For­més à l’école Au­bry, « les ca­ne­tons du Châ­te­let » sont de­ve­nus grands

La plu­part des col­la­bo­ra­teurs de Mar­tine Au­bry, alors mi­nistre de l’Em­ploi dans les gou­ver­ne­ments Cres­son et Bé­ré­go­voy, sont au­jourd’hui des pi­liers de la po­li­tique so­ciale et éco­no­mique

L'Opinion - - Stx France : Le Drôle De Chantage De Bercy - Fan­ny Gui­no­chet @fan­ny­gui­no­chet

A PEINE AR­RI­VÉE au mi­nis­tère du Tra­vail, Mu­riel Pé­ni­caud a or­ga­ni­sé un dî­ner avec des amis chers : les an­ciens du ca­bi­net de Mar­tine Au­bry, où elle avait tra­vaillé comme simple conseillère à la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle dans les an­nées 1990.L’am­biance était cha­leu­reuse, ce soir de juin, dans la tor­peur de l’été. Tous les convives re­trou­vaient un en­droit bien connu, l’hô­tel par­ti­cu­lier du Châ­te­let, au 127 rue de Gre­nelle, dans le chic VIIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, à quelques en­ca­blures des In­va­lides.

Dans ces murs pa­ti­nés d’his­toire so­ciale, ré­no­vés l’an­née der­nière, tous ont pas­sé entre 1991 et 1993, de longues jour­nées, in­ou­bliables, entre stress, fa­tigue et ex­ci­ta­tion. Aus­si en 2017, au­tour de la table, les an­ciens col­la­bo­ra­teurs « de la cé­lèbre dame des 35 heures » ont plai­sir à se sou­ve­nir, à re­la­ter ces anec­dotes mille fois ra­con­tées, mais qui font tou­jours rire. Avec ce même ani­ma­teur en chef, Guillaume

Pe­py, l’an­cien di­rec­teur de ca­bi­net de celle qui fut par la suite maire de Lille. Et son hu­mour dé­ca­pant, « ce genre d’hu­mour qui a le don de dé­nouer les si­tua­tions les plus in­ex­tri­cables et qui nous a tant ai­dé », com­mente Jean- Ch­ris

tophe Sci­ber­ras, au­jourd’hui DRH de Sol­vay. Ce soir de juin, en trin­quant au suc­cès de « Mu­mu », la maî­tresse des lieux, fraî­che­ment nom­mé, le di­ri­geant de la SNCF lui a as­su­ré son sou­tien, pour cal­mer les che­mi­nots cé­gé­tistes, si d’aven­ture, ils se met­taient en tra­vers de sa route contre la loi Tra­vail qu’elle porte…

« Entre nous, il y a des liens in­croyables qui per­durent » , as­sure un an­cien conseiller. La plu­part de ceux qui en­tou­raient Mar­tine Au­bry ne se sont pas quit­tés, al­lant même jus­qu’à créer une as­so­cia­tion « les ca­ne­tons du Châ­te­let » , un sur­nom qu’ils se sont don­né pour si­gni­fier les bé­bés ca­nards du mi­nis­tère du Tra- vail que l’on met­tait à l’abri le soir pour que les cor­neilles ne les dé­vorent pas.

Tous évoquent « une bande potes », « un club fer­mé », « un groupe d’amis qui tra­verse la vie en­semble », et qui se re­trouve ré­gu­liè­re­ment, sou­vent à l’ini­tia­tive et chez Guillaume Pe­py. Béa­trice, l’an­cienne se­cré­taire par­ti­cu­lière de Mar­tine Au­bry, qui a fait une grande part de sa car­rière au mi­nis­tère du Tra­vail, joue les « hap­py chief of­fi­cer… »

Pe­tit com­man­do. « La par­ti­cu­la­ri­té de ce ca­bi­net c’était sa jeu­nesse, nous avions tous 30 ans, et la mi­nistre 40, note en­core Jean-Chris­tophe Sci­ber­ras. On ne se for­ma­li­sait pas, j’ai sou­ve­nir d’échanges ani­més, as­sis par terre dans le bu­reau de la mi­nistre, au mi­lieu des do­rures… des conseillers de 50 ans n’au­raient pas osé ! »

Tous évoquent la charge de tra­vail in­hé­rente à ce type de job, am­pli­fiée en­core par l’exi­gence de la mi­nistre, ca­pable de co­lères noires. A l’époque, il n’y a « que » trois mil­lions de chô­meurs, le sep­ten­nat de Fran­çois Mit­ter­rand se ter­mine sans gran­deur, dans une am­biance fin de règne, le mo­ment po­li­tique n’est pas fa­cile, il faut ba­tailler avec Ber­cy, te­nu alors par un mi­nistre am­bi­tieux et sûr de lui, Do­mi­nique Strauss-Kahn.

« Il fal­lait sa­voir ré­sis­ter. On était un pe­tit com­man­do au­tour de Mar­tine. C’était une école, après quelques mois pas­sés dans ce ca­bi­net, vous sa­viez tra­vailler », évoque Gilles Ga

teau, qui sui­vait le mar­ché du tra­vail et l’in­dem­ni­sa­tion du chô­mage, et est au­jourd’hui di­rec­teur des res­sources hu­maines d’Air France. Non sans lui-même être re­pas­sé par la rue de Gre­nelle, comme di­rec­teur de ca­bi­net de Mi­chel Sa­pin, en 2012, avant de re­joindre Ma­nuel Valls, à Ma­ti­gnon.

S’ils ont ap­pris à tra­vailler, « les ca­ne­tons du Châ­te­let » ont sur­tout brillam­ment réus­si. Beau­coup sont res­tés dans la sphère so­ciale, à des postes im­por­tants. « Tout en gar­dant an­crées ces convic­tions aux­quelles Mar­tine était at­ta­chée et que nous ten­tons de faire vivre : l’idée que l’in­ser­tion se fait par l’ac­ti­vi­té éco­no­mique, et que le dia­logue so­cial est un vrai mo­teur de chan­ge­ment », pré­cise en­core Gilles Ga­teau. Ci­tons pêle- mêle,

Pierre-Louis Bras, à la tête du Co­mi­té d’orien­ta­tion des re­traites, Jean-Ma­rie Marx, qui di­rige l’As­so­cia­tion pour l’em­ploi des cadres (Apec), ou en­core Mi­reille El­baum, la pré­si­dente de la Haut con­seil du fi­nan­ce­ment de la pro­tec­tion so­ciale. « Du coup, nous in­ter­ve­nons beau­coup en in­ter­face avec Mu­riel, re­con­naît l’un d’entre eux. On lui donne notre opi­nion sur la ré­forme qu’elle porte, on lui fait re­mon­ter des sen­ti­ments… », ra­conte l’un d’eux.

Ils sont moins nom­breux à avoir op­té pour des par­cours presque 100 % en­tre­prise. Ce­lui qui était dé­jà le plus li­bé­ral, Da­vid Azé­ma, en­tré comme conseiller tech­nique - mais de­ve­nu di­rec­teur de ca­bi­net lorsque Guillaume Pe­py a re­joint la SNCF en 1993, a fait toute sa car­rière dans le pri­vé. Eu­ros­tar, Vin­ci, la SNCF, Keo­lis, puis l’Agence des par­ti­ci­pa­tions de l’Etat (APE), avant la banque d’af­faires. Après Bank of Ame­ri­ca Mer­ril Lynch à Londres, il est as­so­cié chez Wein­berg Pe­rel­la Part­ners. En charge des af­faires in­dus­trielles et des plans so­ciaux pour Mar­tine Au­bry, Jean-Pierre Cla­ma­dieu, est le PDG de Sol­vay, après être pas­sé chez Rho­dia…

« A l’époque, on dé­bat­tait dé­jà de cer­taines orien­ta­tions, comme l’ins­tau­ra­tion des 35 heures, l’ef­fi­ca­ci­té des em­plois ai­dés pour lut­ter contre le chô­mage, et tout le monde n’était pas d’ac­cord, se sou­vient un ca­ne­ton. Au­jourd’hui, on parle des ac­cords d’en­tre­prise par rap­port aux ac­cords de branche et à la loi. »

Beau­coup sont res­tés dans la sphère so­ciale à des postes im­por­tants. Ils sont moins nom­breux à avoir op­té pour des par­cours 100 % en­tre­prise.

SI­PA PRESS / L’OPI­NION

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