Un été 2017. Les sé­ries de l’Opi­nion

Pé­pi­nières. Entre 1994 et 2002, la pre­mière chaîne d’in­for­ma­tion en conti­nu au­ra vu pas­ser une sé­rie de ta­lents jour­na­lis­tiques qui trustent de­puis les places les plus pres­ti­gieuses de la té­lé­vi­sion fran­çaise

L'Opinion - - La Une - Cy­ril La­car­rière @cy_­la­car­riere

Jus­qu’au ven­dre­di 18 août, l’Opi­nion offre à ses lec­teurs trois pages de sé­ries d’été ori­gi­nales.

#Pé­pi­nières. LCI, une dé­fri­cheuse des ta­lents de l’au­dio­vi­suel fran­çais.

#His­toires drones.

Le pion­nier fran­çais du drone mul­tiu­sage.

#Poi­gnées de mains dé­ci­sives.

10 no­vembre 2014 : Xi-Abe.

#Tom­bés au com­bat.

Re­tour sur une an­née de dis­pa­ri­tions po­li­tiques avec Kak, le des­si­na­teur de l’Opi­nion.

#Villes fron­tières.

Khor­gos, pas­sage des nou­velles routes de la soie.

« L an­cez-moi une chaîne d’in­for­ma­tion en conti­nu ! » L’in­jonc­tion est si­gnée Mar­tin Bouygues et rap­por­tée par Etienne Mou­geotte, alors nu­mé­ro deux de TF1. A Ch­ris­tian Du­toit, mis­sion­né pour mettre sur pied le com­man­de­ment ve­nu du Mont Si­naï, suc­cède huit mois plus tard Jé

rôme Bel­lay. « Nous l’avons choi­si car il avait lan­cé France In­fo et avait l’ex­pé­rience pour créer une chaîne » , pour­suit l’ex- di­ri­geant. Pour TF1, l’am­bi­tion est claire : de­ve­nir le CNN fran­çais.

LCI voit le jour le 24 juin 1994, unique en son genre. Dé­tail qui au­ra son im­por­tance, la chaîne prend d’abord ses quar­tiers rue Oli­vierde-Serres dans le XVe ar­ron­dis­se­ment, à l’écart de l’état-ma­jor si­tué dans la cé­lèbre Tour TF1. « Etre éloi­gné a per­mis à la chaîne de se dé­ve­lop­per dans l’in­dé­pen­dance, re­con­naît Jean

Claude Das­sier, qui suc­cède en 1996 à Bel­lay par­ti pour Eu­rope1. Nos re­la­tions étaient plu­tôt fraîches avec les équipes de TF1 qui nous pre­naient un peu de haut. »

« Nous vi­vions dans une sorte d’aqua­rium com­po­sé de mo­no­ma­niaques de l’in­fo, où tout le monde avait 10 ans de moins qu’à TF1 », com­mente de son cô­té Gilles Bou­leau, qui y res­te­ra trois ans (1996-1999). Le jour­na­liste de 34 ans qui en­chaîne les re­por­tages est re­cru­té par LCI pour y di­ri­ger la ma­ti­nale, un im­por­tant car­re­four d’au­dience. Le fu­tur pré­sen­ta­teur du 20 heures de TF1 n’est pas le seul à avoir fré­quen­té les bancs de « l’école LCI », par­mi ses col­lègues d’alors, beau­coup sont au­jourd’hui à des postes de pre­mier plan. Et pas seule­ment les têtes d’af­fiche. « Les chefs d’édi­tions et les réa­li­sa­teurs qui étaient là à l’époque sont de­ve­nus des bêtes de guerre » , in­siste Gilles Bou­leau, qui en cô­toie en­core cer­tains de­puis son siège du JT.

Une pé­pi­nière de ta­lents en de­ve­nir qu’Etienne Mou­geotte ex­plique as­sez pro­saï­que­ment : « Nous sa­vions re­pé­rer les meilleurs. » Ils ne sont d’ailleurs pas tous des dé­bu­tants. Ruth El­krief et Da­vid Pu­ja­das font par­tie des per­son­na­li­tés les plus ex­pé­ri­men­tées à in­té­grer la chaîne. La pre­mière a dé­jà été cor­res­pon­dante de TF1 à Wa­shing­ton alors que le se­cond y est un re­por­ter aguer­ri. Le duo est réuni en 1996 sur une idée de Jean-Claude Das­sier, pour pré­sen­ter la tranche stra­té­gique du 18-19 heures. Clin d’oeil de l’his­toire, Da­vid Pu­ja­das de­vrait se­lon toute vrai­sem­blance re­prendre cette même case la sai­son pro­chaine pour suc­cé­der à Yves Cal­vi, éga­le­ment là aux dé­buts de LCI, qu’il quitte en 1996 avec Jé­rôme Bel­lay en di­rec­tion d’Eu­rope1. Un bi­nôme dé­ci­dé­ment in­sé­pa­rable, puisque les deux hommes partent à nou­veau cet été de LCI, cette fois pour Ca­nal+, après avoir par­ti­ci­pé au re­nou­veau de la chaîne in­fo.

En 1999, Jean- Claude Das­sier fait ve­nir une jeune jour­na­liste de 27 ans, dé­bau­chée à Bloom­berg : Anne-So­phie La­pix. « Il faut que ça sente la la­vande », com­mente alors Das­sier quand il ex­plique son cas­ting. Une des­crip­tion qui amuse en­core la jour­na­liste. « L’am­biance y était ex­tra­or­di­naire, il ré­gnait à LCI un es­prit de fête post- étu­diante, s’en­thou­siasme-t- elle au­jourd’hui en se re­mé­mo­rant ses six an­nées pas­sées là- bas. « Das­sier “dri­vait” bien ses équipes, il nous fai­sait to­ta­le­ment confiance mais nous hur­lait des­sus si nous ra­tions quelque chose. »

Il n’est pas rare que ces hur­lantes sur­viennent lors d’une émis­sion spé­ciale dont LCI s’était fait une spé­cia­li­té. Le « prio­ri­té au di­rect » qui fe­ra le suc­cès de BFMTV n’existe pas en­core. Du­rant cinq ans, LCI se­ra la seule chaîne d’in­fo en conti­nu d’un pays qui en compte dé­sor­mais quatre. « On ai­mait ça, s’en amuse en­core Gilles Bou­leau. Nous pré­pa­rions des notes pour te­nir un siège et on at­ten­dait de voir ce qui se pas­sait. » Et de ci­ter pêle-mêle la spé­ciale Dia­na « qui a du­ré une se­maine » ou l’af­faire Le­wins­ky : « Je tra­dui­sais en di­rect les pro­cès­ver­baux de ce qui se pas­sait à Wa­shing­ton. » « Ce­la m’a don­né le goût des spé­ciales et l’idée de me confier le 20 heures est peut- être née à cette époque- là » , es­time Bou­leau.

« Nous n’avions pas été for­més pour ça » , rap­pelle de son cô­té Anne- So­phie La­pix, qui au­ra été une jour­na­liste mul­ti­cartes pour LCI : tranche du ma­tin, du soir, seule à l’an­tenne ou en duo. « Mais ce­la a été ex­trê­me­ment for­ma­teur. » Elle se­ra en sep­tembre à la tête du 20 heures de France 2, où elle suc­cède à Da­vid Pu­ja­das qu’elle a cô­toyé deux sai­sons du­rant sur la chaîne in­fo de TF1. « Il était dé­jà un peu à part, se sou­vient la jour­na­liste. Il fai­sait son jour­nal avec des jour­na­listes choi­sis. Il y avait Da­vid Pu­ja­das et les autres. »

S’y croi­se­ront éga­le­ment Daph­né Rou­lier, dé­sor­mais sur Ca­nal+, Na­tha­lie Re­noux, à la tête des jour­naux du week- end de M6, Ch­ris

tine Kel­ly, ex-membre du CSA, Lau­rence Fer­ra­ri, au­jourd’hui sur CNews, et Laurent De­la

housse. Pour ce der­nier l’aven­ture fut brève. « Au bout de six mois, il m’a dit qu’il vou­lait pré­sen­ter le 20 heures, se rap­pelle Etienne Mou­geotte. J’avais Pa­trick Poivre d’Ar­vor et De­la­housse avait beau être un vrai ta­lent, il n’y avait pas de so­lu­tion. » « Nous n’avions pas de quoi les faire pro­gres­ser, donc tous ont fi­ni par par­tir » , ex­plique l’an­cien vice- pré­sident du groupe TF1.

« De tout ce­la, il reste un es­prit de bande », se fé­li­cite Gilles Bou­leau, « des ami­tiés aus­si » pour Anne-So­phie La­pix. Et pour les uns et les autres, le sen­ti­ment d’avoir un peu écrit l’his­toire de la té­lé­vi­sion fran­çaise.

Une pé­pi­nière de ta­lents en de­ve­nir qu’Etienne Mou­geotte ex­plique as­sez pro­saï­que­ment : « Nous sa­vions re­pé­rer les meilleurs »

SIPA PRESS / L’OPI­NION

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