GM&S, TIM : com­ment sau­ver ou com­pli­quer une re­prise

L'Opinion - - Stx France : Le Drôle De Chantage De Bercy - Fan­ny Gui­no­chet @fan­ny­gui­no­chet

A LA SOU­TER­RAINE, dans la Creuse, le vote des sa­la­riés de GM&S pro­met de se faire dans une am­biance ten­due, ce jeu­di, alors que le tri­bu­nal de com­merce de Poi­tiers a pro­lon­gé lun­di der­nier la pé­riode d’ac­ti­vi­té de l’équi­pe­men­tier jus­qu’au 31 juillet. Après que la jus­tice a ac­cor­dé une nou­velle fois un sur­sis aux par­ties pre­nantes au dos­sier pour qu’elles s’en­tendent sur une offre ferme, les sa­la­riés main­tiennent la pres­sion pour que GMD, l’unique re­pre­neur garde les 277 em­ployés.

Ce jeu­di, Alain Mar­ti­neau, le PDG de GMD, doit nor­ma­le­ment ve­nir leur pré­sen­ter ses pro­jets. Pas sûr tou­te­fois que l’ac­cueil soit cha­leu­reux. Au point que le di­ri­geant leur a dé­jà de­man­dé de le consi­dé­rer comme « le sau­veur de 120 per­sonnes et pas comme le li­cen­cieur de 157 per- sonnes ». Et Bru­no Le Maire à Ber­cy d’ap­pe­ler, lui aus­si, les sa­la­riés à re­gar­der po­si­ti­ve­ment cette offre de main­tien de l’ac­ti­vi­té.

Mais rien ne semble cal­mer les 277 sa­la­riés du deuxième em­ployeur pri­vé du dé­par­te­ment de la Creuse qui ont connu trois dé­pôts de bi­lan en dix ans. Il y a en­core quelques jours, ils blo­quaient une plate-forme lo­gis­tique de pièces dé­ta­chées de Re­nault, à Ville­roy, mais aus­si un site in­dus­triel de PSA à Sept-Fons. Les deux groupes au­to­mo­biles, prin­ci­paux pour­voyeurs du chiffre d’af­faires de GM&S, avaient pour­tant pris l’en­ga­ge­ment, sous la pres­sion du gou­ver­ne­ment, d’in­ves­tir 5 mil­lions d’eu­ros, cha­cun, dans l’usine. En mai, les sa­la­riés avaient me­na­cé de faire ex­plo­ser le site avec des bon­bonnes de gaz…

Pour de nom­breux ex­perts, si ce dos­sier est de­ve­nu un vrai bour­bier, « c’est parce que les sa- la­riés re­fusent toute pro­po­si­tion, et se montrent très vio­lents ». Sur place, des em­ployés re­con­naissent, sous cou­vert d’ano­ny­mat, que « la CGT a eu rai­son de se battre, mais là, elle va trop loin, et pour­rit dé­sor­mais toute re­prise ». Une at­ti­tude qui rap­pelle celle connue chez Goo­dyear, dans la Somme. Usant de vio­lence et de sé­ques­tra­tions, la CGT avait fi­ni par dé­cou­ra­ger le moindre re­pre­neur po­ten­tiel. Au point que ce­la s’était re­tour­né contre les ou­vriers. « En fait, à GM&S, la CGT se bat pour un gros chèque et non pour que l’ac­ti­vi­té conti­nue », es­time un proche du dos­sier.

Cli­mat so­cial. Dans ces condi­tions, le gou­ver­ne­ment craint qu’Alain Mar­ti­neau ne jette l’éponge. « Com­ment tra­vailler avec des gens qui vous ex­pliquent que vous n’êtes pas le bien­ve­nu, plaide un conseiller de l’exé­cu­tif. GMD à d’autres sites : ac­cep­ter une CGT aus­si dure, c’est prendre le risque de dé­gra­der le cli­mat so­cial des autres sites. »

Pour ce spé­cia­liste des dos­siers in­dus­triels, le par­fait contre-exemple est l’en­tre­prise TIM, fa­bri­cant de ca­bines d’en­gins de chan­tier, dont le tri­bu­nal de com­merce de Tour­coing vient d’an­non­cer la re­prise. « La boîte était elle aus­si en li­qui­da­tion ju­di­ciaire de­puis le dé­but de l’an­née, mais les 470 sa­la­riés ont eu une at­ti­tude construc­tive. Ils ont me­né quelques bar­rages, mais la CGT a été po­si­tive. On a pu tra­vailler avec la ré­gion, l’Etat… » Ré­sul­tat, la so­cié­té bul­gare Fil Fi­li­pov, dé­jà à la tête d’At­las, s’est en­ga­gée à re­prendre TIM, conser­vant 446 des 470 sa­la­riés. Ce mer­cre­di, au tri­bu­nal, ces sa­la­riés sou­la­gés ont ap­plau­di la dé­ci­sion. Pour­tant, la par­tie était loin d’être ga­gnée. Et il y a en­core peu, les sa­la­riés de TIM se plai­gnaient que les re­gards mé­dia­tiques et les ef­forts du gou­ver­ne­ment se concentrent sur GM&S. A La Sou­ter­raine, de­puis six mois, deux Pré­si­dents (Fran­çois Hol­lande et Em­ma­nuel Ma­cron), un Pre­mier mi­nistre (Ber­nard Ca­ze­neuve) ain­si qu’une flo­pée de mi­nistres (Le Maire, Gri­veaux, etc.) sont pas­sés… Sans que le « hap­py end » ne soit ga­ran­ti !

Des em­ployés de GM&S es­timent , sous cou­vert d’ano­ny­mat, « que la CGT a eu rai­son de se battre, mais là, elle va trop loin, et pour­rit dé­sor­mais toute re­prise »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.