COMMENT SE FAIRE UN PRÉ­NOM

Paul-charles Ri­card re­trace son iti­né­raire au sein du groupe Ri­card et ex­plique son der­nier pro­jet en date.

L'officiel Hommes - - ÉDITO -

Il in­carne la trans­mis­sion de l’es­prit fa­mi­lial dans un groupe pas­sé de la très pe­tite en­tre­prise à l’em­pire in­dus­triel. Mais ce membre du board Per­nod Ri­card, le dis­cret Paul-charles Ri­card, ap­porte quelque chose en plus : la dose de créa­ti­vi­té qui man­quait au deuxième fa­bri­cant mon­dial d’alcools et de spi­ri­tueux. Paul Ri­card avait un sens in­né des af­faires. Au mi­lieu des 1970s, après des dé­cen­nies pas­sées à abreu­ver l’hexa­gone de son pe­tit jaune in­dis­so­ciable des par­ties de pé­tanque, l’en­tre­pre­neur se cherche un nou­veau dé­fi. Il s’en­vole vers les États-unis, en quête d’une op­por­tu­ni­té pour conqué­rir le gi­gan­tesque mar­ché lo­cal. En 1980, l’oc­ca­sion se pré­sente en­fin. Contre 100 mil­lions de dol­lars, il peut ra­che­ter au ci­ga­ret­tier Lig­gett & Myers sa fi­liale de spi­ri­tueux Aus­tin Ni­chols. Un deal com­plexe… S’il veut es­pé­rer conclure l’af­faire, le PDG de Per­nod Ri­card doit al­ler très vite. On ne lui donne que quelques jours pour convaincre les ad­mi­nis­tra­teurs du groupe et les ban­quiers. Au culot, et après mille pé­ri­pé­ties, Paul Ri­card ar­rive à ses fins. Trente-sept an­nées plus tard, son pe­tit-fils Paul-charles en­tend bien écrire un nou­veau cha­pitre de la lé­gende fa­mi­liale. De lui, on sait peu de choses. “Je suis

un nou­veau-né dans le bu­si­ness, tranche-t-il. Hor­mis quelques pa­ru­tions ‘so­cia­lite’ plu­tôt consa­crées à ma femme (Alice, di­rec­trice ar­tis­tique et co­fon­da­trice de la marque Lit­tle Ca­ba­ri, ndlr), il n’existe que peu d’ar­ticles sur moi.” Et de pour­suivre sur la ques­tion du poids de l’hé­ri­tage : “Il est nor­mal de n’être qu’un PRÉ­NOM PAR­MI LES GRANDES FI­GURES DE LA SO­CIÉ­TÉ. Et ce pré­nom, en­core faut-il se le faire… Ce­la rend les choses plus com­pli­quées lors­qu’on s’ap­pelle Paul, comme le fon­da­teur d’un groupe de­ve­nu un em­pire ! Mais pas ques­tion de prendre ce­la comme un poids.” En face de

nous, c’est un jeune homme vo­lu­bile, au dé­bit aus­si ra­pide qu’une mi­traillette. Une tête bien faite mais pas coin­cée dans le car­can des conven­tions. “Après mes études de droit (deux mas­ters ob­te­nus à As­sas, ndlr), ra­conte-t-il, j’ai pas­sé un an et de­mi à Mar­seille, en école de com­merce. C’était une vraie vo­lon­té de ma part. Je n’avais pas en­vie d’al­ler à HEC, de me

fondre dans le moule…” Suit une pre­mière ex­pé­rience dans le monde de la fi­nance, à Londres, as­sez dé­ce­vante (voir en­ca­dré) et en­fin l’ar­ri­vée chez Per­nod-ri­card, en qua­li­té d’au­di­teur in­terne. En 2010, il de­vient chef de pro­duit in­ter­na­tio­nal chez Mar­tell Mumm Per­rier-jouët puis chef de groupe en 2015. Vu de l’ex­té­rieur, il le sait, le che­min sem­blait tout tra­cé. “Je n’ai ja­mais été for­cé à re­joindre le groupe. Mais mes deux soeurs et moi avons gran­di avec Per­nod-ri­card. Nous al­lions au Noël de la so­cié­té. Nos va­cances se dé­rou­laient sou­vent dans le do­maine fa­mi­lial. J’ai gran­di dans cette am­biance, en­tou­ré de col­la­bo­ra­teurs.” Une ex­pé­rience rare Peu à peu, l’en­fant de la bulle a im­pri­mé son style. Pas un homme de chiffres mais un pas­sion­né. Son der­nier pro­jet en date, La Dis­til­le­rie Gé­né­rale (LDG), voi­ci sa pe­tite pla­nète à lui : une sé­lec­tion de spi­ri­tueux rares, nec plus ul­tra de ce que la ga­laxie Per­nod Ri­card sait pro­duire. LDG a ce­ci de par­ti­cu­lier que toute sa gamme est, par na­ture, éphé­mère. “Il s’agit de 16 ré­fé­rences, avec 500 bou­teilles de chaque en moyenne !” Elle cible une clien­tèle CSP+, plu­tôt jeune et dé­si­reuse de dé­cou­vrir de nou­velles sa­veurs : “Nous pro­po­sons une

ex­pé­rience rare !” mar­tèle Paul-charles Ri­card. Pour ce faire, ac­com­pa­gné de Thier­ry Da­niel et Éric Fos­sard, deux émi­nences du monde des spi­ri­tueux, il a mul­ti­plié les dé­pla­ce­ments – en Écosse, au Mexique, à Cu­ba, et dans tout le ter­roir fran­çais. À la clef, des cen­taines de ren­contres avec des ar­ti­sans “pour dé­gus­ter avec eux les tré­sors ca­chés de chaque mai­son”. Lors­qu’il évoque la sé­lec­tion, l’en­thou­siasme est dé­bor­dant : “Nous avons là des pro­duits très purs, por­teurs d’une forme de lim­pi­di­té gus­ta­tive qui les rend ac­ces­sibles. Il s’agit uni­que­ment de single cask* (al­cool is­su d’un seul fût de vieillis­se­ment, ndlr) ou de single batch (pro­duc­tion li­mi­tée à un fût unique).” Des pe­tits bi­joux ven­dus dans des bou­teilles de 35 cl, au de­si­gn soi­gné.” Pour l’oc­ca­sion, Ri­card a vou­lu maî­tri­ser le pro­jet de A à Z, et s’est en­tou­ré de deux designers is­sus de la nou­velle garde, Paul-ber­trand Ma­thieu et Louis-ma­rie de Cas­tel­ba­jac. Le ré­sul­tat : une col­la­bo­ra­tion qui mêle in­fluences pop et tra­di­tion sé­cu­laire.

la-dis­til­le­rie-ge­ne­rale.fr

Paul-charles Ri­card, 37 ans, créa­teur du concept La Dis­til­le­rie Gé­né­rale.

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