La mode pour tous par So­phie Fon­ta­nel

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J’ap­prends que Phoebe Phi­lo pour­rait quit­ter Cé­line. C’est hor­rible. En­fin, vous me com­pre­nez… Je sais bien qu’il faut re­la­ti­vi­ser, c’est juste une de­si­gner qui quitte une mai­son de haute cou­ture. Ok, c’est peut-être pas si hor­rible que ça. Per­sonne ici ne s’est fait mas­ser par Har­vey Wein­stein. Y a pas (pe­tite) mort d’homme. Y au­ra peut-être même pas un ha­sh­tag. J’ad­mets tout ça, mais j’ai quand même en­vie d’écrire que c’est hor­rible. Vous me lais­sez une chance d’ex­pli­quer pour­quoi ? Voyez-vous, il existe peu de gens comme Phoebe Phi­lo. Des gens qui savent. De­puis ses dé­buts chez Cé­line en 2008, son trait est sûr, avec un sens im­pa­rable de ce qu’est une femme libre. Elle re­ven­dique avoir uti­li­sé la marque Cé­line pour don­ner aux femmes une puis­sance. Et elle a fait se­lon ses pro­jets. Elle in­vente de­puis des ha­bits flat­teurs et n’al­lez pas me dire que c’est ce que font tous les autres ! Je me sou­viens d’une de ses rares in­ter­views fil­mées (une heure en­tière, pour les édi­tions Con­dé Nast). Phoebe Phi­lo di­sait avoir choi­si Cé­line car la marque n’était pas an­ky­lo­sée par son ADN. Outch ! Le cu­lot qu’il faut pour dire ça, pour re­je­ter dans les limbes des choses em­mer­dantes le fa­meux « ADN », au­jourd’hui la­pa­lis­sade vé­né­rée de tous. Phoebe Phi­lo par­lait sur un ton mo­no­corde, tel­le­ment so­po­ri­fique. Sei­gneur qu’elle était chiante ! Mais ça n’avait au­cune im­por­tance, car les vê­te­ments de Phoebe parlent pour elle. Phoebe Phi­lo est en quelque sorte l’in­verse du mar­ke­ting. L’en­ve­loppe est aus­tère (et certes maî­tri­sée de fa­çon ma­niaque) mais les vê­te­ments sont du ton­nerre. Tout est pra­tique ET ori­gi­nal. Tout est sobre ET so­phis­ti­qué. Tout est ac­tuel ET atem­po­rel. Seule une gi­gan­tesque prise de tête peut me­ner à une per­fec­tion de cette en­ver­gure. Il se­rait dé­li­cat pour Cé­line de la perdre. Comme il ne peut y avoir de Co­lette sans Co­lette Rous­saux (ce que les fon­da­teurs du concept store ont si bien com­pris), il ne peut y avoir de Cé­line sans Phoebe Phi­lo. Si ce dé­part se confirme, ce se­ra co­ton pour la per­sonne sui­vante. On peut avoir une bonne sur­prise. Quant à Phoebe Phi­lo, votre ser­vi­teuse la rêve un jour chez Cha­nel (mais bon, mon ban­quier n’est pas d’ac­cord).

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