Bri­gitte Macron : l’amal­game en­tre­te­nu par l’op­po­si­tion

L'Opinion - - L’argent Des Députés Ne Fait Pas Leur Bonheur - Ivanne Trip­pen­bach @IT­rip­pen­bach

C’EST DANS UNE AT­MO­SPHÈRE d’in­tenses dé­bats sur la ré­gu­la­tion de la vie pu­blique qu’a émer­gé un cu­rieux ar­gu­ment, ces der­niers jours. Cer­tains par­le­men­taires n’hé­sitent pas à poin­ter du doigt les moyens al­loués à Bri­gitte Macron, à l’heure où l’uti­li­sa­tion de l’argent pu­blic est dras­ti­que­ment res­treinte au Par­le­ment et dans les mi­nis­tères.

« Quel pa­ra­doxe de don­ner un sta­tut of­fi­ciel à l’épouse du Pré­sident d’un cô­té et de faire la chasse aux em­plois fa­mi­liaux de l’autre », cingle Her­vé Mau­rey (UDI), l’un des sé­na­teurs qui s’est op­po­sé à cette me­sure phare du pro­jet de loi. Dans les rangs de l’op­po­si­tion, Thierry Ma­ria­ni (LR), Eric Co­que­rel (FI) et Luc Car­vou­nas (PS) y sont al­lés de leur tweet in­di­gné contre l’in­ten­tion de l’Ely­sée de don­ner une exis­tence ju­ri­dique à la Pre­mière dame. « Je se­rais d’avis qu’il n’y ait pas d’en­ve­loppe bud­gé­taire pour elle », a même lâ­ché Gé­ral­dine Ban­nier, dé­pu­tée MoDem membre de la majorité.

Com­pa­rai­son n’est pas rai­son ! « C’est une confu­sion com­plète, dé­li­bé­rée pour les uns, in­vo­lon­taire pour les autres, af­firme Pierre-Olivier Cos­ta, di­rec­teur de ca­bi­net de Bri­gitte Macron. In­ter­dire les em­plois fa­mi­liaux, c’est faire en sorte que des em­plois pu­blics ré­mu­né­rés ne bé­né­fi­cient pas aux proches des élus. » « Ne mé­lan­geons pas tout, abonde Sylvain Mail lard, dé­pu­té LREM. L’épouse du Pré­sident as­sume une fonc­tion de re­pré­sen­ta­tion in­évi­table, alors qu’un col­la­bo­ra­teur ef­fec­tue un tra­vail de l’ombre. » Comme celles qui l’ont pré­cé­dée, Bri­gitte Macron ne per­çoit au­cune ré­mu­né­ra­tion de l’Etat.

Hy­po­cri­sie.

Au contraire, l’en­tou­rage du Pré­sident an­nonce « sor­tir de l’hy­po­cri­sie » et « créer de la trans­pa­rence » sur les moyens uti­li­sés. De­puis son ins­tal­la­tion dans le sa­lon des Fou­gères de l’Ely­sée, Bri­gitte Macron s’ap­puie sur deux col­la­bo­ra­teurs. Plus vi­sible et plus sol­li­ci­tée que les pré­cé­dentes Pre­mières dames, elle re­çoit en­vi­ron 140 cour­riers par jour l’in­vi­tant à sou­te­nir des as­so­cia­tions ou des évé­ne­ments. « On ne va pas in­ter­dire aux Fran­çais de lui écrire ! », s’exas­père l’Ely­sée.

De Da­nielle Mit­ter­rand à Ber­na­dette Chi­rac, la plu­part des conjointes des chefs de l’Etat ont joué un rôle pu­blic. Aux Etats-Unis, une ligne bud­gé­taire vo­tée par le Con­grès est consa­crée aux « First la­dies ». Mais comme en France, c’est dans le plus grand flou ju­ri­dique que quel­que­sunes ont bâ­ti leur in­fluence, dans le sillage de l’ac­ti­viste Elea­nor Roo­se­velt. « Bri­gitte Macron ne dis­pose pas d’un pouvoir au­to­nome à l’Ely­sée, elle tra­vaille en équipe avec le Pré­sident », sou­ligne Pierre-Olivier Cos­ta. Pour l’heure, elle a par­ti­ci­pé à la pré­sen­ta­tion du 4e plan sur l’au­tisme et au sou­tien de la can­di­da­ture fran­çaise « JO 2024 », à Lau­sanne. Une charte dé­fi­nis­sant son rôle est ac­tuel­le­ment en pré­pa­ra­tion.

De­puis 2008, le bud­get de l’Ely­sée est scru­té par la Cour des comptes. Dé­fi­nir une en­ve­loppe à part pour le ou la par­te­naire du Pré­sident per­met­trait de mieux contrô­ler ses dé­penses. Cé­ci­lia Sar­ko­zy était cheffe de ca­bi­net de son époux et dis­po­sait à ce titre d’une carte de cré­dit. Avec 8 col­la­bo­ra­teurs, Car­la Bru­ni-Sar­ko­zy re­pré­sen­tait un peu moins d’un mil­lion d’euros – soit 1 % du bud­get an­nuel de l’Ely­sée. Valérie Trier­wei­ler, avec cinq conseillers, pe­sait près de 400 000 euros en 2013. Bri­gitte Macron, elle, n’au­ra ni site In­ter­net, ni en­tou­rage plé­tho­rique. « C’est une vraie ré­duc­tion des moyens, sou­ligne Pierre-Olivier Cos­ta. On fait plus avec moins, dans l’es­prit des ef­forts de­man­dés au Par­le­ment et aux mi­nis­tères. » Les cri­tiques sur le ca­bi­net de la Pre­mière dame ré­vèlent que, dans l’op­po­si­tion, on s’en­gouf­fre­ra dans la moindre brèche pour at­teindre le chef de l’Etat.

SIPA PRESS

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