Les poi­gnées de Mains dé­ci­sives

L'Opinion - - L’argent Des Députés Ne Fait Pas Leur Bonheur - Ivanne Trip­pen­bach @IT­rip­pen­bach

8. Oba­ma-Pou­tine La gla­ciale

BA­RACK OBA­MA SE SENT CONTRAINT de la faire, cette pho­to. Nous sommes à New York, le 29 sep­tembre 2015. C’est le pre­mier contact of­fi­ciel entre le pré­sident amé­ri­cain et Vla­di­mir Pou­tine de­puis le G20 de Saint-Pé­ters­bourg, deux ans au­pa­ra­vant. Nul ac­cord ni par­tage de vues scel­lé de­vant les flashs. Mais un exer­cice plié par les deux lea­ders en quatre se­condes gla­ciales, sans un mot, sans un re­gard, pour ne pas perdre la face.

La guerre en Sy­rie qui dure de­puis quatre ans a dé­jà fait 240 000 morts. Les di­ver­gences entre Mos­cou et Washington ont at­teint un point de ten­sion ex­trême. A la tri­bune des Na­tions Unies, ce ma­tin-là, Ba­rack Oba­ma a ou­vert la voie à l’après-As­sad, dé­non­çant le sou­tien russe au « ty­ran » qui « mas­sacre des en­fants in­no­cents ». « Après tant de sang ver­sé et de car­nages, a-t-il plai­dé avec em­phase, il ne peut y avoir un re­tour au sta­tu quo d’avant la guerre. »

« Lea­ding from be­hind » . Mais le pré­sident amé­ri­cain a per­du en cré­di­bi­li­té. Voi­là deux ans que, le 30 août 2013, il s’est ra­vi­sé d’in­ter­ve­nir en Sy­rie, au mé­pris de la « ligne rouge » qu’il avait lui-même tra­cée un an avant. Cet été 2013, le ré­gime sy­rien a at­ta­qué la po­pu­la­tion ci­vile à l’arme chi­mique, dans la ban­lieue de Da­mas : 1 500 morts et 10 000 bles­sés. Plus tard, après avoir quit­té la Mai­son Blanche, Oba­ma af­fir­me­ra ne rien re­gret­ter de sa dé­ci­sion. Mais son bi­lan de po­li­tique étran­gère en se­ra du­ra­ble­ment en­ta­ché, mal­gré les suc­cès de l’Iran et de Cu­ba. Aux yeux de ses dé­trac­teurs, trois mots ré­sument l’im­puis­sance (ou l’in­cons­tance) amé­ri­caine vis-à-vis de ses al­liés : « lea­ding from be­hind ».

En lais­sant Mos­cou né­go­cier avec Ba­char al-As­sad pour qu’il dé­truise – en vain – ses armes chi­miques, Ba­rack Oba­ma a cé­dé du ter­rain à Vla­di­mir Pou­tine. Ce ma­tin de sep­tembre 2015, à la tri­bune de l’As­sem­blée gé­né­rale des Na­tions Unies, le chef du Krem­lin fait donc tout na­tu­rel­le­ment son grand re­tour, après dix ans d’ab­sence. Au nom de la sou­ve­rai­ne­té des Etats, il sug­gère d’as­so­cier Ba­char al-As­sad à une coa­li­tion an­ti-Daech, à l’image des al­liés de la Se­conde Guerre mon­diale. « Mes ho­mo­logues amé­ri­cain et fran­çais ne sont pas des res­sor­tis­sants sy­riens, cingle-t-il en di­rec­tion des Oc­ci­den­taux. Ils ne doivent donc pas être im­pli­qués dans le choix des di­ri­geants d’un autre pays. »

Par dis­cours in­ter­po­sés, Oba­ma et Pou­tine s’af­frontent aus­si sur la crise de l’Ukraine, l’un et l’autre s’ac­cu­sant mu­tuel­le­ment d’avoir nour­ri les ten­sions dans la ré­gion. En réa­li­té, lors d’une en­tre­vue bi­la­té­rale, tous deux s’en­tendent pour conte­nir la vio­lence aux portes de l’Europe de l’Est. L’an­née d’après, les deux lea­ders se re­trouvent au som­met de l’Apec, à Li­ma, en pleine in­gé­rence russe dans la pré­si­den­tielle amé­ri­caine… De­puis la fin de la Guerre froide, les re­la­tions entre Mos­cou et Washington n’ont ja­mais été si ten­dues. La guerre en Sy­rie se pour­suit tou­jours. En mars 2017, l’Ob­ser­va­toire sy­rien des droits de l’homme dé­nom­brait près d’un de­mi-mil­lion de morts de­puis le dé­but du conflit en 2011.

SIPA PRESS

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