L’op­po­si­tion ja­po­naise perd sa prin­ci­pale fi­gure

En dé­mis­sion­nant de la pré­si­dence du Par­ti dé­mo­crate, Ren­ho Mu­ra­ta per­met au Par­ti li­bé­ral-dé­mo­crate de Shin­zo Abe de souf­fler

L'Opinion - - Des Fables, Du Pouvoir Et Des Hommes - Claude Le­blanc @Ja­pon­line

Si Shin­zo Abe peut se sa­tis­faire du dé­part de sa prin­ci­pale en­ne­mie po­li­tique, il doit re­gret­ter la dé­mis­sion de sa mi­nistre de la

Dé­fense, To­mo­mi Ina­da. Sou­vent consi­dé­rée comme son éven­tuel suc­ces­seur, elle était ac­cu­sée d’avoir ca­ché cer­tains rap­ports d’ac­ti­vi­té des forces d’au­to­dé­fense dé­ployées au Sou­dan du Sud alors que le su­jet est par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible dans l’ar­chi­pel. Son dé­part an­non­cé jeu­di pour­rait af­fai­blir le Pre­mier mi­nistre. LORS­QU’ELLE AVAIT ÉTÉ ÉLUE, en sep­tembre der­nier, à la tête de la prin­ci­pale for­ma­tion de l’op­po­si­tion ja­po­naise, Ren­ho Mu­ra­ta, que l’on ap­pelle tou­jours par son pré­nom, avait pro­mis d’en faire « une force de pro­po­si­tions » pour qu’elle puisse de nou­veau ri­va­li­ser avec le Par­ti li­bé­ral-dé­mo­crate (PLD) de Shin­zo Abe. Pre­mière femme à di­ri­ger le Par­ti dé­mo­crate (PDJ), elle n’a pas mé­na­gé ses ef­forts, mais elle n’a pas réus­si à at­teindre son ob­jec­tif. « Je n’ai pas réus­si à mon­trer que le PDJ pou­vait de­ve­nir une al­ter­na­tive viable au gou­ver­ne­ment Abe », a-t-elle ex­pli­qué, jeu­di, lors d’une confé­rence de presse pour jus­ti­fier sa dé­ci­sion d’aban­don­ner la di­rec­tion de son par­ti.

« J’ai dé­ci­dé que le mieux se­rait que nous ayons une nou­velle di­rec­tion », a-t-elle ajou­té en pré­ci­sant qu’une élec­tion se­rait bien­tôt or­ga­ni­sée pour dé­si­gner les nou­veaux di­ri­geants du PDJ dont le poids po­li­tique a dé­cru au cours des der­niers mois mal­gré l’af­fai­blis­se­ment du Pre­mier mi­nistre.

La cin­glante dé­faite du PLD à l’élec­tion de l’as­sem­blée mé­tro­po­li­taine de To­kyo, le 2 juillet, n’a pas été sy­no­nyme de pous­sée du PDJ qui, lui aus­si, a per­du des sièges au pro­fit du par­ti lo­cal To­min First (Les To­kyoïtes d’abord) sou­te­nu par la gou­ver­neure Yu­ri­ko Koike. Cette der­nière s’est im­po­sée au fil des mois de­puis son élec­tion à la di­rec­tion de la ca­pi­tale comme la seule per­son­na­li­té ca­pable de ri­va­li­ser avec Shin­zo Abe. Dans les son­dages de po­pu­la­ri­té des for­ma­tions po­li­tiques réa­li­sés men­suel­le­ment, celle du PDJ n’a pas réus­si à vrai­ment dé­col­ler de­puis que Ren­ho en a pris la di­rec­tion et elle a même bais­sé de deux points, à 6 %, dans la der­nière étude pu­bliée par le Ni­hon Kei­zai Shim­bun, le prin­ci­pal quo­ti­dien éco­no­mique du pays.

Sans éti­quette. Les Ja­po­nais re­portent d’ailleurs leurs suf­frages vers des can­di­dats sans éti­quette. Dans le son­dage du Ni­hon Kei­zai Shim­bun, ils sont 41 % à ma­ni­fes­ter cette pré­fé­rence, soit 9 % de plus que le mois pré­cé­dent. In­ca­pable de re­dres­ser l’image du PDJ, Ren­ho a donc vu sa si­tua­tion au sein du par­ti sé­rieu­se­ment se dé­té­rio­rer au cours des der­nières se­maines. La dé­mis­sion de Yo­shi­hi­ko No­da, son se­cré­taire gé­né­ral, après le dé­ce­vant ré­sul­tat du scru­tin de To­kyo l’a mise dans une si­tua­tion presque in­te­nable. « Après avoir ré­flé­chi à ce que nous pou­vions faire pour que l’opi­nion pu­blique puisse avoir confiance dans le Par­ti dé­mo­crate, je me suis dit que je de­vais prendre de la dis­tance », a-telle dé­cla­ré vi­si­ble­ment émue.

L’an­cienne ani­ma­trice de té­lé­vi­sion sem­blait être un atout pour le PDJ pour re­con­qué­rir le pou­voir per­du en 2012. Mais ce­la n’a pas suf­fi à convaincre. Les af­faires qui plombent de­puis le dé­but de l’an­née le Pre­mier mi­nistre et cer­tains de ses plus fi­dèles sou­tiens n’ont pas ser­vi le PDJ. Pour­tant, Ren­ho est sou­vent mon­tée en pre­mière ligne lors des dé­bats par­le­men­taires. Mais « ce­la n’a pas ser­vi à se trans­for­mer en sou­tien pour nous », re­con­naît Yo­shi­hi­ko No­da.

Le prin­ci­pal échec de Ren­ho se si­tue dans son in­ca­pa­ci­té à trans­for­mer le PDJ en la force de pro­po­si­tions qu’elle avait ima­gi­née. Il fal­lait qu’elle dé­passe le sta­tut de simple op­po­sante à Shin­zo Abe, rôle qu’elle a par­fai­te­ment te­nu mais qui était in­suf­fi­sant pour ga­gner le sou­tien mas­sif des Ja­po­nais.

Le PDJ avait lar­ge­ment rem­por­té les élec­tions face au PLD en 2009 grâce à un pro­gramme in­no­vant. En ne le res­pec­tant pas, il avait été désa­voué tout aus­si mas­si­ve­ment en 2012. Une dé­faite dont il ne s’est tou­jours pas re­le­vé et que Ren­ho n’a pas pu faire ou­blier.

L’an­cienne ani­ma­trice de té­lé­vi­sion sem­blait être un atout pour le PDJ pour re­con­qué­rir le pou­voir per­du en 2012

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