Re­qua­li­fi­ca­tion : de fran­chi­sé à sa­la­rié

Le fran­chi­seur trans­met son savoir-faire et four­nit une as­sis­tance conti­nue à son fran­chi­sé. Il est en droit de contrô­ler, tout en pré­ser­vant l’in­dé­pen­dance du fran­chi­sé, si ce­lui-ci res­pecte son concept et l’ap­pli­ca­tion du savoir-faire trans­mis. Mal­gré c

L'Officiel de La Franchise - - LA UNA -

Les tri­bu­naux

exa­minent s’il existe ou non

un lien de su­bor­di­na­tion entre le fran­chi­seur et le fran­chi­sé.

Aus­si se­ront exa­mi­nés tout d’abord les cas de re­qua­li­fi­ca­tion puis les consé­quences pour les par­ties.

1. LES CAS DE RE­QUA­LI­FI­CA­TION

Des fran­chi­sés vont es­sayer de dé­mon­trer qu’il existe entre eux et leur fran­chi­seur un lien de su­bor­di­na­tion et de­man­der la re­qua­li­fi­ca­tion du contrat de fran­chise en contrat de tra­vail sur le fon­de­ment de l’ar­ticle L.8221-6 du Code du tra­vail. La Cour de cas­sa­tion a dé­fi­ni le lien de su­bor­di­na­tion par “l’exé­cu­tion d’un tra­vail sous l’au­to­ri­té d’un em­ployeur qui a le pou­voir de don­ner des ordres et des di­rec­tives, d’en contrô­ler l’exé­cu­tion et de sanc­tion­ner les man­que­ments de son su­bor­don­né”. Les tri­bu­naux exa­minent à par­tir d’un fais­ceau d’in­dices s’il existe ou non un lien de su­bor­di­na­tion entre le fran­chi­seur et le fran­chi­sé : - en ana­ly­sant les dis­po­si­tions contrac­tuelles, - à par­tir des faits. Ils étu­dient no­tam­ment si le fran­chi­seur im­po­sait ou non à son fran­chi­sé les prix, les ho­raires d’ou­ver­ture du ma­ga­sin, l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail du fran­chi­sé, sa li­ber­té dans la quan­ti­té des ap­pro­vi­sion­ne­ments, dans l’em­bauche de son per­son­nel. Par ailleurs, par ap­pli­ca­tion de l’ar­ticle L.7321-1 du Code du tra­vail et in­dé­pen­dam­ment de tout lien de su­bor­di­na­tion, le fran­chi­sé peut être as­si­mi­lé à un gé­rant de suc­cur­sale et bé­né­fi­cier des dis­po­si­tions du droit du tra­vail si les trois condi­tions sui­vantes sont cu­mu­la­ti­ve­ment réunies : - si la pro­fes­sion du fran­chi­sé consiste

es­sen­tiel­le­ment : • soit à vendre des mar­chan­dises de toute na­ture qui lui sont four­nies ex­clu­si­ve­ment ou presque ex­clu­si­ve­ment par le fran­chi­seur, • soit à re­cueillir les com­mandes ou à re­ce­voir des mar­chan­dises à trai­ter, ma­nu­ten­tion­ner ou trans­por­ter, pour le compte d’une seule en­tre­prise ; - lorsque le fran­chi­sé exerce sa pro­fes­sion dans un lo­cal four­ni ou agréé par le fran­chi­seur ; - lorsque le fran­chi­sé exerce sa pro­fes­sion aux condi­tions et prix im­po­sés par le fran­chi­seur.

2. LES CONSÉ­QUENCES DE LA RE­QUA­LI­FI­CA­TION

Dans le cas où un tri­bu­nal re­con­naît au fran­chi­sé le bé­né­fice des dis­po­si­tions du Code du tra­vail, il pour­ra bé­né­fi­cier de : - rap­pel de sa­laires, - rap­pel d’heures sup­plé­men­taires, - in­dem­ni­té com­pen­sa­trice de re­pos com

pen­sa­teur non pris, - in­dem­ni­té com­pen­sa­trice de congés payés, - in­dem­ni­té com­pen­sa­trice de pré­avis, - in­dem­ni­té de li­cen­cie­ment, - in­dem­ni­té pour li­cen­cie­ment sans cause

réelle et sé­rieuse, - in­dem­ni­té pour dé­faut de co­ti­sa­tions à la

Caisse com­plé­men­taire de re­traite. La re­qua­li­fi­ca­tion peut éga­le­ment en­traî­ner la condam­na­tion pé­nale du fran­chi­seur pour le dé­lit de dis­si­mu­la­tion d’em­ploi sa­la­rié. Par ailleurs, le fran­chi­seur de­vra re­mettre l’at­tes­ta­tion d’em­ployeur des­ti­née au Pôle em­ploi, les bul­le­tins de paie et un cer­ti­fi­cat de tra­vail.

PAR DO­MI­NIQUE BA­SCHET, doc­teur d’État en droit, avo­cat à la Cour de Pa­ris et membre du Col­lège des Ex­perts de la Fé­dé­ra­tion Fran­çaise de la Fran­chise.

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