La France in­sou­mise a trou­vé son ar­gu­ment phare

L'Opinion - - Social : Macron Multiplie Les Fronts - Ra­phaël Proust @ra­phael­proust

SUR INTERNET, les dé­tour­ne­ments n’ont pas tar­dé à ap­pa­raître. Comme cette image par­ta­gée ces der­niers jours où l’on peut voir un Em­ma­nuel Ma­cron gri­mé en Ro­bin des bois « à l’en­vers », sub­ti­li­sant un billet de 5 eu­ros de la poche d’un ci­toyen. La po­lé­mique sur la baisse de l’al­lo­ca­tion per­son­na­li­sée au lo­ge­ment (APL) est une au­baine pour La France in­sou­mise dont les res­pon­sables mettent en garde de­puis des se­maines contre un « coup d’Etat so­cial » que pré­pa­re­rait Em­ma­nuel Ma­cron. Même sym­bo­lique, la baisse de cette sub­ven­tion offre un ar­gu­ment in­es­pé­ré pour le mou­ve­ment qui le dé­peint en « Pré­sident des riches ».

Aux avant-postes de la contes­ta­tion à l’As­sem­blée, où ses jeunes dé­pu­tés se sont illus­trés lors des dé­bats, le mou­ve­ment tente en ef­fet d’en­tre­te­nir la flamme an­ti-Ma­cron. Adeptes des ras­sem­ble­ments pu­blics consi­dé­rés comme un pen­dant in­dis­pen­sable de leur ac­ti­vi­té par­le­men­taire, les « in­sou­mis » avait ap­pe­lé leurs sym­pa­thi­sants à ma­ni­fes­ter le 12 juillet der­nier. Si l’af­fluence n’avait pas été au ren­dez-vous, Jean- Luc Mé­len­chon avait tou­te­fois es­ti­mé que ces ras­sem­ble­ments avaient per­mis de main­te­nir « le coeur du mou­ve­ment » dans la mo­bi­li­sa­tion.

« Ma­cro­nisme triom­phant ». Alors que La France in­sou­mise a d’ores et dé­jà pré­vu d’or­ga­ni­ser sa propre marche contre la ré­forme du Code du tra­vail le 23 sep­tembre pro­chain, en pa­ral­lèle de la mo­bi­li­sa­tion syn­di­cale, la po­lé­mique sur la baisse de l’APL la conforte dans sa stra­té­gie. « Cet épi­sode au­ra des consé­quences so­ciales et po­li­tiques, as­sure Alexis Cor­bière, nous sommes clai­re­ment dans un mo­ment où de plus en plus de gens com­mencent à ou­vrir les yeux ». Dans l’es­prit du député de Seine- Saint- De­nis, la contro­verse signe la fin de la pa­ren­thèse d’un « ma­cro­nisme triom­phant », né au len­de­main de la vic­toire d’Em­ma­nuel Ma­cron à l’élec­tion pré­si­den­tielle. « Cet été doit de­meu­rer un temps de mo­bi­li­sa­tion concret », écri­vait Jean-Luc Mé­len­chon il y a deux se­maines dans un post de blog consa­cré au de­ve­nir de La France in­sou­mise. Le mou­ve­ment a par exemple pré­vu de ré­édi­ter l’ini­tia­tive des « ca­ra­vanes in­sou­mises » lan­cée à l’été 2016. Au plus près des es­ti­vants, la baisse de l’APL va fi­gu­rer en bonne place de l’ar­gu­men­taire mis en place pour pré­pa­rer la ren­trée so­ciale et po­li­tique. « Le gou­ver­ne­ment a mal me­su­ré l’im­pact sym­bo­lique de cette baisse sur l’opi­nion », es­time Alexis Cor­bière. De quoi ali­men­ter, se­lon lui, « l’in­di­gna­tion gé­né­ra­li­sée » qu’il per­çoit dans la baisse de po­pu­la­ri­té du Pré­sident consta­tée dans les études d’opi­nion. Sur­tout, une par­tie de la gauche s’aligne sur les ar­gu­ments de La France in­sou­mise. A l’image de Be­noît Ha­mon qui s’est ému de la di­mi­nu­tion des aides au lo­ge­ment en la com­pa­rant avec la ré­forme de l’ISF vou­lue par le gou­ver­ne­ment. De quoi en­tre­voir un front com­mun à la ren­trée contre la po­li­tique so­ciale de l’exé­cu­tif ? « On au­ra au­cun pro­blème à le faire à plu­sieurs, ex­plique Alexis Cor­bière, on ne cultive pas notre so­li­tude con­trai­re­ment à ce que j’en­tends, c’est même l’heure d’une cer­taine forme d’au­dace. » Ren­dez-vous est pris à la ren­trée.

Jean-Luc Mé­len­chon au ras­sem­ble­ment contre la Loi tra­vail, le 12 juillet 2017 à Pa­ris. SIPA PRESS

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