« Po­li­tique spec­tacle et fi­nances pu­bliques »

Si­mone Wa­pler et Sé­bas­tien Laye

L'Opinion - - Stx France : Le Drôle De Chantage De Bercy -

« EN PO­LI­TIQUE, im­pré­voyance et dé­ca­dence sont sy­no­nymes », di­sait Emile de Gi­rar­din. Force est de consta­ter que la sou­daine dé­cou­verte de l’« in­sin­cé­ri­té » des comptes pu­blics au­gure mal de la ca­pa­ci­té du nou­veau pou­voir – pour­tant au coeur du pré­cé­dent – à ar­ti­cu­ler une vi­sion de long terme sur les fi­nances pu­bliques et la ré­forme de l’Etat. Certes, Ber­cy a convo­qué des Etats Gé­né­raux des Comptes de la Na­tion avec une for­mule qui nous rap­pelle les grandes heures de l’his­toire de France mais qui est aus­si cen­sée être un pré­lude à une ré­vo­lu­tion : une po­li­tique spec­tacle si em­blé­ma­tique de cette théâ­tro­cra­tie que dé­noncent beau­coup d’ob­ser­va­teurs.

Ef­fort co­los­sal. Si d’au­cuns se sont la­men­tés de la rec­ti­fi­ca­tion de la Cour des Comptes avec un dé­fi­cit su­pé­rieur de 9 mil­liards d’eu­ros aux pré­vi­sions ini­tiales (81 mil­liards contre 72), per­sonne n’a re­le­vé ce que si­gni­fiait la dé­cla­ra­tion ré­cente d’Edouard Phi­lippe sur la « no­naug­men­ta­tion en vo­lume des dé­penses pu­bliques du­rant le quin­quen­nat ». Car sim­ple­ment fi­ger le mon­tant ab­so­lu des dé­penses pu­bliques vo­tées an­nuel­le­ment im­plique un ef­fort co­los­sal en termes de re­cettes : avec 292,3 mil­liards de re­cettes fis­cales nettes pré­vues pour 2017, il au­rait fal­lu, afin d’équi­li­brer les comptes de notre na­tion, trou­ver 81 mil­liards de re­cettes sup­plé­men­taires, soit une aug­men­ta­tion de 27,7 % de nos im­pôts.

Et en­core, aug­men­ter les im­pôts de ce del­ta fa­ra­mi­neux ne fe­rait que fi­ger la dette ac­cu­mu­lée aux alen­tours de 100 % du PIB ; seule alors une aug­men­ta­tion sou­te­nue du PIB (la fa­meuse crois­sance que suivent les éco­no­mistes) pen­dant plu­sieurs an­nées per­met­trait la dé­crue. Les Bri­tan­niques, par exemple, après la crise de 2008, sont par­ve­nus à ra­me­ner leur dé­pense pu­blique de 58 % à 48 % du PIB pour moi­tié via la baisse de la dé­pense pu­blique et pour moi­tié par le tru­che­ment d’une crois­sance sou­te­nue.

Fau­cheuse Aus­té­ri­té. S’agis­sant de la France, la grande Fau­cheuse Aus­té­ri­té va-t-elle ren­trer en scène ou se­ra-ce en­core une fois l’Ar­lé­sienne de Bi­zet dont on parle tant sur scène mais qui ne vient ja­mais ? Edouard Phi­lippe a évo­qué 7 mil­liards de baisses des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires… qui ne sont que les baisses de pré­lè­ve­ments en­ga­gés par Fran­çois Hol­lande dans la pers­pec­tive 2018, à sa­voir 6 mil­liards pour la der­nière tranche de dé­ploie­ment du CICE (qui n’est tou­jours pas trans­for­mé en baisses de charges pé­rennes) et 1 mil­liard en cré­dit d’im­pôts pour em­plois à do­mi­cile.

Em­ma­nuel Ma­cron a été élu sur un pro­gramme mais dans ce pro­gramme, rien de concret et sub­stan­tiel sur la ré­duc­tion des dé­penses pu­bliques et le rôle de l’Etat n’était mis en exergue. Qua­si­ment au­cune cri­tique étayée du pro­gramme de Ma­cron n’a été re­layée (comme celle de l’Ins­ti­tut Tho­mas More) par des mé­dias plu­tôt concen­trés sur les agi­ta­tions d’en­cen­soir. Etait-il cen­sé de de­man­der à des énarques de ré­for­mer la main qui les a nour­ris ?

Le dé­bat éco­no­mique en France tend à de­ve­nir une si­nistre farce et res­semble de plus en plus à la ca­ri­ca­ture de Men­cken : « Deux loups et un agneau votent pour le re­pas du soir »… Cette co­mé­die pren­dra fin quand « l’ar­gent des autres », l’opium de la dette, si­gne­ra la fin de la par­tie avec une crise de la dette d’une am­pleur que peu soup­çonnent, tout à la lé­thar­gie de la drogue mo­né­taire. Si­mone Wa­pler est di­rec­trice édi­to­riale des Pu­bli­ca­tions Ago­ra France. Sé­bas­tien Laye est en­tre­pre­neur et cher­cheur Ins­ti­tut Tho­mas More.

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