Un été 2017. Les sé­ries de l’Opi­nion

Pé­pi­nières. Ha­vas Pa­ris, vrai cou­teau suisse de la com­mu­ni­ca­tion, es­saime dans les ca­bi­nets mi­nis­té­riels à chaque al­ter­nance. Une fa­mi­lia­ri­té avec le pou­voir ins­ti­tuée en culture d’en­tre­prise

L'Opinion - - La Une - Jean-Jé­rôme Ber­to­lus @jj­ber­to­lus

Jus­qu’au ven­dre­di 18 août, l’Opi­nion offre à ses lec­teurs trois pages de sé­ries d’été ori­gi­nales. #Pé­pi­nières. Chez Ha­vas, des com­mu­ni­cants ja­mais très loin du pou­voir. #His­toires drones. EDF crée des drones à l’image de ses mé­tiers. #Poi­gnées de mains dé­ci­sives. 1er dé­cembre 1989 : Gor­bat­chev-Jean-Paul II. #Tom­bés au com­bat. Re­tour sur une an­née de dis­pa­ri­tions po­li­tiques avec Kak. #Villes fron­tières. Quet­ta et l’Af­gha­nis­tan, au rythme des ten­sions.

H avas ne croise ja­mais très loin du pou­voir. « Ar­rê­tez de fan­tas­mer, c’est tou­jours la même ren­gaine. Ha­vas n’a ja­mais en­va­hi la com des mi­nis­tères », ré­torque aga­cée une ex-sa­la­riée du groupe de pu­bli­ci­té. L’in­va­sion toutes voiles de­hors des Pa­lais de la Ré­pu­blique, sans doute pas, mais le groupe de pub a tou­jours su y lan­cer adroi­te­ment ses grap­pins. Ses pé­riodes de dis­grâce, comme sous Fran­çois Hol­lande en 2012, n’ont ja­mais du­ré long­temps. D’au­tant que « ce n’est pas le chef de l’Etat qui com­pose les ca­bi­nets mi­nis­té­riels », re­marque un spé­cia­liste de la com­mu­ni­ca­tion.

Après la vic­toire de Fran­çois Hol­lande en 2012, les an­ciens d’Ha­vas ont donc ré­in­ves­ti pro­gres­si­ve­ment les en­tou­rages mi­nis­té­riels. À l’ins­tar de Ma­rie- Em­ma­nuelle As­si­don, pas­sée par le PS, le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères puis en­fin con­seillère spé­ciale au­près de Ber­nard Ca­ze­neuve, lors­qu’il suc­cé­da à Ma­nuel Valls à l’in­té­rieur. De Ma­rion Bou­geard, avec à ses cô­tés Ben­ja­min Per­ret, qui dé­fen­dit bec et ongles Jé­rôme Ca­hu­zac jus­qu’au bout et contre l’évi­dence. D’Émi­lie Gar­gatte qui re­joi­gnit Fleur Pel­le­rin en 2014 au mi­nis­tère de la Culture. D’Émi­lie Lang, au ser­vice de presse de l’Ély­sée. De Mi­ckaël So­ria et Ma­rie Mu­rault à Ma­ti­gnon, au­près de Ma­nuel Valls, l’ami de Sté­phane Fouks, âme po­li­tique de l’agence de­puis près de trente ans. De Vé­ro­nique Le Goff, qui suc­cé­da, comme con­seillère en com­mu­ni­ca­tion au­près de Jean-Yves Le Drian, à Sa­cha Man­del, lui-même for­mé à l’école Ha­vas.

Sans fi­let de sé­cu­ri­té. « Ha­vas est une ex­cel­lente for­ma­tion car on est lâ­ché très vite dans la na­ture, sans fi­let de sé­cu­ri­té au­près des clients. Le dar­wi­nisme est pous­sé à l’ex­trême. De sur­croît, cha­cun est pous­sé, en de­hors de ses heures de tra­vail, à fré­quen­ter des per­son­na­li- tés po­li­tiques », ex­plique Sa­cha Man­del. Ce­lui qui fit la pluie et le beau temps au­près de l’ex-mi­nistre de la Dé­fense a de­puis re­joint Ma­jo­relle, l’agence crée par Anne Hom­mel, elle-même ex-con­seillère de Do­mi­nique Strauss Kahn et exd’Eu­ro-RSCG, la marque dis­pa­rue mi-2012 au pro­fit d’Ha­vas.

Au­jourd’hui, d’autres conseillers du quin­quen­nat pré­cé­dent songent à re­par­tir chez Ha­vas. Car c’est l’une des ca­rac­té­ris­tiques du groupe : les al­lers et re­tours entre l’agence et les en­tou­rages mi­nis­té­riels comme l’ac­cueil suc­ces­sif de membres de ca­bi­nets de Ni­co­las Sar­ko­zy et Fran­çois Hol­lande. « Il n’est pas ques­tion d’un dé­ta­che­ment à la ma­nière du sta­tut de la fonc­tion pu­blique mais quand tu es bon tu n’as au­cun pro­blème pour re­ve­nir », ex­plique un sa­la­rié de l’agence.

Au­jourd’hui, au sein du pôle « in­fluence » d’Ha­vas, sur les 12 as­so­ciés, au moins quatre sont pas­sés par des ca­bi­nets mi­nis­té­riels, dont

Maya­da Bou­los, con­seillère en com­mu­ni­ca­tion pen­dant quatre ans de Ma­ri­sol Tou­raine, l’an­cienne mi­nistre des Af­faires so­ciales,

Mi­chel Bet­tan, chef de ca­bi­net de Xa­vier Ber­trand en 2004 et Sté­pha­nie Pru­nier, qui fut la con­seillère d’Her­vé Mo­rin au mi­nis­tère de la Dé­fense. Les jeunes pousses d’Ha­vas, re­cru­tées prin­ci­pa­le­ment à Science Po, HEC et l’Es­sec – qui dis­posent donc dé­jà d’un ré­seau per­son­nel – sont d’ailleurs « tu­to­rées », se­lon le mot em­ployé en in­terne, par des sé­niors qui connaissent par coeur les al­lées du pou­voir.

« Ce qui dis­tingue l’agence d’une autre boîte de com, c’est que cha­cun est libre de pou­voir par­tir du jour au len­de­main. Quand on com­pose un ca­bi­net, on est dans l’ur­gence. Là, il est pos­sible d’avoir un conseiller im­mé­dia­te­ment opé­ra­tion­nel car il a tou­ché à tous les mé­tiers de la com et il est libre dans l’ins­tant », re­marque l’un des di­ri­geants d’Ha­vas. Plu­sieurs fois par an, les prin­ci­paux sa­la­riés d’Ha­vas, an­ciens des ca­bi­nets mi­nis­té­riels de droite comme de gauche, ou en par­tance pour les nou­velles rives du pou­voir, se re­trouvent au­tour de Sté­phane Fouks pour un joyeux dî­ner.

« Dans toutes les agences, la masse sa­la­riale est liée aux bud­gets. Pas chez Ha­vas ou il y a un vo­lant de per­sonnes qui n’est fait que pour ça », ré­torque le di­ri­geant d’un groupe de com­mu­ni­ca­tion concur­rent. « C’est une stra­té­gie d’in­ves­tis­se­ment pour le groupe des­ti­née à lui rap­por­ter les bud­gets com des mi­nis­tères. Et ça marche ! D’au­tant qu’Ha­vas est une grande fa­mille où l’on se ren­voie tou­jours l’as­cen­seur ». Au­jourd’hui, la jus­tice soup­çonne ain­si Bu­si­ness France, or­ga­nisme rat­ta­ché à Ber­cy et dont Mu­riel Pé­ni­caud était la di­rec­trice gé­né­rale, d’avoir confié à Ha­vas l’or­ga­ni­sa­tion d’une soi­rée à Las Ve­gas, sans res­pec­ter la pro­cé­dure d’ap­pel d’offres.

En 2017, le nou­vel exé­cu­tif a donc à son tour pio­ché une par­tie de ses res­sources chez Ha­vas. D’au­tant qu’Is­maël Eme­lien, ex-d’Ha­vas, ac­tuel conseiller spé­cial du Pré­sident, qui était dé­jà à ses cô­tés lors­qu’il était à Ber­cy, souf­fla le nom plu­sieurs conseillers. L’ex­com­mu­ni­cante de Ma­cron au mi­nis­tère des Fi­nances,

Anne Des­camps est di­rec­trice de la com­mu­ni­ca­tion et du dé­ve­lop­pe­ment du mou­ve­ment La Ré­pu­blique en Marche. Sé­go­lène Re­don, qui était « part­ner » au sein du pôle in­fluence, l’a re­jointe. Comme Ca­the­rine Dou­mid, proche de Xa­vier Ber­trand, an­cienne membre du ca­bi­net de Lau­rence Pa­ri­sot lors­qu’elle était à la tête du Me­def, qui as­sure au­jourd’hui la com­mu­ni­ca­tion de Gé­rald Dar­ma­nin, le mi­nistre des Comptes pu­blics. Is­maël Eme­lien, fut lui-même re­cru­té Chez Ha­vas par Gilles Fin­chel­stein, qui cu­mule la di­rec­tion de la Fon­da­tion Jean Jau­rès et la di­rec­tion des études chez Ha­vas.

Ex- conseiller de DSK, proche de l’an­cien Chef de l’État, Fran­çois Hol­lande, Gilles Fin­chel­stein est in­ter­ve­nu fin juin au cours du sé­mi­naire de for­ma­tion des nou­veaux dé­pu­tés LREM. Plus ré­cem­ment c’est Na­tha­lie Mer­cier, ex-con­seillère de Va­lé­rie Trier­wei­ler, qui di­ri­gea de nom­breuses an­nées la com­mu­ni­ca­tion du mu­sée du Quai Bran­ly, a re­joint Ni­co­las Hu­lot. Deux mi­nistres, Mar­lène Schiap­pa, se­cré­taire char­gée de l’éga­li­té entre les femmes et les hommes et Mou­nir Mah­jou­bi, char­gé du nu­mé­rique ont aus­si fait leur classe au sein de la mai­son Ha­vas.

SI­PA PRESS / L’OPI­NION

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