Fi­nance verte : une chance pour notre pays

L'Opinion - - Des Fables, Du Pouvoir Et Des Hommes - Ber­nard Spitz

TROP LONG­TEMPS le monde de la fi­nance a été per­çu comme in­dif­fé­rent aux dan­gers des dé­rè­gle­ments cli­ma­tiques. Vi­sion ob­so­lète. Les fi­nan­ciers en gé­né­ral, les as­su­reurs et les ré­as­su­reurs en par­ti­cu­lier, par­ti­cipent à la trans­for­ma­tion de nos éco­no­mies vers un monde post-car­bone. Les res­sources des Etats n’y suf­fi­ront pas. La mo­bi­li­sa­tion des in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels est in­dis­pen­sable. Ils y viennent na­tu­rel­le­ment. C’est le cas de l’as­su­rance fran­çaise, qui gère plus de 2 000 mil­liards d’eu­ros d’ac­tifs. Cons­cients de leur res­pon­sa­bi­li­té, la grande ma­jo­ri­té des as­su­reurs fran­çais in­tègrent dé­jà les risques en­vi­ron­ne­men­taux, so­ciaux et de gou­ver­nance dans leurs po­li­tiques d’in­ves­tis­se­ment. De­main, cette dy­na­mique s’in­ten­si­fie­ra.

Co­hé­rence. La pre­mière rai­son re­lève de la co­hé­rence. A l’oc­ca­sion de la COP21, la Fé­dé­ra­tion Fran­çaise de l’As­su­rance a pu­blié une étude pros­pec­tive me­su­rant l’im­pact du cli­mat sur l’in­dem­ni­sa­tion des si­nistres dus aux aléas na­tu­rels. Ses conclu­sions sont alar­mantes : la fac­ture dou­ble­rait, pas­sant de 48 mil­liards d’eu­ros en moyenne sur les 25 der­nières an­nées, à 92 mil­liards en 2040. Les as­su­reurs ne vou­dront pas conti­nuer de fi­nan­cer d’une main un mo­dèle éco­no­mique qui en­gendre des ca­tas­trophes cli­ma­tiques qu’ils de­vront rem­bour­ser de l’autre. Ce se­rait contraire à leur rai­son d’être et à leur in­té­rêt.

La deuxième rai­son tient à la per­for­mance. Les stra­té­gies d’in­ves­tis­se­ment des as­su­reurs doivent at­teindre un ren­de­ment suf­fi­sant pour cou­vrir les en­ga­ge­ments fi­nan­ciers pris à l’égard des as­su­rés. Sol­va­bi­li­té 2 les contraint à ap­pré­hen­der les risques de toutes na­tures af­fec­tant leur ac­ti­vi­té. Dans leurs pla­ce­ments, les as­su­reurs prennent dé­jà en compte tous les fac­teurs de risque, y com­pris l’ex­tra-fi­nan­cier. Il leur est au­jourd’hui im­pos­sible de né­gli­ger ce­lui de dé­va­lo­ri­sa­tion d’un ac­tif du fait de sa forte contri­bu­tion aux émis­sions de gaz à ef­fet de serre (GES). Plus struc­tu­rant en­core, la tran­si­tion éco­lo­gique et éner­gé­tique offre de for­mi­dables op­por­tu­ni­tés d’in­ves­tis­se­ment sai­sies par les as­su­reurs et les ré­as­su­reurs, dont les in­ves­tis­se­ments verts se comptent dé­jà par mil­liards et s’ac­cé­lèrent.

La troi­sième rai­son touche au risque éco­no­mique et de réputation. Les as­su­reurs sont te­nus, de­puis cette an­née, de pu­blier un rap­port dé­taillé sur la ma­nière dont ils in­tègrent les risques ESG/Cli­mat dans leur ges­tion d’ac­tifs. Les as­so­cia­tions d’ac­tion­naires, les ONG, les agences de no­ta­tion y veillent. Fi­nan­cer des en­tre­prises ou des sec­teurs d’ac­ti­vi­té poin­tés du doigt pour leurs faibles ef­forts en ma­tière de ré­duc­tion d’émis­sions de GES consti­tue un risque d’image de plus en plus éle­vé que les as­su­reurs ont de moins en moins en­vie de prendre. Inu­tile de les contraindre par des di­rec­tives ou ré­gle­men­ta­tions sup­plé­men­taires à « ver­dir » leurs por­te­feuilles d’ac­tifs. C’est leur res­pon­sa­bi­li­té et leur in­té­rêt.

Quelle est la stra­té­gie d’in­ves­tis­se­ment la plus ef­fi­cace face à une in­dus­trie grande consom­ma­trice d’éner­gie fos­sile ? Se re­ti­rer de cette in­dus­trie, ou jouer son rôle d’ac­tion­naire en l’orien­tant vers un mo­dèle d’af­faires dé­car­bo­né ? Com­ment mieux éva­luer la contri­bu­tion d’une en­tre­prise à la tran­si­tion éco­lo­gique et éner­gé­tique ? Les émis­sions de CO2 ne donnent qu’une vi­sion par­tielle et les as­su­reurs sont convain­cus que seule une col­la­bo­ra­tion entre en­vi­ron­ne­men­ta­listes, cher­cheurs, émet­teurs et in­ves­tis­seurs per­met­tra de ré­pondre à ces ques­tions. Ber­nard Spitz est le Pré­sident de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de l’As­su­rance (FFA)

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