Nou­velles ma­chines pour drones de guerre

His­toires drones, com­ment ces ma­chines vont tout ré­vo­lu­tion­ner

L'Opinion - - Stx France : Le Drôle De Chantage De Bercy - Em­ma­nuelle Du­cros @em­ma_­du­cros

DES MA­CHINES DE GUERRE ca­pables de vo­ler seules, sans pi­lote ? On ne les ap­pe­lait pas en­core « drones ». Mais ce n’est pas hier que l’homme a com­men­cé à y pen­ser. Dès 1914, on a fait vo­ler des avions sans pi­lote d’un point A à un point B… sans for­cé­ment bien maî­tri­ser le dé­col­lage et l’at­ter­ris­sage. Les Amé­ri­cains les ont aus­si uti­li­sés au Viet­nam, sans que ce­la se tra­duise par des suc­cès écla­tants. « Le frère aî­né du Pré­sident Ken­ne­dy, pro­mis à un brillant ave­nir po­li­tique, est mort en ne s’ex­tir­pant pas as­sez vite d’un de ces avions sans pi­lote char­gé de mu­ni­tions qu’il ai­dait au dé­col­lage », ex­plique Jean-Do­mi­nique Mer­chet, spé­cia­liste des ques­tions mi­li­taires pour l’Opi­nion.

Pour au­tant, les drones consti­tuent la seule réelle ré­vo­lu­tion mi­li­taire des vingt der­nières an­nées. Toutes, ab­so­lu­ment toutes, les ar­mées du monde en dis­posent dans leur ar­se­nal. Les Amé­ri­cains et les Is­raé­liens sont évi­dem­ment les lea­ders en la ma­tière, ils ont pris vingt ans d’avance sur les ar­mées eu­ro­péennes. Mais même Daech, le Hez­bol­lah ou n’im­porte quel grou­pus­cule com­bat­tant en est équi­pé. Des ap­pa­reils pe­sant plu­sieurs ki­los (qui ont don­né nais­sance aux drones jouets ou aux drones mul­ti-usages grand pu­blic) ou des mi­ni-drones de quelques grammes.

Drones lour­dauds. Tous n’ef­fec­tuent pas, évi­dem­ment, les mêmes mis­sions. Cer­tains se contentent d’ob­ser­ver : ils ne sont ni ra­pides, ni très ef­fi­caces, ni so­phis­ti­qués… Mais ils pré­sentent l’avan­tage d’être fa­ciles d’usage, in­fi­ni­ment moins coû­teux que des avions, de pou­voir vo­ler près de 20 heures sans ra­vi­taille­ment et de suivre, par exemple, un convoi au long cours. Ce sont des drones uti­li­sés la plu­part du temps dans le cadre de guerres « dés­équi­li­brées ». Bien sûr, d’autres ar­mées ont choi­si l’op­tion d’équi­per les drones d’armes réelles, pour tuer. Ils sont uti­li­sés dans des guerres où les bel­li­gé­rants sont de même ni­veau : « En Sy­rie, par exemple, si les Russes dé­cident de créer une bulle aé­rienne, uti­li­ser des drones peut être un moyen de la pé­né­trer sans mettre de vies en dan­ger et d’au­tant plus fa­ci­le­ment que ces drones-là sont au­to­ma­tiques et n’ont pas be­soin d’uti­li­ser des sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion pour être re­liés à leur base) – c’est par exemple le cas du drone Neu­ron dé­ve­lop­pé par Das­sault… Alors, oui, on en perd, mais on ne perd pas de pi­lotes », dé­taille Jean-Do­mi­nique Mer­chet.

Mais si les drones ont pris une telle am­pleur dans la guerre mo­derne, il est une li­mite qu’ils n’ont pas en­core fran­chie : ils ne se sont pas dé­so­li­da­ri­sés de l’homme. Il y a tou­jours un hu­main qui, même de fa­çon loin­taine, le pi­lote ou le pro­gramme. La pro­chaine ques­tion éthique qui se po­se­ra aux ar­mées mo­dernes se­ra celle des SALA (sys­tèmes d’ar­me­ment lé­taux au­to­nomes). En gros, des drones qui pour­ront prendre seuls des dé­ci­sions stra­té­giques, comme tuer, par exemple. « Ils n’existent pas en­core, ils font seule­ment l’ob­jet de ré­flexion, pour l’ins­tant, constate Jean-Do­mi­nique Mer­chet. Mais s’ils de­vaient exis­ter, ce se­rait un abîme phi­lo­so­phique. »

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