Etats-Unis Trump pas­sion­né­ment, à la fo­lie, pas du tout

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Bon sang, mais ils sont où ? » Où sont les dé­çus de Do­nald Trump? Ils se planquent dans les ro­chers ? S’abritent der­rière les buis­sons? Se cachent dans les toi­lettes des McDo? A Cran­don, un pe­tit bled du Wis­con­sin qui a bou­dé les dé­mo­crates comme un seul homme en no­vembre der­nier, ça trumpe en­core énor­mé­ment. Ce couple de re­trai­tés qui dé­guste une glace à la ter­rasse de Eats N’Treats, a bien des frus­tra­tions, mais elles concernent le Congrès, pas leur hé­ros. Et ce type ren­con­tré un peu plus loin, dans son ga­rage, qui n’avait ja­mais vo­té au­pa­ra­vant, ne re­grette élu Trump, même s’il trouve le pré­sident « un peu mou » sur la Co­rée du Nord…

On sait pour­tant que les élec­teurs qui dé­chantent existent, mais au­cun n’a en­core mis de pan­carte « co­cu de Trump » sur sa pe­louse… Ils jouent à cache-cache avec les mé­dias. Qui sont-ils ? Où sont-ils? Re­grettent-ils leur vote, l’as­sument-ils? Pour es­sayer d’y voir clair, nous avons dé­ci­dé de par­cou­rir la « dia­go­nale du fou », au­tre­ment dit, de tra­ver­ser en biais les trois Etats du Mid­west qui avaient créé la sur­prise le 8 no­vembre et o ert la pré­si­dence à Trump sur un pla­teau: Wis­con­sin, Michigan, Penn­syl­va­nie. Sur­prise ? Stu­pé­fac­tion, plu­tôt: à la veille du scru­tin, la pro­ba­bi­li­té d’une vic­toire de Hilla­ry Clin­ton, se­lon le « New York Times », était de 93% dans le Wis­con­sin, 94% dans le Michigan et 89% en Penn­syl­va­nie.

Dé­cou­ra­gés à la fin d’une jour­née de quête in­fruc­tueuse, on pousse la porte du sa­loon, par­don, du bar Pack Em Inn de Cran­don. Il y a foule ce soir-là, on va ti­rer la tom­bo­la. Le zinc im­mense, les néons, les rires, la té­lé di usant les matchs de foot… Qui a dit que l’Amé­rique pro­fonde cre­vait de so­li­tude? Là-bas, tout au bout du bout du bar, on tombe sur Jack Jen­son. Une belle gueule de pa­tri­cien ro­main, Jack, et pas du genre à se lais­ser in­ti­mi­der par le fils

qui, à cinq verres de là, éructe contre « le nègre » Oba­ma. Cet an­cien mi­li­taire avait vo­té pour Ba­rack Oba­ma en 2008 – « il avait de bonnes va­leurs », se sou­vient-il –, et re­vo­té pour lui en 2012 avec moins d’en­thou­siasme. Quatre ans plus tard, aga­cé de voir Hilla­ry « man­quer de res­pect en­vers les mi­li­taires », il s’est dit « pour­quoi pas Trump? ». « Je pen­sais qu’il se­rait bien pour le pays, confiet-il. Mais vous avez vu toutes les conne­ries qu’il sort en ra­fale? Ce qu’il a dit sur Por­to Ri­co ? La Co­rée ? J’ai un pa­quet de co­pains ba­sés en Co­rée du Sud ou à Guam, je sais de quoi je parle. J’ap­pré­cie que Trump ait les tripes de dire ce qu’il pense, mais je dé­teste le voir ou­vrir la bouche. Il faut qu’il la ferme, voi­là tout. »

Des Jack Jen­son, on en ren­con­tre­ra dans tout le Mid­west. A Ster­ling Heights dans le Michigan, au nord de De­troit, où était née l’ex­pres­sion « Rea­gan de­mo­crats » en 1980, on tombe sur Dean Va­lente, un « Trump de­mo­crat » qui re­grette amè­re­ment son choix: « Je sa­vais qu’il n’agi­rait pas comme les autres pré­si­dents, mais à chaque fois qu’il ouvre la bouche ou fait quelque chose, je grince des dents. Et ce­la em­pire de jour en jour. Chaque ma­tin, je me ré­veille et

je l’en­tends sor­tir une énor­mi­té, il fau­drait vrai­ment que quel­qu’un plante un mi­cro­phone dans son oreille et lui dise, “Hé, il y a un script, il faut le suivre!”. Il faut que quelque chose l’em­pêche d’ou­vrir sa grande gueule de riche et de dire une bê­tise. » Plus à l’est, à Phi­la­del­phie en Penn­syl­va­nie, on croise Alan P. sur le par­king de l’équipe de foot lo­cale des Eagles, pour la fête d’avant­match : « S’il y avait une élec­tion de­main, je vo­te­rais pro­ba­ble­ment contre lui. Il fait des trucs stu­pides, il sort beau­coup d’âne­ries. Il n’a rien ac­com­pli d’im­pres­sion­nant et n’est pas fi­chu de tra­vailler avec le Congrès », se la­mente ce cadre bien mis.

Les fans d’un cô­té, les dé­çus de l’autre. Ce n’est pas si net, évi­dem­ment. Jack Jen­son, notre pi­lier de bar, n’ex­clut « pas en­core » de vo­ter à nou­veau pour Trump ; Dean Va­lente, à Ster­ling Heights, pré­fère l’éti­quette d’in­dé­pen­dant à celle de Trump de­mo­crat; et Alan P., à Phi­la­del­phie, est suf­fi­sam­ment em­bar­ras­sé par sa dé­cep­tion vis-à-vis de Trump pour re­fu­ser de po­ser seul de­vant notre pho­to­graphe. A l’in­verse, ceux qui le sou­tiennent en­core ne sont pas tous des fans in­con­di­tion­nels, loin de là. En les in­ter­ro­geant, on a en tête ce son­dage ré­cent (Ma­rist Poll) se­lon le­quel près de six Amé­ri­cains sur dix es­timent que Trump res­te­ra dans les an­nales comme l’un des pires pré­si­dents (42%) ou un pré­sident plus mé­diocre que la moyenne (16%). Avant même le dé­but de son man­dat, beau­coup ont vo­té pour lui en traî­nant les pieds. Dean Va­lente n’a pas ou­blié: « Le jour du vote, je me suis re­trou­vé de­vant le bu­reau avec l’im­pres­sion d’être dans un im­meuble en flammes: “Est-ce que je saute dans le vide et me tue, ou bien est-ce que je reste à l’in­té­rieur et brûle vif?” » Même di­lemme pour Buck, de Phi­la­del­phie : « Avec Hilla­ry Clin­ton, la per­sonne qui était der­rière la porte al­lait m’as­sas­si­ner; avec Trump, c’était seule­ment une pos­si­bi­li­té. »

Après une an­née de tweets, d’at­taques et de dé­lires en tout genre, beau­coup ai­me­raient le voir ap­puyer sur la touche pause. « Il de­vrait se cal­mer », « il parle quel­que­fois sans ré­flé­chir», re­con­naissent Mitch et Mi­chelle Holmes, un couple de fans du pré­sident ren­con­tré à Su­pe­rior, au nord-ouest du Wis­con­sin. Chuck, un an­cien in­fir­mier des ma­rines croi­sé à Muskegon, Michigan : « Je ne pige pas, Trump est un bu­si­ness­man et un bu­si­ness­man, nor­ma­le­ment, ça ré­flé­chit avant de par­ler. Lui ouvre la bouche sans pen­ser à ce qu’il va dire. » Mais d’autres, au contraire, adorent le style brut de dé­cof­frage et le lan­gage cor­sé. « Les gens me font rire, ils disent: “Je ne peux pas croire qu’il parle comme ce­la”, s’énerve Can­dy Hepple, pro­prié­taire d’un ma­ga­sin de toi­let­tage pour chiens à North Belle Ver­non, en Penn­syl­va­nie. Mais les gens nor­maux em­ploient les mêmes mots et, entre femmes, nous par­lons des mecs de la même ma­nière. Ce­la n’a rien de sexiste. Trump est très franc, voi­là tout. » Même son « son of a bitch »,

“IL FAUT QUE QUELQUE CHOSE L’EM­PÊCHE D’OU­VRIR SA GRANDE GUEULE DE RICHE ET DE DIRE UNE BÊ­TISE.” DEAN VA­LENTE, MICHIGAN

adres­sé à un joueur de foot noir po­sant un ge­nou à terre pen­dant que l’on joue l’hymne na­tio­nal, ne choque pas Can­dy : « Il ne vou­lait pas dire “fils de pute” lit­té­ra­le­ment. Et c’est un ha­sard si le des­ti­na­taire de ses pro­pos était un Noir. » Si elle le dit…

C’est l’un des phé­no­mènes qui fas­cinent le plus, quand on tra­verse ce Mid­west un an après l’élec­tion : l’at­trac­tion ma­gné­tique que Trump conti­nue d’exer­cer, avec une force in­ouïe, sur des mil­lions d’Amé­ri­cains qui avaient tour­né le dos à la po­li­tique. Pa­ra­doxe ex­tra­or­di­naire: le mil­liar­daire po­pu­liste, le plou­to­crate sans com­plexe, le pré­sident des riches, in­carne la re­vanche des pe­tits, des cols bleus, des ou­bliés de la mon­dia­li­sa­tion. « On nous a bot­té le cul pen­dant tant d’an­nées, main­te­nant c’est à notre tour de le faire! », s’ex­clame Do­nald Al­dous, un ou­vrier de Mo­nes­sen, une pe­tite ville mé­tal­lur­gique de Penn­syl­va­nie ra­va­gée par la dés­in­dus­tria­li­sa­tion. Il vient pour­tant d’un mi­lieu de dé­mo­crates et d’ou­vriers syn­di­qués, mais il y a bien long­temps qu’il ne leur fait plus confiance. A quelques ki­lo­mètres de là, Can­dy, la pa­tronne du sa­lon de toi­let­tage, est is­sue d’une fa­mille de mi­li­taires et de ré­pu­bli­cains. Mais elle aus­si se range dans l’Amé­rique ou­bliée, cette « ma­jo­ri­té si­len­cieuse qui a por­té Trump au pou­voir et, j’es­père, le ré­éli­ra ».

Un autre pa­ra­doxe, en­core plus écla­tant : Trump a fait cam­pagne avec un dis­cours ex­tra­or­di­nai­re­ment pes­si­miste, ca­tas­tro­phiste même, en par­ti­cu­lier sur l’éco­no­mie. Et quel est, de très loin, le fac­teur qui em­pêche sa po­pu­la­ri­té de s’ef­fon­drer? La bonne san­té de l’éco­no­mie, hé­ri­tée de Ba­rack Oba­ma! Même dans une ville comme Mo­nes­sen, qui a per­du les deux tiers de ses ha­bi­tants de­puis 1940, Do­nald Al­dous gagne 70000 dol­lars [59500 eu­ros] par an, un beau sa­laire pour la ré­gion; son fils, qui n’est pas al­lé au bout de ses études se­con­daires, 50000 dol­lars [42500 eu­ros]. « Quand on cherche bien, il y a des jobs », dit le père. « L’éco­no­mie va bien, le Dow Jones n’en fi­nit pas de grim­per », se ré­jouit Mitch Holmes, à Su­pe­rior. Lui et sa femme ont ra­che­té un en­tre­pôt aban­don­né pour le trans­for­mer en pé­pi­nière de start-up. Avec un taux de chô­mage de 3,5%, le Wis­con­sin a plu­tôt un pro­blème de pé­nu­rie que de trop-plein de sa­la­riés. Et Lar­ry Bar­ker, qui re­tape les mai­sons à Wau­ke­sha, a de quoi s’oc­cu­per. «Les em­plois re­viennent aux Etats-Unis, en par­tie à cause du pro­gramme Ame­ri­ca First de Trump », af­firme Lar­ry, qui prend pour exemple l’an­nonce par le taï­wa­nais Fox­conn de la construc­tion d’une usine d’écrans plats de té­lé au sud de Mil­wau­kee (Wis­con­sin). Can­dy Hepple, en Penn­syl­va­nie, est tout aus­si op­ti­miste : « Trump ra­mène tous les jobs à la mai­son, il en a dé­jà créé des mil­lions! A North Belle Ver­non, la construc­tion re­dé­marre, les lo­pins de terre vides entre les mai­sons, suite à des dé­mo­li­tions, com­mencent à se rem­plir à nou­veau. » Illu­sions, évi­dem­ment. Quand on lui de­mande un exemple concret de créa­tion d’em­plois, Can­dy pointe vers une pe­tite usine de coke mé­tal­lur­gique Ar­ce­lorMit­tal « qui a rou­vert l’an der­nier à Mo­nes­sen ». Elle date en fait de 2014. Lar­ry, lui, ou­blie de pré­ci­ser que l’usine de Fox­conn ne ver­ra le jour que grâce à un co­los­sal ca­deau de l’Etat du Wis­con­sin (3 mil­liards de dol­lars d’in­ci-

ta­tions). Et pen­dant ce temps, dans les Ap­pa­laches et le reste du pays, les mines de char­bon an­noncent leur fer­me­ture avec une ré­gu­la­ri­té de mé­tro­nome.

Dans le Michigan voi­sin, comme tout au long de ce road trip, nous ne trou­ve­rons qu’un seul «trum­piste» pour cré­di­ter Oba­ma d’avoir sau­vé l’in­dus­trie au­to­mo­bile. « C’est même uni­que­ment pour ce­la que j’ai vo­té pour lui en 2012 – pour le ré­com­pen­ser », sou­ligne Dean Va­lente, à Ster­ling Heights. In­jus­tice po­li­tique? Les ca­tas­trophes évi­tées sont ra­re­ment ré­com­pen­sées, et nos élec­teurs pré­fèrent net­te­ment l’angle « Amé­rique d’abord » de Trump. Ils risquent de de­voir dé­chan­ter si le vi­rage pro­tec­tion­niste se confirme : les deux tiers des ex­por­ta­tions du Michigan vont au Mexique et au Ca­na­da, si­gna­taires de l’ac­cord de libre-échange que Trump veut re­né­go­cier… Mais comment leur en vou­loir ? De tous les Etats amé­ri­cains, le Michigan est ce­lui qui a été le plus cham­bou­lé par l’au­to­ma­ti­sa­tion et la mon­dia­li­sa­tion.

Et par­tout la même com­plainte re­vient: les dé­mo­crates, par­ti des tra­vailleurs, des cols bleus, des fiers mé­tal­los, nous ont aban­don­nés. En six jours, nous ren­con­tre­rons un nombre im­pres­sion­nant de «trum­pistes » ayant vo­té Oba­ma en 2008 et sou­vent 2012, par­mi les­quels un bon nombre en­vi­sagent de vo­ter à nou­veau pour un can­di­dat dé­mo­crate… à condi­tion qu’il « parle aux tra­vailleurs ». « J’au­rais vo­té San­ders s’il avait ga­gné la pri­maire, et je pour­rais vo­ter dé­mo­crate dans trois ans, confie Bri­tan­ny Brunke, une jeune mère de fa­mille de Wau­ke­sha (Wis­con­sin). Mais ce­la dé­pen­dra du can­di­dat, il fau­dra qu’il ou elle dé­fende tout le monde, pas seule­ment quelques-uns. »

L’an­xié­té éco­no­mique ne dit pas tout, bien en­ten­du: dans ce Mid­west bien plus sé­gré­gué qu’on ne l’ima­gine rôde une an­goisse dif­fuse face à l’évo­lu­tion de l’Amé­rique vers une culture plus di­verse, mé­lan­gée. Et les dé­mo­crates n’ont pas en­core dé­ci­dé s’ils al­laient ten­ter de re­con­qué­rir cette Amé­rique an­xieuse ou, au contraire, pri­vi­lé­gier leurs bas­tions des grandes villes et des ré­gions cô­tières. Le Mid­west est à ce point de bas­cu­le­ment pré­cis où il peut soit re­joindre du­ra­ble­ment le Sud dans le camp des Etats conser­va­teurs, soit re­ve­nir à un Par­ti dé­mo­crate ayant trou­vé le moyen de par­ler aus­si à l’« Amé­rique de l’in­té­rieur ». Au­tre­ment dit, l’Amé­rique est à un mo­ment cru­cial de son his­toire, où elle doit dé­ci­der de res­ter une, ou bien de se di­vi­ser en deux mondes ir­ré­con­ci­liables.

Le py­ro­mane Steve Ban­non, ex-stra­tège de Trump à la Mai­son-Blanche, est dans la deuxième lo­gique. Il vient même de pré­dire une ten­ta­tive de sé­ces­sion de la Ca­li­for­nie « dans dix ou quinze ans », faute d’un re­tour conser­va­teur dans l’Etat. A Su­pe­rior, dans le Wis­con­sin, Mitch Holmes hausse les épaules quand on aborde le thème d’une Amé­rique de l’in­té­rieur dé­lais­sée. « C’est nous qui avons ou­blié l’autre Amé­rique », celle des côtes et des grandes villes. Et que cette Amé­rique in­ter­lope et gau­cho ne s’avise pas de trop le cha­touiller : « Les his­toires de sé­ces­sion, on ne craint rien. Dans ma fa­mille, nous pos­sé­dons 30 armes se­mi-au­to­ma­tiques »… A Pon­tiac, dans le Michigan, Doug « Bu­da » Hillock, ven­deur de pièces dé­ta­chées chez un conces­sion­naire Har­ley Da­vid­son, offre une image presque poé­tique : « La Ca­li­for­nie en­tière pour­rait tom­ber dans l’océan, ce­la ne me fe­rait ni chaud ni froid »…

PAR­TOUT LA MÊME COM­PLAINTE RE­VIENT : “LES DÉ­MO­CRATES, LE PAR­TI DES COLS BLEUS, NOUS ONT ABAN­DON­NÉS.”

Des mots, seule­ment des mots. Mais des mots in­quié­tants, dans un contexte de dé­mo­cra­tie fra­gi­li­sée. Car la voi­là, l’autre mau­vaise nou­velle de cet an­ni­ver­saire: la dé­mo­li­tion sys­té­ma­tique des ins­ti­tu­tions dé­mo­cra­tiques par ce pré­sident porte ses fruits. Les mé­dias? A force de les at­ta­quer, al­lant jus­qu’à trou­ver « écoeu­rant que la presse soit ca­pable d’écrire ce qu’elle veut », Trump a ré­duit leur cré­di­bi­li­té à zé­ro. Mitch Holmes, à Su­pe­rior, se fé­li­cite d’avoir dé­cou­vert très tôt le can­di­dat Trump « grâce à un do­cu­men­taire pré-pro­pa­gande », en­ten­dez: di usé avant que les mé­dias ne com­mencent à « ca­lom­nier » le can­di­dat. Can­dy Hepple, à North Belle Ver­non, « adore » les tweets de Trump, « c’est ce qui me per­met d’être in­for­mée sur ce qu’il fait, sans le filtre dé­for­mant des mé­dias ». Et Bu­da, à Pon­tiac, fait confiance à son unique source d’in­for­ma­tion, « Fox News », « parce qu’ils sont équi­li­brés, ils montrent les deux cô­tés po­li­tiques ». Mais oui!

Le Congrès, le Par­ti ré­pu­bli­cain? At­ta­qués par le pré­sident, dé­tes­tés par ses fans. Pa­tron d’une PME de construc­tion à Ho­well, dans le Michigan, Paul McC­lo­rey ne dé­co­lère pas. « Je ne suis pas un sup­por­ter aveugle de Trump, dit-il, plu­tôt un ré­pu­bli­cain conser­va­teur qui sou­haite que le sys­tème po­li­tique fonc­tionne. Trump a fait cam­pagne sur des thèmes comme l’abo­li­tion d’Oba­ma­care et la ré­forme fis­cale, il a été élu donc c’est ce que veulent les gens. Et quand les par­le­men­taires re­fusent de vo­ter ces ré­formes, ils n’écoutent pas la voix de ceux qui les ont élus. Ce­la montre à quel point le sys­tème est cor­rom­pu. » Le pro­cu­reur spé­cial Muel­ler, les ath­lètes noirs pro­tes­tant contre les vio­lences po­li­cières, et même son mi­nistre de la Jus­tice ? Trump ne cesse de se cher­cher des en­ne­mis et son ani­mo­si­té, sa vi­ru­lence, trans­pirent dans l’élec­to­rat. On n’ose même pas comp­ter le nombre de fois, pen­dant ce road trip, où le nom de Hilla­ry Clin­ton a été pro­non­cé ac­com­pa­gné d’un « je la dé­teste » ou « je la hais ».

La vio­lence, la di­vi­sion gagnent du ter­rain. Mais pas tou­jours. Est-ce parce qu’il s’agit du Mid­west ? L’idée d’une Amé­rique en­core plus in­éga­li­taire, grâce à la ré­forme fis­cale en cours de dis­cus­sion, ne passe pas. « Les riches le sont dé­jà trop, la ri­chesse de­vrait être plus équi­ta­ble­ment ré­par­tie », es­time Rande Woo­dland, un jar­di­nier-pay­sa­giste de Muskegon. « Les neuf dixièmes des baisses d’im­pôt de Trump vont aux plus riches, on fait en­core plus de ca­deaux à des gens qui n’en ont pas be­soin, s’in­surge Chuck, l’an­cien mi­li­taire de Muskegon. Et pen­dant ce temps-là, la classe moyenne, ré­tré­cit, ré­tré­cit… A ce rythme, elle au­ra dis­pa­ru dans trente ans et l’Amé­rique se­ra un pays du tiers-monde, comme le Mexique. »

Et puis, il y a une autre rai­son de ne pas déses­pé­rer de cette Amé­rique, de ce Mid­west qui se sont o erts à Trump. Avant, ils ont vo­té pour Ba­rack Oba­ma. L’Amé­rique blanche reste trou­blée par ce vote, dans de nom­breuses conver­sa­tions la même ac­cu­sa­tion re­vient contre l’an­cien pré­sident: « Voir un homme noir élu pré­sident m’avait rem­pli de fier­té, re­con­naît Lar­ry Bar­ker, le bri­co­leur. Mal­heu­reu­se­ment il a je­té de l’huile sur le feu, non seule­ment il n’a pas ré­duit les ten­sions ra­ciales mais il les a at­ti­sées. » A Ster­ling Heights, Al Herr­mann confesse avoir pleu­ré le soir de l’élec­tion, en 2008. Mais il adresse le même re­proche à Oba­ma : «Au lieu de ré­con­ci­lier le pays, Oba­ma l’a di­vi­sé, il y a eu plus d’émeutes ra­ciales et il a don­né l’im­pres­sion qu’il les en­cou­ra­geait. »

In­juste ? Sans doute. Ces élec­teurs blancs es­pé­raient peut-être qu’en choi­sis­sant un pré­sident noir, cette tache ra­ciale mons­trueuse dis­pa­raî­trait comme par un coup de ba­guette ma­gique, les Noirs n’ayant plus que le droit que de se taire. N’em­pêche. Ces ci­toyens ont osé à deux re­prises ce dont per­sonne, ou presque, ne croyait l’Amé­rique ca­pable. Une pre­mière fois en 2008, une se­conde en 2016, hé­las dans une di­rec­tion dra­ma­ti­que­ment op­po­sée à la pre­mière. Le cau­che­mar ne doit pas faire ou­blier qu’avant, il y a eu un rêve et qu’après il y au­ra un ré­veil. L’Amé­rique, ce jour-là, se di­ra peut-être que Do­nald Trump n’était qu’un dé­tour dans son his­toire. Pas un cul-de-sac si­nistre.

MUSKEGON, MICHIGAN Chuck, an­cien mi­li­taire: « J’au­rais vo­té pour n’im­porte quel op­po­sant à Hilla­ry, donc pas de re­gret. »

CRAN­DON, WIS­CON­SIN Jack Jen­son (à droite), ex-mi­li­taire, a vo­té Oba­ma en 2008 et 2012, puis Trump en 2016. Il s’agace: « Vous avez vu toutes les conne­ries qu’il sort en ra­fale? Por­to Ri­co, la Co­rée... »

CRAN­DON, WIS­CON­SIN Kathy et Gor­don Ru­perts, re­trai­tés. Elle pense que Trump de­vrait moins twee­ter. Lui aime son franc-par­ler.

PHI­LA­DEL­PHIE, PENN­SYL­VA­NIE Alan P. (à droite), sup­por­ter des Eagles, est dé­çu par le pré­sident: « Il n’est pas fi­chu de tra­vailler avec le Congrès. »

NORTH BELLE VER­NON, PENN­SYL­VA­NIE Can­dy Hepple, toi­let­teuse pour chiens, aime le style Trump: « Il ne vou­lait pas dire “fils de pute”, c’est un ha­sard si le des­ti­na­taire de ses pro­pos était un Noir. »

Grange re­peinte à la gloire de Trump, en Penn­syl­va­nie.

WAU­KE­SHA, WIS­CON­SIN Brit­ta­ny Brunke, mère de fa­mille: « Je ne re­grette pas mon vote mais je pour­rais vo­ter dé­mo­crate aux pro­chaines élec­tions. »

MO­NES­SEN, PENN­SYL­VA­NIE Do­nald Al­dous, mé­tal­lur­giste: « J’ai ache­té ma mai­son cash. Dans trois ans, je re­vote pour Trump! »

Une usine aban­don­née à De­troit (Michigan).

WAU­KE­SHA, WIS­CON­SIN Lar­ry Bar­ker, homme à tout faire: « Trump, il re­donne de la fier­té aux Amé­ri­cains. »

SU­PE­RIOR, WIS­CON­SIN Mitch et Mi­chelle Holmes, pa­trons de PME. Il adore Trump le bu­si­ness­man. Elle ai­me­rait qu’« il parle moins ».

MUSKEGON, MICHIGAN Rande Woo­dland, pay­sa­giste, cri­tique: « Ce Trump n’est pas vrai­ment pré­si­den­tiel. »

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