Ré­vo­lu­tion : où en est l’équipe Ma­cron ?

L'Opinion - - News - Er­wan Le Noan @er­wan­le­noan

FIN 2016, Em­ma­nuel Ma­cron pu­bliait Ré­vo­lu­tion. Quatre-vingts jours après sa prise de fonc­tion comme pré­sident de la Ré­pu­blique, la rup­ture ré­vo­lu­tion­naire reste in­cer­taine. Si cer­tains sont trop em­pres­sés de conclure à l’échec du quin­quen­nat, les in­for­tunes mé­dia­tiques du gou­ver­ne­ment res­tent ré­vé­la­trices d’une fai­blesse. Elles ont por­té sur trois points : les baisses d’im­pôt, le bud­get de la Dé­fense et l’aide au lo­ge­ment. Trois su­jets bud­gé­taires ; ce n’est pas un ha­sard.

Si le gou­ver­ne­ment peine à em­por­ter la convic­tion sur la dé­pense pu­blique, c’est qu’il a élu­dé le su­jet pen­dant la cam­pagne. Em­ma­nuel Ma­cron a bien par­lé de maî­tri­ser les fi­nances, mais la ré­forme de l’Etat pro­vi­dence n’a pas été clai­re­ment pro­po­sée. D’où la po­li­tique ac­tuelle, faite d’amen­de­ments mar­gi­naux au mo­dèle exis­tant – et non de «ré­vo­lu­tion » : on pro­pose de sup­pri­mer quelques eu­ros d’APL plu­tôt que de re­pen­ser la po­li­tique du lo­ge­ment.

Cette ex­pli­ca­tion vaut dans d’autres do­maines. Dans l’édu­ca­tion, le mi­nistre, ex­cellent connais­seur, ré­pète un slo­gan de li­ber­té mais ne pré­sente au­cune ré­forme struc­tu­relle. En ma­tière ins­ti­tu­tion­nelle, le gou­ver­ne­ment pro­pose de sup­pri­mer des postes de par­le­men­taires, mais sans vi­sion de la re­pré­sen­ta­tion dé­mo­cra­tique ni de la vie po­li­tique lo­cale. Les me­sures tech­no­cra­tiques se suc­cèdent, gui­dées par l’ob­ses­sion bud­gé­taire ; mais per­sonne ne re­pense l’ac­tion pu­blique – seule piste qui per­met­trait de faire du­ra­ble­ment des éco­no­mies.

In­com­pré­hen­sion. De là naît l’in­com­pré­hen­sion des élec­teurs : non seu­le­ment ils dé­couvrent que l’in­car­na­tion de re­nou­veau se trans­forme en une sé­rie d’ar­bi­trages tech­niques, mais en outre que ceux-ci font mal. La dé­cep­tion est grande, car En Marche! a rem­por­té les élec­tions de 2017 aus­si pour être par­ve­nu à ins­pi­rer une pro­messe de « ré­vo­lu­tion » sans dou­leur. Face à une droite pu­ni­tive, le mou­ve­ment pro­met­tait une al­ter­na­tive ré­for­miste « bien­veillante ». En mars, Ben­ja­min Gri­veaux dé­non­çait la « purge » pro­mise par Fran­çois Fillon, il se re­trouve à Ber­cy avec Gé­rard Dar­ma­nin (qui s’in­di­gnait du dés­in­té­rêt de la droite pour les classes po­pu­laires), char­gé de mul­ti­plier les coups de ra­bot bud­gé­taires. En­semble, ils dé­couvrent qu’une ré­forme sans vic­time, ce­la n’existe pas.

En dé­cembre 2016, Em­ma­nuel Ma­cron dé­cla­rait : « On se fout des pro­grammes, ce qui im­porte, c’est la vi­sion ». Il avait rai­son : sa force était de dé­fendre un pro­jet de so­cié­té, là où ses ad­ver­saires LR et PS n’en avaient pas. Son pro­pos était aus­si ré­vé­la­teur d’une con­cep­tion de son man­dat : le can­di­dat consi­dé­rait que l’élan don­né par l’élec­tion lui per­met­trait de faire pas­ser les ré­formes, même s’il n’était pas en­tré dans leur dé­tail. C’était faire le pa­ri que les élec­teurs donnent un man­dat à une forme de des­pote éclai­ré mo­derne, à qui ils s’en re­mettent pour faire pour eux les choix po­li­tiques, peut-être même contre leur gré.Des son­dages le lais­saient croire. Mais ce pro­jet a ren­con­tré deux li­mites. D’abord, le score re­la­ti­ve­ment contraint du can­di­dat au 1er tour (ex­cep­tion­nel pour un nou­veau can­di­dat ; li­mi­té pour un pré­sident). En­suite le fait que par­tout dans le monde les ré­for­ma­teurs qui réus­sissent al­lient pro­gramme dé­taillé et vi­sion : l’un ne va pas sans l’autre. Faute d’avoir ex­pli­qué ses me­sures, le gou­ver­ne­ment risque de voir sa fe­nêtre de ré­formes se re­fer­mer… sans que la ré­vo­lu­tion n’ait com­men­cé.

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