ICÔNES FRAN­ÇAISES

Elles sont les pa­ran­gons du style et des in­no­va­tions na­tio­nales : qu’elles soient voi­ture, bri­quet, lu­mi­naire ou presse-ci­tron, elles sont re­con­nais­sables entre mille.

L'officiel Hommes - - SOMMAIRE - De­si­gn Au­teure DE­NISE BO­NEN­TI

au­teure De­nise Bo­nen­ti

Qu’est-ce qui rend un ob­jet “ico­nique”? Est-ce son suc­cès com­mer­cial, sa puis­sance évo­ca­trice ou son lan­gage vi­suel ? Ca­rac­té­ri­sés par un mix d’in­no­va­tion et d’ori­gi­na­li­té, ces pro­duits s’in­crustent dans la mé­moire col­lec­tive et se trans­forment en ma­ni­festes de leur époque.

Mais comment naissent ces pièces cultes du de­si­gn, et sur­tout, à quoi les re­con­naître ? Il s’agit es­sen­tiel­le­ment d’ob­jets à usage quo­ti­dien de­ve­nus des sym­boles de nos exi­gences, ré­sis­tant aux modes et au temps. Cette der­nière ca­rac­té­ris­tique s’op­pose à la phi­lo­so­phie du “uti­li­sé donc bon à je­ter” de plus en plus re­cher­chée par les fa­bri­cants de biens de consom­ma­tion.

Au­then­tiques, in­tem­po­rels, ces ob­jets sont ap­pa­rus à des mo­ments de l’his­toire où les fa­bri­cants les pous­saient lit­té­ra­le­ment sur le mar­ché et dans les mai­sons, grâce à une com­mu­ni­ca­tion mar­quant les es­prits. Il existe une re­cette pour des­si­ner, pro­duire et vendre une telle pièce : c’est la ren­contre de la fonc­tion­na­li­té, de la forme et de l’uti­li­té avec une époque, in­té­grant le fu­tur tout en créant un lien af­fec­tif avec le consom­ma­teur qui les trans­forme en com­pa­gnon contem­po­rain. QUAND L’OB­JET AC­QUIERT UNE SI­GNI­FI­CA­TION mé­ta­pho­rique qui dé­passe son as­pect for­mel et le trans­forme en signe, sou­ve­nir ou sym­bole, le voi­là pro­pul­sé au rang d’icône.

DE­PUIS LA fin DU XIXE siècle, la France a conçu des ob­jets ico­niques. Ils se dis­tinguent par le re­cours à la tech­no­lo­gie et à des ma­té­riaux in­no­vants. La créa­ti­vi­té hexagonale a mar­qué les époques avec des pro­duits qui font par­tie de l’his­toire de l’es­thé­tique oc­ci­den­tale. Ain­si, la Ci­troën “DS 19” a été l’une des voi­tures LES PLUS IN­FLUENTES DANS L’ÉVO­LU­TION TECH­NI­CO-sty­lis­tique du sec­teur ; elle a fait rê­ver une gé­né­ra­tion d’au­to­mo­bi­listes dans les an­nées 1950 et 1960. Uti­li­sée au cinéma par Claude Cha­brol dans Les Noces rouges et par Fran­çois Truf­faut dans Vi­ve­ment di­manche, la DS était aus­si la voi­ture “re­quin” de Fan­tô­mas…

Par­mi les ob­jets à usage quo­ti­dien made in France, cer­tains ont eu le mé­rite de ré­vo­lu­tion­ner la vie du consom­ma­teur comme le tube au néon in­ven­té par Georges Claude ou le poi­vrier “Pro­vence” de Peu­geot. D’autres sont de­ve­nus des suc­cès pla­né­taires en­core fa­bri­qués comme le bri­quet Bic ou le my­thique car­net Mo­les­kine.

Pour qu’un ob­jet de­vienne ico­nique, un cer­tain je-ne-sais-quoi est in­dis­pen­sable : c’est le point com­mun entre la chaise longue “LC4” de Le Cor­bu­sier, la chaise “Stan­dard” de Jean Prou­vé et le plus ré­cent et contro­ver­sé pres­se­ci­tron de Starck “Jui­cy Sa­lif”.

Cha­cun de ces ob­jets a mar­qué les es­prits et l’his­toire du de­si­gn du XXE siècle. Com­bler les dé­si­rs des consom­ma­teurs en concré­ti­sant une idée in­no­vante peut aus­si of­frir la pos­té­ri­té. Ain­si, le sty­lo Bic doit sa bonne for­tune à László Biró, jour­na­liste de PRO­FES­SION, QUI ÉPROU­VAIT DES DIF­FI­CUL­TÉS à écrire avec un sty­lo à plume et a ima­gi­né une al­ter­na­tive.

Au­jourd’hui, la quan­ti­té d’in­for­ma­tions et d’images qui font par­tie de notre quo­ti­dien nous rend im­per­méables à la réa­li­té. Et si, comme le di­sait Ita­lo Cal­vi­no dans les an­nées 1980, “notre cer­veau bom­bar­dé d’images est comme un dé­pôt d’or­dures du­quel une nou­velle image a de plus en plus de mal à se dé­ta­cher”, il est à craindre qu’il SE­RA DE PLUS EN PLUS DIF­FI­CILE POUR UN OB­JET DE de­ve­nir ico­nique.

cou­teau de poche opi­nel – Jo­seph opi­nel, 1890

Réa­li­sé en bois de poi­rier et acier au car­bone, il a conser­vé une grande at­trac­ti­vi­té, cent vingt-cinq ans après sa créa­tion. Jo­seph Opi­nel avait 19 ans quand il ima­gi­na ce cou­teau de poche qu’il vou­lait simple, ré­sis­tant et abor­dable. Opi­nel réus­sit à as­so­cier sa connais­sance du tra­vail de l’acier à un de­si­gn par­fait, à trou­ver des so­lu­tions in­tel­li­gentes, comme la fente dans le manche pour y lo­ger et pro­té­ger la lame, et à in­ven­ter des ins­tru­ments comme la ma­chine qui cou­pait la quan­ti­té exacte de bois né­ces­saire à sa pro­duc­tion. À par­tir d’oc­tobre se­ra en vente le nou­veau cou­teau Opi­nel de­si­gné par Matthieu Ga­zaix, vain­queur du concours lan­cé par la marque pour ré­in­ter­pré­ter le manche du fa­meux cou­teau à l’oc­ca­sion de ses 125 ans.

Sty­lo “cris­tal” Bic – LÁSZLÓ Biró et Mar­cel Bic, 1950 (1)

Ap­pe­lé com­mu­né­ment “Bi­ro” en Ita­lie, le “Bic Crys­tal” doit son nom à l’in­ven­teur László Biró, jour­na­liste, qui, las­sé des taches d’encre des sty­los à plume, cher­cha une so­lu­tion. L’idée lui vint en ob­ser­vant la tech­nique uti­li­sée pour im­pri­mer les jour­naux : un cy­lindre rou­lant per­met­tait l’ap­pli­ca­tion conti­nue et uni­forme de l’encre. Il ap­pli­qua ce pro­ces­sus au sty­lo, à l’in­té­rieur du­quel un pe­tit tube d’encre en­serre à son ex­tré­mi­té une mi­nus­cule sphère mé­tal­lique. Biró ven­dit son bre­vet à dif­fé­rentes so­cié­tés et or­ga­nismes d’état mais ce fut Mar­cel Bic qui le com­mer­cia­li­sa en Eu­rope en 1950 sous son nom.

lampe au néon – georges claude, 1910 (2)

En 1910, Georges Claude pré­sen­ta son in­ven­tion à Pa­ris. Deux an­nées plus tard, un bar­bier inau­gu­ra la pre­mière en­seigne au néon de la ca­pi­tale. L’idée tra­ver­sa im­mé­dia­te­ment l’at­lan­tique et de­vint le sym­bole de la so­cié­té de consom­ma­tion amé­ri­caine. Cette bande de lu­mière uni­forme uti­li­sée pour les pu­bli­ci­tés, les lieux pu­blics et les bu­reaux a trou­vé sa place dans le monde de l’art grâce au mi­ni­ma­liste Dan Fla­vin.

chaise longue “l” – le cor­bu­sier, pierre Jean­ne­ret et char­lotte per­riand, 1928 (3)

La chaise longue na­quit de l’in­té­rêt par­ti­cu­lier de Le Cor­bu­sier pour le mo­bi­lier do­mes­tique fonc­tion­nel. Mal­gré de NOM­BREUSES MO­DI­FI­CA­TIONS, SA LIGNE EN FAIT UN ob­jet imi­té et co­pié par beau­coup. Au­jourd’hui la seule marque au­to­ri­sée à pro­duire la “LC4” est Cas­si­na, et sa ver­sion ac­tuelle est celle des­si­née par Per­riand. Fi­gu­rant par­mi les icônes de l’ameu­ble­ment les plus ac­cla­mées du XXE siècle, la “LC4” est ap­pe­lée “Cob Chaise” par les ini­tiés.

chaise “Stan­dard” – Jean prou­vé, 1934 (4)

ELLE EST NÉE DES ÉTUDES QUE JEAN PROU­VÉ fit pour un concours or­ga­ni­sé par l’uni­ver­si­té de Nan­cy. Sa struc­ture est en acier et tôle, son as­sise et son dos en bois et ses pieds en gomme. Pen­sée comme un ob­jet adap­té à la pro­duc­tion en sé­rie, pen­dant la guerre on vit la “Stan­dard” en ver­sion dé­mon­table. Elle a été à nou­veau fa­bri­quée par Vi­tra en 2002, soixante-dix ans après sa créa­tion.

lampe Jiel­dé – Jean-louis do­mecq, 1950 (5)

À LA fin DES AN­NÉES 1940, JEAN-LOUIS DO­MECQ des­si­na une lampe adap­tée à son tra­vail de mé­ca­ni­cien. La ver­sion ori­gi­nale vit le jour en 1950 et elle ré­pon­dait aux exi­gences de son créa­teur : forme simple, ro­buste et ar­ti­cu­lée, par­faite pour une uti­li­sa­tion in­dus­trielle. En 1953, Do­mecq créa une so­cié­té pour la com­mer­cia­li­ser et l’ap­pe­la Jiel­dé, à par­tir de ses ini­tiales. Mort en 1983, il ne vit ja­mais l’énorme suc­cès de sa créa­tion.

Bri­quet Bic – Fla­mi­naire de­si­gn Team, 1972

Dans l’uni­vers re­la­ti­ve­ment peu­plé des bri­quets, une seule ca­rac­té­ris­tique le rend dif­fé­rent des autres pré­sents sur le mar­ché : sa lon­gé­vi­té. Con­trai­re­ment à la concur­rence, il a été pen­sé comme un ob­jet bon mar­ché qui, après en­vi­ron 3 000 uti­li­sa­tions, doit être je­té. Le suc­cès a été pla­né­taire, 4 mil­lions de Bic sont tou­jours ven­dus chaque jour.

presse-ci­tron “Jui­cy Sa­lif” – phi­lippe Starck, 1990 (6)

Ce presse-ci­tron en alu­mi­nium fon­du a été créé par Starck pour la so­cié­té ita­lienne Ales­si et est de­ve­nu sy­no­nyme du de­si­gn des an­nées 1990. Sou­vent au centre de dis­cus­sions ani­mées, il est cri­ti­qué pour sa fonc­tion­na­li­té li­mi­tée mais reste une pièce in­con­tour­nable dans tout livre ou mu­sée de de­si­gn qui se res­pecte.

Le sty­lo Bic doit sa bonne for­tune à László Biró, jour­na­liste de pro­fes­sion, qui éprou­vait des dif­fi­cul­tés à écrire avec un sty­lo à plume et a ima­gi­né une al­ter­na­tive

Bou­teille per­rier – John harm­sworth, 1906 (7)

En 1898 le doc­teur Louis Per­rier ache­ta des ter­rains sur les­quels il y avait une source d’eau ga­zeuse na­tu­relle avec le pro­jet de la vendre en bou­teille. En 1902, Per­rier ren­con­tra Sir John Harm­sworth qui vi­si­tait la ré­gion pour ap­prendre le fran­çais : il fut im­mé­dia­te­ment at­ti­ré par le po­ten­tiel de la source et l’ache­ta. En 1906 vit le jour la pre­mière bou­teille en verre avec cette courbe ca­rac­té­ris­tique qui rap­pe­lait une goutte d’eau. Harm­sworth s’était ins­pi­ré de mas­sues in­diennes uti­li­sées pour faire de la gym ; il avait eu l’in­tui­tion que pour dif­fu­ser son pro­duit, la meilleure ma­nière était de le com­mer­cia­li­ser à tra­vers l’ar­mée bri­tan­nique en Inde et dans les co­lo­nies. La de­mande d’eau mi­né­rale en bou­teille ne fit qu’aug­men­ter et au­jourd’hui la pro­prié­té des Bouillens ac­cueille une uni­té pou­vant pro­duire 750 mil­lions de bou­teilles par an.

Ci­troën “ds 19” – an­dré le­febvre (pro­jet), Fla­mi­nio Ber­to­ni (de­si­gn), pierre Fran­chi­set (réa­li­sa­tion de la Car­ros­se­rie) et wal­ter Bec­chia (Mo­teur), 1955 (8)

Dès sa pre­mière ap­pa­ri­tion au sa­lon de l’au­to­mo­bile de Pa­ris, la Ci­troën “DS 19” eut un énorme suc­cès au point qu’elle re­çut 80 000 ré­ser­va­tions d’un pu­blic en­thou­sias­mé par son es­thé­tique et son in­no­va­tion. En 2003, un concours po­pu­laire aux États-unis pla­ça la “DS 19” à la 3e place des voi­tures les plus ré­vo­lu­tion­naires de tous les temps. Douze ans plus tard, pour son soixan­tième an­ni­ver­saire, sa po­pu­la­ri­té est telle que la voi­ture de­vient une marque à part en­tière, por­tant le nom de DS. Des édi­tions li­mi­tées de DS3, DS3 Ca­brio et DS4 ont été spé­cia­le­ment créées pour l’oc­ca­sion et un nou­veau mo­dèle DS5 a fait son ap­pa­ri­tion.

Tra­duc­tion Ales­san­dra Da­niel

1

Lampe néon “Amour” de SE­LET­TI.

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