Ne cher­chez pas trop Ch­ris­tian Eckert, il mord !

L’an­cien mi­nistre du Bud­get af­firme qu’il n’est pas ques­tion qu’il plonge à nou­veau dans le grand bain po­li­tique. Il pi­lonne pour­tant très sé­vè­re­ment l’exé­cu­tif : « Ces gens m’écoeurent pro­fon­dé­ment »

L'Opinion - - La Une - Jean-Jé­rôme Ber­to­lus @jj­ber­to­lus

L’an­cien mi­nistre du Bud­get pi­lonne sé­vè­re­ment l’exé­cu­tif : « Ces gens m’écoeurent pro­fon­dé­ment »

L’an­cien mi­nistre ré­plique une nou­velle fois sur la baisse des aides per­son­na­li­sées au lo­ge­ment (APL) et sur le re­port du pré­lè­ve­ment à la source. « Et main­te­nant, ils vont dire que la conjonc­ture, c’est grâce à eux », grince-t-il. Ch­ris­tian Eckert es­time que le gou­ver­ne­ment n’a lan­cé en­core au­cune ré­forme struc­tu­relle. CH­RIS­TIAN ECKERT à 62 ans. « Presque l’âge de la re­traite. Dé­pu­té cinq ans, rap­por­teur du bud­get deux ans et à Ber­cy pen­dant trois ans, ça use… ». L’an­cien mi­nistre du Bud­get, agré­gé de ma­thé­ma­tiques, pour­rait pro­chai­ne­ment re­prendre un poste à l’Édu­ca­tion na­tio­nale - il a en­sei­gné pen­dant plus de 20 ans avant de s’en­ga­ger dans le com­bat po­li­tique en Meurthe- et- Mo­selle. Sè­che­ment bat­tu au pre­mier tour des élec­tions lé­gis­la­tives dans sa ré­gion, il avoue avoir pris « une claque ». Il n’y au­ra pas de troi­sième man­dat. Ce qui le cha­grine, c’est « voir Gé­rald Dar­ma­nin comme mi­nistre du Bud­get lui suc­cé­der alors qu’il n’était pas membre de la Com­mis­sion des Fi­nances et que je ne l’ai ja­mais vu par­ti­ci­per à un dé­bat bud­gé­taire… »

Au­jourd’hui, « vo­lens no­lens » , à tra­vers son blog, quelques ap­pa­ri­tions mé­dia­tiques et un franc-par­ler car­ré, il fait presque fi­gure d’op­po­sant nu­mé­ro 1, par­mi les so­cia­listes, au duo Ma­cron- Dar­ma­nin. Faute de concur­rents. La nou­velle di­rec­tion du PS, mal­gré son ca­rac­tère plé­tho­rique, est in­vi­sible, beau­coup d’an­ciens mi­nistres de Fran­çois Hol­lande cherchent avant tout à se re­ca­ser et le groupe so­cia­liste à l’As­sem­blée na­tio­nale est en­core loin d’avoir trou­vé ses marques alors que le nombre de dé­pu­tés a été presque di­vi­sé par dix.

Comme des mouches peuvent dan­ge­reu­se­ment éner­ver un pai­sible tau­reau aux champs, une suc­ces­sion d’an­nonces a fait sor­tir Ch­ris­tian Eckert de sa ré­serve. Il au­rait pour­tant ai­mé s’as­treindre à la dis­cré­tion. L’exemple à suivre se­lon lui ? Fran­çois Ba­roin, qui après la dé­faite de Ni­co­las Sar­ko­zy en 2012, évo­quait un dé­lai de « vi­dui­té ». Mais l’an­cien mi­nistre so­cia­liste du Bud­get as­sure qu’il doit dé­fendre son in­té­gri­té po­li­tique. Pas ques­tion d’en­du­rer sans ré­pli­quer. Pas un jour ne passe sans qu’il ne ba­lance un tweet sous forme de scud. « Le gou­ver­ne­ment ment » , af­firme- t- il le 23 juillet. Le len­de­main, il cite les pro­pos de Phi­lippe Dal­lier, sé­na­teur LR de Seine-Saint-De­nis et rap­por­teur du bud­get sur le lo­ge­ment, qui « confirme que ja­mais le gou­ver­ne­ment pré­cé­dant n’a évo­qué un coup de ra­bot sur les APL ». Et ven­dre­di der­nier, il sou­ligne bien sûr une in­for­ma­tion de Li­bé­ra­tion ci­tant une note d’Em­ma­nuel Ma­cron de 2016 dans la­quelle le fu­tur Pré­sident pré­co­ni­sait une baisse ra­pide des APL.

« Ces gens m’écoeurent pro­fon­dé­ment ! Ils font sys­té­ma­ti­que­ment pe­ser sur les autres leur propre res­pon­sa­bi­li­té. Le re­port du pré­lè­ve­ment à la source, les APL, ils doivent as­su­mer. Concer­nant le pré­lè­ve­ment à la source, nous avions bien sûr pré­vu une pé­riode d’ex­pé­ri­men­ta­tion. Sur les APL, une me­sure trans­ver­sale avait été il est vrai évo­quée puis aban­don­née. Bien avant la fi­na­li­sa­tion de la loi de Fi­nances et les dé­bats au Par­le­ment. Il n’y a donc eu au­cun vote, ni dis­po­si­tion ré­gle­men­taire. Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, Ri­chard Fer­rand ou en­core Gé­rard Co­lomb le savent bien : n’ont-ils pas vo­té la loi de fi­nances 2017 ? Et main­te­nant, ils vont dire que la conjonc­ture, c’est grâce à eux… »

Ré­forme de struc­ture. Concer­nant le re­bond de la crois­sance, Ch­ris­tian Eckert af­firme qu’il était per­cep­tible « de­puis au moins six mois. Mais on n’a pas vou­lu l’in­té­grer dans les pers­pec­tives bud­gé­taires car si on dit que ça va mieux, il de­vient plus dif­fi­cile de ré­gu­ler la dé­pense. Au­jourd’hui la masse sa­la­riale pro­gresse vite, ce qui au­gure d’autres bonnes nou­velles à court terme » . Pour­tant, se­lon Ch­ris­tian Eckert, le nou­vel exé­cu­tif n’a pas « fait grand- chose de­puis son ins­tal­la­tion. Dans le do­maine éco­no­mique, il n’y a pas en­core le dé­but d’une ré­forme de struc­ture. La loi de mo­ra­li­sa­tion, c’est bien, sans doute mais ce­la ne va pas chan­ger grand- chose en ma­tière conjonc­tu­relle. En 2012, concer­nant la ré­serve par­le­men­taire, nous avions dé­jà ren­du la pro­cé­dure trans­pa­rente et sur­tout dis­tri­buer une sub­ven­tion iden­tique à chaque par­le­men­taire, qu’il soit de l’op­po­si­tion ou de la ma­jo­ri­té. »

Fal­lait-il la sup­pri­mer ? « Je n’en sais rien, mais ce qui est frap­pant, c’est que l’on ne parle que de ça pen­dant deux se­maines alors que ça ne concerne pas vrai­ment les Fran­çais. Pen­dant ce temps, la taxe sur les tran­sac­tions fi­nan­cières est qua­si­ment aban­don­née et la taxe sur les di­vi­dendes est sup­pri­mée alors que les mon­tants fi­nan­ciers en jeu sont dix fois plus im­por­tants que la ré­serve par­le­men­taire ».

Mal­gré cette charge très vive contre le gou­ver­ne­ment, Ch­ris­tian Eckert af­firme qu’il n’en­vi­sage pas de re­prendre le che­min de l’arène po­li­tique. « Sauf si on me cherche et dans ce cas, on me trou­ve­ra .» Le week-end der­nier, en va­cances en Ita­lie, l’an­cien mi­nistre du bud­get pre­nait le ba­teau pour l’île d’Elbe, évo­quant son « exil » dans un sou­rire. « Mais l’autre en est re­ve­nu, non ? », fei­gnai­til de s’in­ter­ro­ger dans une al­lu­sion trans­pa­rente à la fi­gure bo­na­par­tiste d’Em­ma­nuel Ma­cron. « La der­nière fois, ce­la a du­ré com­bien de temps ? Cent jours ? »…

SIPA PRESS Ch­ris­tian Eckert, très re­mon­té sur l’af­faire des APL.

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