La pho­to par drone trouve un grand-angle

His­toires drones, com­ment ces ma­chines vont tout ré­vo­lu­tion­ner

L'Opinion - - L’argent Des Députés Ne Fait Pas Leur Bonheur - Em­ma­nuelle Du­cros @em­ma_­du­cros

DU­RANT 25 ANS, Be­noît De­cout et An­toine De­vouard furent pho­to­graphes de presse. Un mé­tier fas­ci­nant, pas­sion­nant… Mais aus­si en pleine mu­ta­tion et dont il est de­ve­nu, pour nombre de pro­fes­sion­nels, dif­fi­cile de vivre. Aus­si, il y a trois ans, ils ont ob­ser­vé l’ar­ri­vée des drones équi­pés d’ap­pa­reils pho­to et de ca­mé­ras avec grand in­té­rêt et dé­ci­dé de fon­der la so­cié­té Drone Press, qui pro­duit pho­tos et films au moyen de drones.

Ce­la a ra­di­ca­le­ment chan­gé leur fa­çon d’en­vi­sa­ger le monde et la pho­to­gra­phie. « Ce­la nous a per­mis de re­bon­dir en pro­po­sant quelque chose de nou­veau, de prendre de la hau­teur », ex­plique Be­noît De­cout. Une idée qu’ils n’ont évi­dem­ment pas été les seuls à avoir. « Il y a deux ans, en France, il y avait au­tant de so­cié­tés pro­po­sant de l’ima­ge­rie aé­rienne par drone que par­tout ailleurs dans le monde. Ce­la vient du fait que le pays a mis en place, dès 2012, une lé­gis­la­tion très li­sible, li­mi­tant par exemple les al­ti­tudes de vol mais don­nant un cadre li­sible. » Une offre nom­breuse qui, se­lon Be­noît De­cout, com­mence à être « écré­mée » par les dif- fé­rentes com­pé­tences des « ra­dio­mo­de­listes », sou­vent doués pour faire vo­ler des drones, moins pour réa­li­ser de belles images. Les prix des pres­ta­tions, qui ont bais­sé, se sta­bi­lisent. Le cou­teau suisse de l’image. Pour Be­noît De­cout, le drone est une fan­tas­tique porte d’en­trée dans le monde de l’image. « Ces images aé­riennes sont de­ve­nues un pas­sage obli­gé dé­sor­mais, en plus des images au sol. Ce n’est pas une al­ter­na­tive aux images prises par hé­li­co­ptère, mais une fa­çon de prendre de la hau­teur de fa­çon très adap­table : une sorte de cou­teau suisse de l’image ! On peut vo­ler à 150 mètres, mais aus­si au ras du sol, ima­gi­ner des mou­ve­ments de ca­mé­ra sans ins­tal­ler des quan­ti­tés de rails de tra­vel­ling… C’est fa­cile, ra­pide, stable, et aus­si as­sez bon mar­ché », dé­taille Be­noît De­cout. Un drone équi­pé d’un bon ma­té­riel – et dé­sor­mais, il est ex­cellent, bien au-de­là des Go-Pro qui équi­paient les drones ini­tia­le­ment – vaut en­vi­ron 10 000 euros, quand il faut comp­ter 5 000 euros pour un bon boî­tier d’ap­pa­reil pho­to nu­mé­rique.

Be­noît De­cout et An­toine De­vouard réa­lisent nombre de films ins­ti­tu­tion­nels spec­ta­cu­laires (les jar­dins de Ver­sailles vu d’en haut, par exemple), des prises de vues pour des émis­sions de té­lé, mais aus­si des pho­tos de presse et de reportage. Ils ont aus­si chan­gé un peu leur fa­çon de tra­vailler, pas­sant al­ter­na­ti­ve­ment de la pho­to à la vi­déo (qui re­pré­sente 80 % de la de­mande), de­ve­nus in­dis­so­ciables. « Un des re­por­tages qui nous a le plus mar­qué est ce­lui que nous avons réa­li­sé au-des­sus du camp de ré­fu­giés de Ca­lais, que l’on sur­nom­mait alors la jungle. » « Jus­qu’ici, le grand pu­blic avait vu beau­coup d’images au ras du sol. Ça n’a pas été fa­cile à or­ga­ni­ser, parce qu’il y a des règles concer­nant les sur­vols de po­pu­la­tion… Mais nous avons ap­por­té un re­gard réel­le­ment nou­veau, une prise de conscience que nous avions sous les yeux le plus grand bi­don­ville d’Europe, avec des rues, une or­ga­ni­sa­tion. » Ce su­jet aus­si bou­le­ver­sant qu’im­pres­sion­nant leur a va­lu le grand prix du Ca­bourg Drones Fes­ti­val en 2016.

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