mil­liards de dol­lars. Le nouveau groupe Bayer-Mon­san­to se­ra le lea­der mon­dial des OGM et des her­bi­cides. L’opé­ra­tion at­tend en­core le feu vert de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, pré­vu ce mois-ci. Per­sonne ne connaît les clauses se­crètes de ce contrat. Que pré­voit ce der­nier en cas de pour­suite ju­di­ciaire? La res­pon­sa­bi­li­té pé­nale d’une en­tre­prise ne se trans­met pas for­cé­ment quand elle est ab­sor­bée par une autre. En clair, les vic­times du Roun­dup pour­raient un jour ne plus avoir per­sonne vers qui se tour­ner pour de­man­der ré­pa­ra­tion.

Théo est né en 2007 avec une mal­for­ma­tion de l’oe­so­phage et de la tra­chée. En­ceinte, sa mère avait uti­li­sé un gé­né­rique du désher­bant Roun­dup.

De­puis 2015, le gou­ver­ne­ment sri-lan­kais a in­ter­dit l’her­bi­cide.

Dé­jà 20 000 agri­cul­teurs sri-lan­kais sont dé­cé­dés d’une ma­la­die ré­nale qui se­rait cau­sée par la pré­sence de gly­pho­sate dans les nappes phréa­tiques.

En 2016, l’Ar­gen­tine a uti­li­sé 240 000 tonnes d’her­bi­cides à base de gly­pho­sate.

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