La grande so­li­tude des ba­che­liers pro­fes­sion­nels

L'Opinion - - Social : Macron Multiplie Les Fronts - Irène In­chaus­pé @iin­chauspe

ON PARLE TOU­JOURS du bac­ca­lau­réat mais il en existe plu­sieurs : des bacs gé­né­raux (53% dans l’édi­tion 2017), des bacs tech­no­lo­giques (19 %) et les bacs pro­fes­sion­nels ( 28 %) qui n’ont ab­so­lu­ment rien à voir. Dans notre pays où la voie gé­né­rale reste la voie royale tan­dis que les autres sont trop sou­vent consi­dé­rées comme des voies de ga­rage, les deux der­niers n’in­té­ressent pas grand monde. Pour­tant, ces ba­che­liers se re­trouvent mal­gré eux au­jourd’hui dans l’ac­tua­li­té : ils consti­tuent 92 % des 38 002 tou­jours en at­tente d’af­fec­ta­tion ; les 27 429 autres étant des étu­diants ayant fait une pre­mière an­née de li­cence et s’étant à nou­veau ins­crits sur la pla­te­forme APB cette an­née.

« Nombre de ces ba­che­liers pro­fes­sion­nels ont dû émettre comme pre­mier voeu une af­fec­ta­tion pour une place en STS (Sec­tions de Tech­ni­cien Su­pé­rieur) qu’ils n’ont pas ob­te­nue, ex­plique Eric Ver­dier, cher­cheur au CNRS. Ils n’ont guère d’autres choix que de de­man­der en se­cond rang une ins­crip­tion en fac où ils ne sont pas prio­ri­taires, à moins d’être ti­rés au sort ! » La « sur re­pré­sen­ta­tion » des ba­che­liers pro­fes­sion­nels dans ceux qui n’ont pas d’af­fec­ta­tion in­dique que le sys­tème de quo­tas aca­dé­miques - de­puis la loi de 2013, chaque rec­teur a la pos­si­bi­li­té de ré­ser­ver, à une hau­teur qu’il lui re­vient de dé­ter­mi­ner, des places en STS à des ba­che­liers pro­fes­sion­nels – ne fonc­tionne pas bien.

Mé­ca­nisme de dé­ver­se­ment. Pour les bacs tech­no­lo­giques, le mé­ca­nisme est si­mi­laire, nombre d’entre eux ne par­ve­nant pas à ob­te­nir une place en IUT (ou en BTS) et se ra­bat­tant sur l’uni­ver­si­té. Il existe là en­core un sys­tème de quo­tas aca­dé­miques cen­sé leur ré­ser­ver des places. « Sa­chant que le nombre de places dans ces fi­lières de l’en­sei­gne­ment tech­no­lo­gique su­pé­rieur ne croit pas à la hau­teur des be­soins ac­crus, en outre, par les orien­ta­tions crois­santes de ba­che­liers pro­fes­sion­nels vers les STS, il n’est guère éton­nant qu’un “mé­ca­nisme de dé­ver­se­ment” vers les uni­ver­si­tés soit à l’oeuvre, là en­core avec des risques d’échec éle­vés » juge Eric Ver­dier.

Le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion na­tio­nale n’a guère son­gé à adap­ter l’offre de for­ma­tions à la de­mande des ly­céens. Le ré­sul­tat est ca­tas­tro­phique comme l'ex­pli­quait Jean- Mi­chel Blan­quer en 2015 au cours d’une émis­sion de France Cul­ture. « Beau­coup de ba­che­liers gé­né­raux se di­rigent vers les IUT - qui sont nor­ma­le­ment plu­tôt faits pour les ba­che­liers tech­no­lo­giques - parce qu’ils sont sé­lec­tifs et ont plus de pres­tige que cer­taines for­ma­tions uni­ver­si­taires, di­sait-il alors. Du coup, les ba­che­liers tech­no­lo­giques vont plu­tôt al­ler en BTS - qui sont pré­vus pour les ba­che­liers pro­fes­sion­nels - et ces der­niers vont s’ins­crire à l’uni­ver­si­té, où ils vont sou­vent échouer. Tout est cul par-des­sus tête. »

Les « bacs pro » sont ain­si les sa­cri­fiés de l’uni­ver­si­té : en pre­mière an­née de li­cence, leur taux de réus­site est de 6 % ; tan­dis que ce­lui des « bacs tech­no » os­cille entre 14 et 19%. « C’est une tue­rie d’en­voyer des bacs pros à l’uni­ver­si­té » avait d’ailleurs dé­cla­ré Ge­ne­viève Fio­ra­so en 2013, alors qu’elle était se­cré­taire d’Etat à l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur.

En trois ans, et mal­gré l’ins­tau­ra­tion de « quo­tas », il n’y a donc eu au­cune amé­lio­ra­tion. En 2016, le Cnes­co (Conseil na­tio­nal d’éva­lua­tion du sys­tème sco­laire) avait pu­blié un rap­port sur l’en­sei­gne­ment pro­fes­sion­nel. Il rap­pe­lait no­tam­ment que « rap­pro­cher les jeunes de l’en­tre­prise, tout en leur of­frant un socle de com­pé­tences gé­né­rales et so­ciales » était une pré­oc­cu­pa­tion com­mune des po­li­tiques édu­ca­tives eu­ro­péennes.

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