Un été 2017. Les sé­ries de l’Opi­nion

Ils sont quatre, ils sont jeunes et goûtent pour la pre­mière fois à l’adré­na­line d’une cam­pagne élec­to­rale. Ils ne le savent pas en­core, mais une dé­cen­nie plus tard, ils se­ront aux avant-postes de la Ré­pu­blique

L'Opinion - - La Une - Ra­phaël Le­gendre @LEGENRA

Jus­qu’au ven­dre­di 18 août, l’Opi­nion offre à ses lec­teurs trois pages de sé­ries d’été ori­gi­nales. #Pé­pi­nières. L’in­croyable as­cen­sion po­li­tique des DSK boys de 2006. #His­toires drones. La pho­to par drone trouve un grand angle. #Poi­gnées de mains dé­ci­sives. 26 sep­tembre 2015 : Oba­ma-Pou­tine. #Tom­bés au com­bat. Re­tour sur une an­née de dis­pa­ri­tions po­li­tiques avec Kak, le des­si­na­teur de l’Opi­nion. #Villes fron­tières. Ne­mu­ro, pa­tience ja­po­naise et ré­sis­tance russe.

En 2006, quatre mous­que­taires dans la ving­taine oc­cupent deux pe­tits bu­reaux d’un mo­deste ap­par­te­ment loué par Do­mi­nique Strauss-Kahn rue de la Planche, dans le VIIe ar­ron­dis­se­ment, à deux pas de Ma­ti­gnon. Le plus jeune, Is­maël Eme­lien, n’a que 19 ans. Etu­diant de DSK à Sciences Po, il est sé­duit par l’en­ga­ge­ment proeu­ro­péen de l’an­cien mi­nistre des Fi­nances. Une fois sa deuxième an­née bou­clée, il pas­se­ra l’été à jouer les pe­tites mains du QG. Il croise là-bas des po­li­tiques aguer­ris comme Ch­ris­tophe Bor­gel, Jean-Ch­ris­tophe Cam­ba

dé­lis ou Pierre Mos­co­vi­ci. Mais aus­si les com­mu­ni­cants Anne Hom­mel et Ram­zy Khi­roun. Il y fe­ra sur­tout la connais­sance de Gilles Fin

chel­stein, qui l’em­bar­que­ra avec lui chez Ha­vas et à la Fon­da­tion Jean-Jau­rès. C’est là qu’Eme­lien ren­con­tre­ra quelques an­nées plus tard Emmanuel Macron. Après avoir re­joint son ca­bi­net à Ber­cy en 2014 pour s’oc­cu­per de la com’, Eme­lien est au­jourd’hui, à trente ans, le conseiller spé­cial du pré­sident de la Ré­pu­blique.

Rue de la Planche, il par­tage son bu­reau avec un jeune di­plô­mé de HEC, Sta­nis­las Gué

ri­ni. A 24 ans, ce der­nier vient de bou­cler ses études et fait un stage sous la di­rec­tion d’Oli

vier Fer­rand au sein d’un club de ré­flexion so­cial-dé­mo­crate ani­mé par Pierre Mos­co­vi­ci et Do­mi­nique Strauss-Kahn, A gauche, en Europe (AG2E). L’été ar­ri­vant, il dé­cide lui aus­si de ten­ter l’aven­ture de la cam­pagne pour quelques mois. Il a dé­vo­ré son ou­vrage sur « l’éga­li­té réelle », « un texte d’une mo­der­ni­té ab­so­lue, en­core au­jourd’hui », in­dique ce der­nier. L’an­cien pré­sident du bu­reau des étu­diants de HEC est alors ap­pré­cié pour ses qua­li­tés d’or­ga­ni­sa­teur. Il de­vient le maître de cé­ré­mo­nie des mee­tings de DSK : ges­tion des bé­né­voles, pla­ce­ment de chaises… « L’évé­ne­men­tiel, c’était ma came », se sou­vient-il au­jourd’hui. Très vite, Gué­ri­ni et Eme­lien nouent des liens d’ami­tié. Le se­cond se­ra en 2012 le té­moin de ma­riage du pre­mier. Après la dé­faite de DSK face à Sé­go­lène Royal, « Stan » part fon­der une start-up dans l’éner­gie et l’environnement à Gre­noble, avec le père d’Is­maël. Alors, quand fin 2015, Emmanuel Macron com­mence à bâ­tir son pro­jet pré­si­den­tiel de­puis Ber­cy, Eme­lien ap­pelle son ami pour qu’il par­ti- cipe à la construc­tion d’En Marche !. Ça tombe bien, Gué­ri­ni vient de re­ve­nir à Pa­ris. Il re­joint l’aven­ture et s’oc­cupe de struc­tu­rer les co­mi­tés pa­ri­siens d’En Marche !. Can­di­dat aux lé­gis­la­tives, il est de­puis juin dé­pu­té de la troi­sième cir­cons­crip­tion de Pa­ris.

Ces deux-là par­tagent leur bu­reau avec un autre jeune di­plô­mé de HEC, Cé­dric O, qui, sans com­pé­tence par­ti­cu­lière, est bom­bar­dé chef ca­me­ra­man de la cam­pagne. Grâce à Olivier Fer­rand – tou­jours lui – il par­ti­ci­pe­ra aux tra­vaux de Ter­ra No­va, et grâce à Fin­chel­stein, ren­tre­ra à la fon­da­tion Jean-Jau­rès. Rue de la Planche, il ren­contre éga­le­ment Pierre Mos­co­vi­ci, dont il de­vien­dra l’as­sis­tant par­le­men­taire en 2010. En­ga­gé dans la cam­pagne de Hol­lande, il y croise Emmanuel Macron et suit Mos­co­vi­ci au mi­nis­tère des Fi­nances en 2012. Après une pa­ren­thèse chez l’équi­pe­men­tier aé­ro­nau­tique Sa­fran, il re­joint l’équipe fon­da­trice d’En Marche !, dont il est tré­so­rier et membre de la com­mis­sion d’in­ves­ti­tures. Il est au­jourd’hui le conseiller d’Emmanuel Macron pour les par­ti­ci­pa­tions pu­bliques et l’éco­no­mie nu­mé­rique. L’aî­né de la bande s’ap­pelle Ben­ja­min Gri

veaux. Il par­tage le bu­reau d’à cô­té avec un cer­tain Mat­thias Fekl. Tous les deux ont 29 ans. Le pre­mier est au­jourd’hui se­cré­taire d’Etat à Ber­cy. L’autre vient de quit­ter le der­nier gou­ver­ne­ment où il a été mi­nistre dé­lé­gué au Com­merce ex­té­rieur puis mi­nistre de l’In­té­rieur. Ben­ja­min Gri­veaux a ren­con­tré DSK quelques an­nées plus tôt, en 2003, pour gé­rer « A gauche, en Europe ». En 2006, « sans au­cune ex­pé­rience po­li­tique ni syn­di­cale », ra­conte-t-il au­jourd’hui, il de­vient l’un des pi­liers de la rue de la Planche. Suite à l’échec de Strauss-Kahn, il fonde son ca­bi­net de conseil en re­cru­te­ment avant de par­ti­ci­per à la cam­pagne de François Hol­lande en 2012. Après la vic­toire, il re­joint le ca­bi­net de Ma­ri­sol Tou­raine (qui fut un temps di­rec­trice d’« AG2E »), avant de re­par­tir dans le pri­vé comme di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion d’Uni­bail Ro­dam­co.

Is­maël Eme­lien le rap­pelle pour la for­ma­tion d’En Marche !. Du­rant la cam­pagne, Gri­veaux fut le prin­ci­pal porte- parole d’Emmanuel Macron, en charge de la cel­lule ri­poste. « A l’époque dé­jà, nous avions fait une cam­pagne à l’amé­ri­caine. Une cam­pagne me­née avec des bouts de fi­celles. Ça a été une ex­pé­rience utile pour la cam­pagne d’Emmanuel Macron », ra­conte Gri­veaux, qui se sou­vient des éclats de rires quand est ar­ri­vé « Strauss Kahn y va ga­gner ! », le clip de sou­tien à DSK. Si Ram­zi Khi­roun a réus­si à le vendre à toutes les ra­dios comme « le tube po­li­tique de l’été », ce­lui qui est au­jourd’hui se­cré­taire d’Etat au­près de Bru­no Le Maire à Ber­cy sou­rit en­core à son évo­ca­tion : « C’était nul, mais très drôle ! »

Mat­thias Fekl était plus dis­tant. Jeune énarque de 29 ans, il est alors conseiller au tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de Pa­ris et adhé­rent du PS de­puis 2001. C’est aus­si ce­lui qui a la car­rière po­li­tique la plus ra­pide : dé­pu­té du Lot- et-Ga­ronne en 2012, se­cré­taire d’État au Com­merce ex­té­rieur en 2014, mi­nistre de l’In­té­rieur en mars 2017. Lui n’ap­pré­cie guère Emmanuel Macron, avec qui les re­la­tions étaient ten­dues au gou­ver­ne­ment. Macron est au­jourd’hui Pré­sident. Fekl compte pe­ser sur la re­cons­truc­tion du PS. Iro­nie du sort, s’il ne se­ra ja­mais Pré­sident, l’ombre de Strauss- Kahn plane au­jourd’hui sur une grande par­tie des gauches fran­çaises.

« A l’époque dé­jà, nous avions fait une cam­pagne à l’amé­ri­caine. Une cam­pagne me­née avec des bouts de fi­celles »

SIPA PRESS / L’OPI­NION

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.