Al­ler simple Gênes, reine de beau­té

Ados­sée à une col­line et ou­verte sur la mer, la ca­pi­tale de la Li­gu­rie, qui fut au­tre­fois une puis­sante ré­pu­blique ma­ri­time, n’a rien per­du de sa splen­deur

L'Obs - - Sommaire - Par MA­RIA CANABAL

Au som­met de sa gloire, au xvie siècle, Gênes était une vé­ri­table ré­pu­blique ma­ri­time, ré­gnant sur les mers Mé­di­ter­ra­née et Noire. De ce pres­ti­gieux pas­sé, la ville conserve des pa­lais pa­tri­ciens aux log­gias aé­riennes et des églises dis­per­sées comme des confet­tis aux mille nuances d’ivoire. Pas la peine de cher­cher son centre, il n’existe pas. Gênes est une ville d’es­ca­liers, d’arches, de tun­nels, de fu­ni­cu­laires. En pas­sant d’un quar­tier à l’autre, on a l’im­pres­sion de tra­ver­ser des vil­lages, cha­cun avec ses odeurs, ses bruits, son ca­rac­tère. Il est donc conseillé d’ar­pen­ter les car­rug­gi. A Flo­rence, ils se nomment chias­si, à Ve­nise cal­li. Il n’y a pas d’équi­valent fran­çais pour nom­mer ces étroites ruelles pa­vées au mi­lieu des­quelles court une bande en briques. On dé­couvre les car­rug­gi gé­nois de­puis la Por­ta So­pra­na et, même si l’on est ten­té de suivre les flèches jaunes in­di­quant la di­rec­tion des prin­ci­paux mo­nu­ments, mieux vaut se perdre dans ce quar­tier dé­con­cer­tant. La ma­gie opère d’au­tant plus qu’il n’y a au­cune cir­cu­la­tion. On peut le­ver la tête pour ad­mi­rer les niches vo­tives, les por­tails en marbre. Jus­qu’à se dé­lec­ter, plus au nord, des im­po­sants pa­lais de la ville, de style Re­nais­sance et ba­roque. On en ou­blie­rait presque les re­la­tions très étroites des Gé­nois avec l’Est. Le rap­pel pro­vient du Mu­sée d’Art orien­tal dans le pe­tit parc de la Villet­ta di Ne­gro. Connue des ini­tiés, sa col­lec­tion d’ob­jets – armes, laques, por­ce­laines, es­tampes po­ly­chromes, vê­te­ments et bronzes – s’avère fas­ci­nante. Et men­tion spé­ciale aux oeuvres d’Ho­ku­sai! La cé­lèbre vague du Ja­po­nais donne des en­vies de mer.

Puis, di­rec­tion l’Ouest, et les ar­cades orien­ta­listes de Sot­to­ri­pa, aux voûtes re­mar­quables, qui rap­pellent le lien in­dé­fec­tible unis­sant Gênes à la mer. Fa­çon ba­zar orien­tal, les mar­chands de pois­son offrent la pêche du jour sur des comp­toirs en marbre blanc im­ma­cu­lé pen­dant que les frig­gi­to­rie (« fri­tures ») pro­posent poulpes, cre­vettes et sar­dines à dé­gus­ter sur le pouce. Au mi­lieu d’odeurs d’épices et de pes­to, se trouve Lu­car­da, bou­tique qui ha­bille de­puis quatre gé­né­ra­tions les Gé­nois de jeans, de vestes de ma­rin bleu ou­tre­mer et du lé­gen­daire pull pi­doc­chiere en laine ru­gueuse.

Et pour ceux qui se­raient en ap­pé­tit, à peu près toutes les trat­to­rias de Gênes pro­posent des pâtes, des gnoc­chis et du mi­nes­trone au pes­to, de­ve­nu la sauce iden­ti­taire de la ville. La cui­sine de la Li­gu­rie re­gorge néan­moins d’autres cu­rio­si­tés, fai­sant la part belle aux pois­sons (bar, brème et an­chois du golfe). Dans une am­biance ins­pi­rée d’une ga­le­rie, Mua pro­pose des plats à base de fruits de mer et des pâtes. Pour les char­cu­te­ries ser­vies dans un cadre de voûtes en brique, di­rec­tion Tag­giou. Ren­dez-vous à l’An­ti­ca Os­te­ria di Vi­co Pal­la pour dé­gus­ter la meilleure mo­rue de la ville, avec pommes de terre, câpres et pi­gnons. Le pé­riple gus­ta­tif se conclut à l’An­ti­ca Scia­mad­da, pour dé­cou­vrir l’em­blé­ma­tique fa­ri­na­ta, ga­lette à la fa­rine de pois chiche.

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