Crois­sance : les 3 pa­ris de Ma­cron

Moindre ri­gueur exi­gée par Bruxelles, me­sures fis­ca­lo-bud­gé­taires sans im­pact sur la re­prise, fin des aides aux en­tre­prises dé­con­nec­tée de l’em­ploi… Le Pré­sident veut croire en sa chance

L'Opinion - - La Une - Irène In­chaus­pé

Une crois­sance de 0,5 % au deuxième tri­mestre : le re­bond de la crois­sance

fran­çaise reste très fra­gile. L’amé­lio­ra­tion consta­tée tient au boom du com­merce mon­dial, mais pour la trans­for­mer en re­prise pé­renne et sou­te­nue, de nom­breux obs­tacles res­tent à fran­chir. L’air frais ne pour­ra pas tou­jours ve­nir de l’ex­té­rieur. « LA SEULE FONC­TION de la pré­vi­sion éco­no­mique est de rendre l’as­tro­lo­gie res­pec­table » , avait cou­tume de plai­san­ter John Ken­neth Gal­braith, l’un des au­teurs les plus lus de l’his­toire des sciences éco­no­miques. Une maxime tou­jours à gar­der à mé­moire lors­qu’on se livre à un tel exer­cice. Se­lon les chiffres pu­bliés par l’In­see le 28 juillet, la crois­sance fran­çaise a été de 0,5 % au deuxième tri­mestre, comme lors des deux tri­mestres pré­cé­dents. Entre le pre­mier tri­mestre 2011 et le der­nier de 2016, ce chiffre n’avait été at­teint, voire dé­pas­sé que trois fois et de fa­çon ponc­tuelle.

Une nou­velle ten­dance a donc l’air de s’ins­tal­ler, l’ins­ti­tut pré­voyant 1,6 % de crois­sance pour 2017, contre 1,1 % en 2016. « Le bon chiffre du com­merce ex­té­rieur est dû à la forte crois­sance du com­merce mon­dial, mais l’état de notre éco­no­mie de­meure in­quié­tant », pré­vient l’éco­no­miste Pa­trick Ar­tus. Em­ma­nuel Ma­cron, lui, a fait trois pa­ris pour ten­ter d’at­teindre trois ob­jec­tifs : ré­ta­blir les fi­nances pu­bliques, res­tau­rer la cré­di­bi­li­té eu­ro­péenne et sou­te­nir l’ac­ti­vi­té éco­no­mique.

LE PA­RI EU­RO­PÉEN : DES PAR­TE­NAIRES MOINS RI­GOU­REUX ?

Afin d’af­fi­cher un dé­fi­cit de 3 % fin 2017, Gé­rald Dar­ma­nin doit trou­ver 4 mil­liards d’eu­ros d’éco­no­mies. Mais le « re­bond » de la crois­sance – la moyenne de la zone eu­ro hors France est à 2,2 % – peut lui don­ner une poire pour la soif. En ef­fet, d’après les ser­vices du mi­nis­tère de l’Eco­no­mie, si la crois­sance aug­mente de 0,1 % de plus que ce qui était pré­vu (1,6 % au lieu de 1,5 %), ce­la per­met­tra d’en­gran­ger 2,4 mil­liards d’eu­ros de re­cettes fis­cales sup­plé­men­taires, no­tam­ment grâce à la TVA. Pour « boos­ter la re­prise » et en­gran­ger de nou­velles re­cettes fis­cales, le gou­ver­ne­ment fait aus­si sans doute le pa­ri que la baisse des co­ti­sa­tions so­ciales sa­la­riales conte­nue dans la loi Tra­vail au­ra un ef­fet im­mé­diat sur le pou­voir d'achat – ce qui n’est pas très évident. Une fois la France dans les « clous » eu­ro­péens des 3 %, l’Al­le­magne ac­cep­te­ra de jouer un peu plus co­opé­ra­tif, veut croire le gou­ver­ne­ment. « C’est dire que la crois­sance se­ra eu­ro­péenne ou qu’elle ne se­ra pas, es­time Oli­vier Pas­set, di­rec­teur des syn­thèses chez Xer­fi. C’était dé­jà le double pa­ri de Fran­çois Hol­lande : ce­lui d’une manne conjonc­tu­relle et d’un in­flé­chis­se­ment de la ri­gueur de nos par­te­naires eu­ro­péens ». Em­ma­nuel Ma­cron au­ra peu­têtre plus de chance.

LE PA­RI BUD­GÉ­TAIRE ET FISCAL : DES MÉ­NAGES TOU­JOURS CONFIANTS ?

Faire le pa­ri que les me­sures fis­cales et bud­gé­taires prises par le gou­ver­ne­ment ne vont pas bri­der la re­prise qui s’es­quisse est tout au­tant hau­te­ment ris­qué ! De 60 à 80 mil­liards d’eu­ros d’éco­no­mies sont pré­vues sur l’en­semble du quin­quen­nat, ain­si qu’un

plan d’in­ves­tis­se­ment de 50 mil­liards d’eu­ros sur cinq ans. Cer­tains im­pôts vont bais­ser (taxe d’ha­bi­ta­tion, ISF, pré­lè­ve­ments sur les re­ve­nus du ca­pi­tal, im­pôt sur les so­cié­tés, co­ti­sa­tions sa­la­riales, co­ti­sa­tions pa­tro­nales par la trans­for­ma­tion du CICE en baisse de charges…), alors que d’autres vont aug­men­ter (CSG, fis­ca­li­té éco­lo­gique et sur le ta­bac).

Il est dif­fi­cile de sa­voir « si l’ef­fet net sur la crois­sance en 2018 et, au-de­là, se­ra né­ga­tif ou po­si­tif, écrit Hé­lène Baud­chon, éco­no­miste chez BNP Pa­ri­bas. Nous se­rons at­ten­tifs à l’évo­lu­tion des en­quêtes de confiance dans les pro­chains mois ». La der­nière, pu­bliée par l’In­see le 26 juillet, montre une forte dé­té­rio­ra­tion de la confiance des mé­nages après deux mois de hausse. Leur opi­nion sur leur si­tua­tion fi­nan­cière fu­ture se dé­grade net­te­ment, et re­tombe au-des­sous de sa moyenne de long terme. L’ef­fet po­si­tif dû à l’élec­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron est donc dé­jà re­tom­bé. Ce qui est loin d’être né­gli­geable car l’im­pact des me­sures éco­no­miques dé­pend aus­si de la ca­pa­ci­té des au­to­ri­tés à mo­di­fier fa­vo­ra­ble­ment les an­ti­ci­pa­tions des mé­nages et des en­tre­prises.

LE PA­RI SUR LES EN­TRE­PRISES : LA FIN DES AIDES AMORTIE ?

Lors­qu’on ac­corde des aides aux en­tre­prises sans faire de ré­formes struc­tu­relles, il est à peu près sûr que lors­qu’elles dis­pa­raissent, les pro­blèmes re­viennent. Mi­ser sur l’in­verse se­rait au­da­cieux. La prime à l’em­bauche dans les PME a dis­pa­ru le 30 juin. Le dis­po­si­tif avait été ins­tau­ré en jan­vier 2016 pour les en­tre­prises jus­qu’à 250 sa­la­riés, dans le cadre du plan d’ur­gence pour l’em­ploi. Son « ar­rêt pro­gram­mé de­vrait frei­ner les créa­tions d’em­plois au se­cond se­mestre », aver­tit l’In­see. C’est exac­te­ment ce qui s’est pas­sé avec le « job act » de Mat­teo Ren­zi, qui n’a donc pas per­mis de ré­duire le chô­mage.

Sans doute en pré­vi­sion de cet ef­fet né­ga­tif, le mi­nis­tère du Tra­vail a an­non­cé qu’il al­lait bé­né­fi­cier d’une en­ve­loppe sup­plé­men­taire de 13 000 contrats ai­dés pour 2017, fi­nan­cée grâce à une ral­longe de 450 mil­lions d’eu­ros. Autre dis­pa­ri­tion : celle, en avril, du dis­po­si­tif de « sur­amor­tis­se­ment », per­met­tant une dé­duc­tion fis­cale sur les in­ves­tis­se­ments réa­li­sés. L’ef­fet a été im­mé­diat et se voit si l’on re­garde bien les bons chiffres du se­cond tri­mestre. Ils masquent en ef­fet un fait in­quié­tant : l’apa­thie des in­ves­tis­se­ments des en­tre­prises, qui re­culent de 0,5 % après avoir aug­men­té de 2,1 % au pre­mier tri­mestre.

La re­prise de la crois­sance fran­çaise reste donc très fra­gile. Qu’un de ces trois pa­ris soit per­du, et elle pour­rait de nou­veau s’en­li­ser.

Lors­qu’on ac­corde des aides aux en­tre­prises sans faire de ré­formes struc­tu­relles, il est à peu près sûr que lors­qu’elles dis­pa­raissent, les pro­blèmes re­viennent. Mi­ser sur l’in­verse se­rait au­da­cieux

SIPA PRESS/MON­TAGE VINCENT ROLLIN

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