Tiers payant gé­né­ra­li­sé : de nom­breux ef­fets dé­lé­tères

L'Opinion - - News - Dr Fran­çois Za­nas­ka

LE PRÉ­SIDENT MA­CRON change de cap à pro­pos de l’as­su­rance ma­la­die. Le can­di­dat à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique di­sait en avril : « Dès les pre­mières se­maines du man­dat, nous fe­rons éva­luer le dis­po­si­tif du tiers payant [...] Nous pri­vi­lé­gions non pas un tiers payant gé­né­ra­li­sé, mais un tiers payant gé­né­ra­li­sable, simple et ef­fi­cace. »

Même si en ar­ri­vant à son poste la mi­nistre de la San­té di­sait at­tendre la re­mise du rap­port de l’IGAS concer­nant la fai­sa­bi­li­té de la me­sure en sep­tembre, le pou­voir a chan­gé d’avis. Agnès Bu­zyn a confir­mé que le tiers payant se­ra gé­né­ra­li­sé dès dé­cembre 2017. Pour l’heure, la mi­nistre opte pour un tiers payant fa­cul­ta­tif, se­lon de choix du pra­ti­cien. Ce qui est dé­jà le cas au­jourd’hui.

Il est na­vrant de consta­ter une fois de plus des er­rances gou­ver­ne­men­tales, bien loin des réa­li­tés du ter­rain, avec cette me­sure qui n’est ni de gauche ni de droite mais sim­ple­ment juste ou in­juste.

Le tiers payant est dé­jà gé­né­ra­li­sé aux per­sonnes en ALD (af­fec­tion longue du­rée) et aux bé­né­fi­ciaires de la CMU, de l’AME et de l’AC. Ce qui si­gni­fie que les sys­tèmes de prise en charge to­tale pour les plus dé­mu­nis sont dé­jà en place.

Re­tour d’ex­pé­rience. Ce nou­veau tiers payant gé­né­ra­li­sé vient s’ad­di­tion­ner à ce­lui exis­tant pour l’achat de mé­di­ca­ments en phar­ma­cie. A-t-on pensé à faire un re­tour d’ex­pé­rience chez les phar­ma­ciens ? Dans une en­quête me­née en dé­cembre 2016 sur 503 phar­ma­ciens, l’Union des syn­di­cats de phar­ma­ciens d’of­fi­cine ré­vèle que la pra­tique du tiers payant est très coû­teuse (entre 13 246 et 28 601 eu­ros par an et par phar­ma­cie) et de­mande 10 % de temps de ges­tion à l’équipe of­fi­ci­nale en plus qu’il y a dix ans ! L’Etat a ha­bi­tué les Fran­çais à la gra­tui­té des mé­di­ca­ments, il s’ap­prête à faire de même avec la pres­ta­tion des mé­de­cins. Cette me­sure semble ve­nir d’un autre âge que nous croyions ré­vo­lu. Cha­cun connaît la va­leur ac­cor­dée aux pro­duits et aux actes gra­tuits. Il est clair que le tiers payant gé­né­ra­li­sé ne va pas ai­der à va­lo­ri­ser l’acte mé­di­cal.

Plus qu’une dé­marche d’équi­té, c’est une dé­marche dé­res­pon­sa­bi­li­sante qui au­ra de nom­breux ef­fets dé­lé­tères, no­tam­ment sur la dé­mo­gra­phie mé­di­cale des mé­de­cins gé­né­ra­listes fran­çais. Ces der­niers sont les moins payés d’Eu­rope, ils sont de plus en plus dé­con­si­dé­rés et se pau­pé­risent. Leur temps mé­di­cal se ré­duit au pro­fit du temps ad­mi­nis­tra­tif. Au­jourd’hui, ils de­vront en plus se battre quo­ti­dien­ne­ment pour se faire payer par l’ad­mi­nis­tra­tion, sans ga­ran­tie de suc­cès.

Y au­rait-il ici une re­la­tion de cause à ef­fet concer­nant la désaf­fec­tion de la pro­fes­sion, les dé­serts mé­di­caux et l’ar­ri­vée im­por­tante de mé­de­cins exer­çant en France mais ayant ob­te­nu leur di­plôme à l’étran­ger ? En tout état de cause, l’offre mé­di­cale li­bé­rale connaît une pro­gres­sion mo­dé­rée pour les spé­cia­listes et s’érode net­te­ment du cô­té des gé­né­ra­listes.

Em­ma­nuel Ma­cron dé­clare ai­mer les en­tre­pre­neurs, mais quels griefs a-t-il contre les pro­fes­sions li­bé­rales pour les trai­ter de la sorte ? Nous de­vrions évi­ter ce genre de dé­ci­sions hâ­tives où on re­prend les idées dog­ma­tiques de ses pré­dé­ces­seurs sans éva­lua­tion sé­rieuse de leurs po­ten­tiels ef­fets dé­vas­ta­teurs.

Don­ner à croire en la gra­tui­té des soins n’ap­porte pas de pro­grès en termes d’ac­cès aux soins mais dé­res­pon­sa­bi­lise l’en­semble des ci­toyens consom­ma­teurs de soins. Un vrai tra­vail sur le reste à charge est plus com­plexe à me­ner mais plus per­ti­nent. Dr Fran­çois Za­nas­ka, car­dio­logue à Chan­tilly.

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