« Les élec­teurs qui ont le plus ral­liés Macron viennent du PS »

Di­rec­teur du dé­par­te­ment opi­nion de l’Ifop, Jé­rôme Four­quet re­vient sur la vic­toire aux élec­tions lé­gis­la­tives de LREM

L'Opinion - - L’argent Des Députés Ne Fait Pas Leur Bonheur - Interview Ca­ro­line Vi­gou­reux @Ca­roVi­gou­reux

Les dé­pu­tés de la Ré­pu­blique en marche et du MoDem sont 350 à sié­ger dans l’hé­mi­cycle de l’As­sem­blée na­tio­nale. La Fon­da­tion Jean-Jau­rès pu­blie mer­cre­di une étude sur le bi­lan des can­di­dats de la majorité pré­si­den­tielle au se­cond tour des élec­tions lé­gis­la­tives. Son au­teur, Jé­rôme Four­quet, di­rec­teur du dé­par­te­ment opi­nion de l’Ifop, dé­voile pour l’Opi­nion les prin­ci­paux en­sei­gne­ments de cette en­quête.

Votre étude montre que la di­ver­si­té et la jeunesse sont mieux re­pré­sen­tées par les can­di­dats LREM…

Les can­di­dats En marche ! les plus jeunes ont en moyenne été ga­gnant dans 77% des cas, alors que les can­di­dats LREM de plus de 40 ans ont un taux de réus­site entre 61 et 63 %. En Marche ! est le par­ti qui a le plus joué le jeu de la di­ver­si­té, c’est tout à son hon­neur parce qu’élec­to­ra­le­ment, pré­sen­ter ce type de can­di­dats consti­tue une pe­tite prise de risque. A cir­cons­crip­tions aus­si fa­vo­rables pour En Marche ! les can­di­dats de la di­ver­si­té réus­sissent un peu moins bien.

Les can­di­dats LREM sont ar­ri­vés lar­ge­ment en tête au pre­mier tour des élec­tions lé­gis­la­tives. Mais la dy­na­mique s’est at­té­nuée pour le se­cond tour. Com­ment l’ex­pli­quer ?

Un can­di­dat En Marche ! était soit en tête au pre­mier tour, soit il était deuxième et il se fai­sait black­bou­ler dans tous les cas. La fe­nêtre s’est re­fer­mée au deuxième tour. Il y a eu une meilleure ré­sis­tance de toutes les op­po­si­tions au can­di­dat LREM qui avaient écra­sé le pre­mier tour. La dy­na­mique et l’élan ont été tels au pre­mier tour que la ma­chine n’était pas ar­rê­table au se­cond tour mais le co­ef­fi­cient de ma­rée a été un peu ra­bo­té ou ra­me­né à des pro­por­tions li­mi­tées. L’élec­to­rat ma­cro­niste est en cours de com­po­si­tion. Cer­tains se sont re­con­nus plei­ne­ment dans cette dé­marche et d’autres ont trou­vé l’am­pleur de la vic­toire pas com­plè­te­ment jus­ti­fiée. Sur les 532 cir­cons­crip­tions en­core en jeu au se­cond tour, les can­di­dats LREM étaient pré­sents dans 497 d’entre elles. Le bloc LR-UDI ne l’était que dans 281 cir­cons­crip­tions. Dans 434 cas, ils sont en tête au pre­mier tour mais ils ne l’em­portent que dans 75 % des cas. C’est beau­coup mais les gens de droite en tête l’ont em­por­té dans 96 % des cas et le PS-PRG dans 82 % des cas. Par­mi les 63 can­di­dats LREM ar­ri­vés en se­conde po­si­tion au pre­mier tour, ils ne sont que 13% à l’avoir em­por­té contre 31 % à droite et 28 % pour les In­sou­mis.

Com­ment ana­ly­ser la ré­si­lience des can­di­dats de droite et pour cer­tains leur re­mon­tée spec­ta­cu­laire dans l’entre-deux-tours ?

On a cou­tume de dire, en se ba­sant sur les pré­cé­dents scru­tins, que le deuxième tour confirme le pre­mier ou l’am­pli­fie. Cette fois, et c’est as­sez rare, on est sur un mo­dèle de cor­rec­tion des rap­ports de force. A droite, ils ont aus­si une ca­pa­ci­té à al­ler cher­cher des abs­ten­tion­nistes en nombre entre les deux tours. Et dans les cir­cons­crip­tions ac­quises aux Ré­pu­bli­cains, le bloc LR-UDI fait en nombre de voix des bonds spec­ta­cu­laires. Ils ont bé­né­fi­cié du re­port d’une par­tie de l’élec­to­rat FN.

Les sor­tants so­cia­listes ont moins bien ré­sis­té que les sor­tants de droite…

On a beau­coup par­lé de dé­ga­gisme pen­dant la cam­pagne, il s’est aus­si ap­pli­qué aux lé­gis­la­tives. Les so­cia­listes étaient les plus nom­breux à être sor­tants. L’ef­fet de sanc­tion, l’idée d’al­ter­nance les a tou­chés de plein fouet. Un mois et de­mi avant, le can­di­dat qui por­tait leurs cou­leurs, Be­noît Ha­mon, fai­sait 6 %. Aus­si, les élec­teurs qui se sont le plus ral­liés à Macron sont ceux de centre gauche, ils viennent en majorité des rangs du PS. C’est sur l’élec­to­rat so­cia­liste mo­dé­ré que l’OPA Macron a fait le plus de dé­gâts. La droite a eu la ca­pa­ci­té de cap­ter une bonne part de l’élec­to­rat FN. Là, on a aus­si les ci­ca­trices du quin­quen­nat pré­cé­dent. L’élec­to­rat le plus à gauche ne s’est pas com­plè­te­ment re­por­té sur le PS.

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