EDF crée des drones à l’image de ses mé­tiers

L'Opinion - - Des Fables, Du Pouvoir Et Des Hommes - Em­ma­nuelle Du­cros @em­ma_­du­cros

LES RE­LA­TIONS D’EDF avec les drones sont par­fois un peu am­bi­va­lentes. Ain­si, ces der­nières an­nées, les sur­vols de sites sen­sibles comme des cen­trales nu­cléaires de l’opé­ra­teur élec­trique se sont mul­ti­pliés. Pas tou­jours mal­in­ten­tion­nés, plu­tôt de l’ordre de la ro­do­mon­tade gé­né­ra­le­ment, mais ex­trê­me­ment mal vé­cus par la com­pa­gnie na­tio­nale d’élec­tri­ci­té… La­quelle n’est pas du tout hos­tile par ailleurs aux pe­tits en­gins vo­lants et a très bien com­pris le po­ten­tiel qu’elle peut en ti­rer.

De­puis juillet 2015, en ef­fet, EDF a créé un « centre de com­pé­tences drones » près de Gre­noble. Sa vo­ca­tion, se­lon l’en­tre­prise est de dé­ve­lop­per la connais­sance et l’uti­li­sa­tion des drones spé­ci­fi­que­ment pour ses mé­tiers. Et les ap­pli­ca­tions semblent mul­tiples : EDF ex­plique que les drones peuvent ser­vir à car­to­gra­phier des sites ou à vé­ri­fier le ni­veau de cor­ro­sion des bâ­ti­ments ou de dé­tec­ter d’éven­tuelles fuites ou mi­cro­fis­sures. Dans le cas des bar­rages al­pins, dif­fi­ciles d’ac­cès sans ins­tal­ler des in­fra­struc­tures co­los­sales, pour le sui­vi des lignes à haute ten­sion en zones mon­ta­gneuses, on ima­gine sans peine les bé­né­fices. « Ce­la per­met de réa­li­ser des ins­pec­tions plus fré­quem­ment, d’amé­lio­rer les diag­nos­tics, de suivre les ou­vrages » et donc d’an­ti­ci­per les main­te­nances. Les drones di­mi­nuent aus­si les moyens lo­gis­tiques pou­vant être mis en oeuvre et sont moins in­tru­sifs pour l’en­vi­ron­ne­ment que d’autres so­lu­tions. » Com­prendre : ce­la coûte aus­si beau­coup moins cher que de déployer des équipes de tech­ni­ciens sus­pen­dus dans des na­celles…

Des drones rien que pour EDF.

« Il s’agit éga­le­ment de dé­ve­lop­per des so­lu­tions ad hoc, en ré­ponse à des pro­blé­ma­tiques spé­ci­fiques d’EDF », pré­cise Co­line Bro­thier, la res­pon­sable du centre. EDF a ain­si dé­ve­lop­pé un drone bap­ti­sé No­til’e, spé­cia­le­ment conçu pour réa­li­ser des sui­vis en mi­lieu aqua­tique : ba­thy­mé­trie, pré­lè­ve­ments d’eau, comp­ta­bi­li­sa­tion des poissons en ri­vière… Dé­ve­lop­pé en col­la­bo­ra­tion avec une start-up, EDF va ac­qué­rir ce drone nau­tique pour l’ex­ploi­ter au­tour de ses bar­rages. EDF veut aus­si in­té­grer de nou­veaux types de cap­teurs mi­nia­tures sur des drones aé­riens, de fa­çon à ob­te­nir des images pré­cises de l’évo­lu­tion de la vé­gé­ta­tion au­tour des lignes élec­triques.

EDF a été une des pre­mières grandes en­tre­prises fran­çaises à uti­li­ser les drones pour ins­pec­ter et sur­veiller ses ins­tal­la­tions. De­puis l’en­tre­prise pu­blique a am­ple­ment creu­sé le su­jet : elle a éla­bo­ré des guides tech­niques et as­sume un rôle de veille : elle suit l’évo­lu­tion des tech­no­lo­gies et de la ré­gle­men­ta­tion (ce qui n’est pas une mince af­faire) et ex­pé­ri­mente des so­lu­tions in­no­vantes. Pour l’en­tre­prise, bien sûr… Mais aus­si pour d’autres ac­teurs in­dus­triels en France : la SNCF, Ene­dis, RTE, GRDF pour­raient tous bé­né­fi­cier d’une évo­lu­tion de la ré­gle­men­ta­tion qui li­mite l’uti­li­sa­tion des drones ci­vils sur de longues dis­tances à des en­gins de moins de 2 kg. Les ex­perts du Centre tra­vaillent donc éga­le­ment dans le Co­mi­té na­tio­nal des drones ci­vils, qui a vo­ca­tion à struc­tu­rer la fi­lière drone fran­çaise aux cô­tés de la DGAC, des opé­ra­teurs et construc­teurs de drones et des la­bo­ra­toires de re­cherche.

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