Une ville concurrentielle mais pleine de pro­messes

L'Officiel de La Franchise - - ANALYSE - Pau­line BANDELIER

Ag­glo­mé­ra­tion très com­mer­çante, Lille est le chef-lieu de la ré­gion qui a vu naître la pre­mière fran­chise en France, les laines Pin­gouin du groupe Prou­vost. Dans ce pôle com­mer­cial, tour­né vers l’Eu­rope, la fran­chise trouve pour­tant au­jourd’hui plus dif­fi­ci­le­ment sa place que dans une ville équi­va­lente comme Bor­deaux. En cause : des es­paces chers et des en­seignes his­to­riques qui pré­fèrent sou­vent le dé­ve­lop­pe­ment en propre. Des dif­fi­cul­tés com­pen­sées par un fort dy­na­misme, qui s’ap­puie sur des quar­tiers en plein re­nou­vel­le­ment.

“La part des pro­prié­taires est plus im­por­tante à Lille qu’à Pa­ris ou à Lyon.”

SSi elle ne compte que 231 491 ha­bi­tants, Lille est le coeur de la 6e aire ur­baine fran­çaise, la Mé­tro­pole eu­ro­péenne lil­loise, com­po­sée de 90 com­munes pour plus de 1,1 mil­lion de per­sonnes. Si­tuée dans une ré­gion aux faibles re­ve­nus, les Hauts-deF­rance (59), Lille se dis­tingue par un ni­veau de vie plus éle­vé et une dé­mo­gra­phie bien su­pé­rieure à celle de la deuxième ville de la ré­gion, Rou­baix, avec 95 000 ré­si­dants, comme le sou­ligne Char­lotte Bois­son, di­rec- trice du dé­ve­lop­pe­ment au sein de l’agence Ter­ri­toires et Mar­ke­ting. La po­pu­la­tion y est jeune, 34 ans d’âge mé­dian contre plus de 40 ans dans les autres grandes villes, les fa­milles plus nom­breuses et les mé­nages avec des per­sonnes seules in­fé­rieures à la moyenne na­tio­nale dé­taille Char­lotte Bois­son. “Les vê­te­ments pour en­fants, les so­lu­tions de garde ou en­core le mé­nage à do­mi­cile font par­tie des sec­teurs qui fonc­tionnent bien. Par ailleurs, la part de pro­prié­taires est plus im­por­tante qu’à Pa­ris et Lyon, ce qui fa­vo­rise les fran­chises liées au bâ­ti­ment, à l’en­tre­tien

des toi­tures et de la mai­son ou en­core à la

dé­co­ra­tion”, ajoute-t-elle. Autre sec­teur por­teur, ce­lui de l’hô­tel­le­rie res­tau­ra­tion, moins re­pré­sen­té qu’ailleurs alors que la ville est un axe im­por­tant de pas­sage avec la proxi­mi­té de Pa­ris, Londres et Bruxelles.

Le Vieux-Lille et le centre, une zone at­trac­tive

Le chiffre d’af­faires glo­bal de la ville est de 1,6 mil­liard d’eu­ros, les quar­tiers du centre (Le Vieux-Lille, Lille centre et le quar­tier d’af­faires Eu­ra­lille) en concen­trant la moi­tié, ré­vèle

“Les es­paces nu­mé­ro 1 du centre-ville ont des loyers proches de ceux de Pa­ris.”

Ma­thilde Dor­mion, res­pon­sable com­merce à la CCI Grand Lille. Consé­quence de cette

at­trac­ti­vi­té. “C’est une ville qui in­té­resse beau­coup de monde et les es­paces nu­mé­ro 1 du centre-ville ont des loyers proches de ceux de Pa­ris”, sou­ligne Char­lotte Bois­son. Sur la Grand’ Place, on peut trou­ver un loyer an­nuel de 100 000 eu­ros pour 80 mètres car­rés, aux­quels il faut ajou­ter 110 000 eu­ros de droit d’en­trée. Seules les chaînes avec éta­blis­se­ments in­té­grés, qui sont en me­sure de faire pas­ser ces frais dans leur bud­get mar­ke­ting, peuvent y trou­ver un in­té­rêt”, af­firme Em­ma­nuel Cos­sart, mas­ter fran­chi­sé Sub­way. “Il existe des in­dé­pen­dants dans le Vieux-Lille mais po­si­tion­nés sur des cré­neaux bien spé­ci­fiques comme des boutiques de créa­teurs ou des pro­duits ali­men­taires de luxe”, nuance Ma­thilde Dor­mion. Dans les

rues ad­ja­centes de l’hy­per-centre comme la rue Es­quer­moise, la rue de Bé­thune ou la rue Na­tio­nale, le prix du mètre car­ré à la lo­ca­tion se né­go­cie au­tour de 250 eu­ros

an­nuels se­lon Char­lotte Bois­son. “Il y a du mou­ve­ment rue de Bé­thune, mais aus­si dans le Centre com­mer­cial Les Tan­neurs, qui peut ac­cueillir de pe­tites en­seignes au po­si­tion­ne­ment moyenne gamme”, in­dique Ma­thilde

Dor­mion. “Plu­tôt que de com­men­cer avec un prix très éle­vé, pré­fé­rez un em­pla­ce­ment se­con­daire et com­pen­sez en fai­sant beau­coup de com­mu­ni­ca­tion pour in­for­mer de votre pré­sence, no­tam­ment au tra­vers d’opé­ra­tions de street mar­ke­ting et de mai­ling”, conseille plu­tôt Char­lotte Bois­son. Op­tion al­ter­na­tive : pri­vi­lé­gier les fran­chises de ser­vices à la per­sonne, où la pro­blé­ma­tique de l’em­pla­ce­ment est moins cru­ciale et les

be­soins im­por­tants. Autre pôle d’at­trac­tion, si­tué entre la gare de Lille Eu­rope et celle de Lille Flandres, le centre com­mer­cial de 67 000 mètres car­rés Eu­ra­lille, qui vient d’être ré­no­vé. “La taille du Car­re­four a été ré­duite pour ac­cueillir de nou­veaux ma­ga­sins, dont Pri­mark et He­ma, avec l’ob­jec­tif de mon­ter en gamme”, ré­vèle Ma­thilde Dor­mion.

Wa­zemmes, un sec­teur dy­na­mique

Deuxième zone com­mer­çante de la ville, Wa­zemmes est un an­cien quar­tier ou­vrier. De­puis le dé­but des an­nées 2000, il s’est pro­gres­si­ve­ment gen­tri­fié et une po­pu­la­tion plu­tôt chic et bour­geoise s’y est ins­tal­lée. Elle y cô­toie des étu­diants, l’uni­ver­si­té ca­tho­lique n’étant pas loin. “C’est un quar­tier mixte et très dy­na­mique où vivent beau­coup de jeunes”, in­dique Ma­thilde Dor­mion. Les prix des lo­caux com­mer­ciaux au mètre car­ré de­meurent lé­gè­re­ment moins éle­vés qu’en centre-ville (220 eu­ros du mètre car­ré

an­nuel), d’après Char­lotte Bois­son et le

quar­tier est en plein dé­ve­lop­pe­ment. “Le com­merce de proxi­mi­té (com­merces de bouche, ta­bac, phar­ma­cies, etc.) est fort et re­pré­sente un tiers des en­seignes, la rue Gam­bet­ta comp­tant plus de 200 en­seignes im­plan­tées”, ajoute-t-elle.

En pé­ri­phé­rie, de nom­breux centres com­mer­ciaux

“Au­tour de la ville, plu­sieurs pro­jets de centres com­mer­ciaux se dé­ve­loppent, comme ce­lui de Mille­nium à Lille-Sud, qui ou­vri­ra fin 2018 et comp­te­ra un hy­per­mar­ché Le­clerc et une cen­taine de ma­ga­sins au po­si­tion­ne­ment jeune et bran­ché dont un H&M ou un Foot Lo­cker, sur 60 000 mètres car­rés”, dé­taille Char­lotte Bois­son. En ef­fet, les centres com­mer­ciaux de la pé­ri­phé­rie sont da­van­tage fré­quen­tés par des jeunes, qui pos­sèdent un pou­voir d’achat plus faible et pri­vi­lé­gient les marques de mode plu­tôt que les res­tau­rants d’après Char­lotte Bois­son. Cette der­nière conseille néan­moins d’attendre deux ou trois ans d’exer­cice avant de s’ins­tal­ler au Mille­nium, une fois que le prix des loyers au­ra bais­sé, à moins d’être ac­com­pa­gné d’une en­seigne qui peut vous ai­der à négocier les condi­tions lo­ca­tives. En ef­fet, si la mé­tro­pole compte de nom­breux centres com­mer­ciaux, 4 à Lille même et 16 si­tués dans le Grand Lille, contre 29 pour tout le dé­par­te­ment du Nord, la concur­rence est rude. “Les en­seignes de la ga­laxie Mul­liez dont Au­chan, Dé­cath­lon, Le­roy Mer­lin, Kiabi…sont très im­plan­tées, en re­vanche, pour un en­tre­pre­neur, il est plus dif­fi­cile qu’ailleurs de trou­ver des pe­tits es­paces, les prix sont éle­vés et il n’existe pas d’aide spé­ci­fique pour ac­com­pa­gner les por­teurs de pro­jets”, ex­plique Char­lotte Bois­son. Des contraintes qui ne doivent pas faire ou­blier le dy­na­misme et les op­por­tu­ni­tés, nom­breuses, qu’offre la ci­té nor­diste.

“Les en­seignes de la ga­laxie Mul­liez sont très im­plan­tées.”

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